• Le quartier maritime du Courgain

    