• Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

     Un paquebot de luxe

    La passion du modéliste naval le porte à étudier, dans les moindres détails, les bateaux qu’il souhaite reproduire. En s’appuyant sur les archives, en particulier les plans, les documents iconographiques et les travaux de la recherche historique, il ne se différencie du chercheur que par son résultat, aussi peut-on l'assimiler, dans une certaine mesure à un ”historien en 3 D”. C’est cette rigueur qui a été mise en œuvre par Émile Herbaut de l’association du Modélisme naval du Calaisis, dans la reconstitution inédite de l’un des deux derniers paquebots à roues, baptisé ”Le Pas—de-Calais”, en service dans notre détroit entre 1899 et 1923.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Emile Herbaut a reconstitué la maquette du paquebot à roues ”Le Pas—de-Calais”: un travail de modéliste plus vrai que l’original.

    Imposante sur la maquette, la cheminée du paquebot faisait 17 mètres.

    Le Pas—de—Calais fut mis à l’eau à Saint—Nazaire en novembre 1897 aux Ateliers et chantiers de la Loire, quelques semaines après son jumeau Le Nord. D’une portée en lourd de 1662 tonneaux ces deux navires entamèrent leur carrière sur la ligne Calais—Douvres, entre décembre 1898 et février 1899, pour une longue histoire des traversées quotidiennes du détroit du Pas—de—Calais au service de la Compagnie du Nord, puis après la Grande guerre, pour la SAGA (Société Anonyme de Gérance et d’Armement), simple correspondant maritime du chemin de fer. Une mémoire assombrie par le souvenir tragique de la collision avec le sous—marin Pluviôse, le jeudi 26 mai 1910 à 15h53. Dans ce drame qui endeuilla non seulement les 27 familles de marins mais aussi toute la France, la responsabilité du capitaine du paquebot, Salomon, ne fut néanmoins pas engagée : il avait scrupuleusement suivi les règles de route. La carrière des deux derniers paquebots français à roues de haute mer s’acheva par leur démolition (on utilise le terme de “dépècement”) en 1925 pour Le Pas—de—Calais et en 1925 pour Le Nord.

     ”Paquebot poste"

     Comme son jumeau, Le Pas de—Calais était à la fois un “boat train” et un “paquebot poste”. Comme “Boat train” il assurait pour les voyageurs les correspondances maritimes des grands express internationaux entre Paris et Londres via Calais—Douvres ; comme “Paquebot poste” il transportait pour le compte des administrations françaises et anglaises les colis postaux, sacs de lettres et dépêches diplomatiques entre les deux Etats, mais aussi entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale. A ce titre il bénéficiait des subventions du gouvernement français afin de compenser le déficit de son service voyageurs. En effet, le partenaire britannique de la Compagnie du Nord, la South Eastern and Chatham Railway dominait le marché des voyageurs, en grande majorité des Britanniques, et effectuait quatre traversées quotidiennes sur cinq.

     Le chantier de la maquette représente un plan de travail long de 1,20 m. L’échelle au1/87e, appelée HO, a été choisie pour harmoniser le modèle du paquebot avec les trains miniatures qu’il nous faudra lui associer à la Gare maritime, La coque de la maquette de ce navire en fer a été réalisée en plusieurs essences de bois (chêne, acajou ou pitchpin) et elle a reçu un revêtement final en résine de polyester qui lui assurera étanchéité et solidité. La pose des différents profils de formes ou couples se succède : on devine bientôt les formes effilées d’une étrave tranchante protégée par l’âme d‘un brion robuste. Après des ponçages répétés à la main, la coque a été démontée de son chantier et calée sur un berceau pour réaliser son aménagement intérieur.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

     C’est par l’étrave que nous avons commencé la construction et l’aménagement du pont principal, la pose de la mèche du gouvernail avant, commandé du pont par une barre franche, qui était nécessaire aux manœuvres d'accostage et de “débordage” du quai. La machinerie du guindeau, destinée à la manœuvre des ancres, pesant 1,5 tonne chacune, était située en dessous de cet appareil et protégée de l’avant par une cloison étanche appelée “peak d’abordage”. La coque en acier doux riveté divisée en 6 cloisons étanches qui remontait jusqu’au pont principal et devaient assurer au navire une grande flottabilité, même en cas d’envahissement par l’eau des salles des machines et des chaudières. Dans la “cale aux dépêches”, étaient chargés des sacs postaux remplis de journaux, de lettres mais aussi de valises diplomatiques et de la très précieuse “Malle des Indes”.

     Le grand mât en sapin rouge était équipé de glissières destinées à recevoir deux voiles triangulaires, mais elles n’étaient jamais hissées et sans doute réservées à des cas de détresse totale de la machine, qui ne se produisirent jamais. Le mât de misaine était gréé de haubans à enfléchures et pourvu d’un mât de charge à treuil qui pouvait soulever jusqu’à 2 tonnes.

    ”Abordage du Pluviôse”

     Lors de l’abordage avec le Pluviôse, le capitaine disposait d’une excellente visibilité puisque la passerelle principale avait été judicieusement située en avant de l’imposante cheminée et parce qu’un matelot était posté à l’avant du navire en “homme de bossoir” afin de surveiller la progression du navire. C’était Simon Imbert ce jour—là.

     

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Le navire entrera en collision avec le sous—marin ”Le Pluviôse” le 26 mai 1910.

    L’imposante cheminée de 17 mètres de haut, de forme ovale, blanche et noire, qui reposait sur un vaste caisson de dépoussiérage et de retenue des suies, était flanquée de deux énormes manches à air, reliées à deux puissants ventilateurs. Ils permettaient de massives entrées d’air qui assuraient un tirage forcé des foyers et une excellente combustion du charbon sur les grilles des foyers. Les douze chaudières étaient à l’origine du type multitubulaire, mais souffrant beaucoup d’un emploi trop constant, elles furent remplacées entre 1908 et 1911 par des chaudières de type “Solignac Grille” qui consommaient moins de charbon. Elles ne permettaient d’atteindre que 17 nœuds avec l’action favorable du courant au lieu des 22 qui étaient espérés à la réception des navires. Ainsi Le Pas-de—Calais mettait 1h20 en moyenne par beau temps pour la traversée de quai à quai entre Calais et Douvres.

    La machine “à triple expansion” était ce qu’on faisait de plus moderne à l’époque en s’inspirant d’une invention de l’ingénieur havrais Augustin Normand. C’était une suite de trois cylindres de 1m, 1,50 m et 2 m de diamètre qui réutilisaient la vapeur pour actionner les pistons avec une puissance totale de 7800 chevaux. Les roues dont les pales étaient articulées pouvaient ainsi tourner jusqu’à 50 tours à la minute. Côté maquette, c’est un moteur électrique qui entraîne les roues par la jonction de poulies et d’une courroie crantée à l’arbre des propulseurs.

    La partie centrale du pont, appelée “jardin” atteignait 20 m de large et les deux gigantesques roues à aubes, étaient protégées par des “tambours”. Le capitaine et ses officiers circulaient librement sur les passerelles et vers la salle des cartes qui surmontaient l’aération de la salle des machines.

     Situées juste devant le mât d’artimon, bien protégées des embruns et équipées de banquettes pour le confort des passagers qui préféraient rester à l’air libre, deux descentes menaient vers les salons et cabines des passagers de première classe.

    Une coursive très étroite permettait aux cabines de luxe d’avoir de grandes fenêtres rectangulaires, au lieu des simples hublots. Les cabines étaient équipées avec le raffinement et le confort des trains de cette époque.

     Sur le pourtour de la plage arrière, les bossoirs disposés en couple soutenaient six baleinières de sauvetage jugées bien insuffisantes en 1912 après la catastrophe du Titanic pour recueillir en cas de malheur les 688 personnes susceptibles d’embarquer : 58 membres d’équipage, 590 passagers de première classe et seulement 260 de seconde. Le Pas—de—Calais était vraiment un paquebot de luxe. Christian Borde et Emile Herbaut pour le Modélisme naval du Calaisis.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Les cabines de luxe n'avaient pas de hublots mais de grandes fenêtres.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Le bateau à roues faisant la liaison transmanche.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Carte postale du ”Pas-de-Calais” devant la gare maritime et son modèle à l’échelle 1/87ème.

    « Le chemin de fer à CalaisLe théâtre à Calais »
    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :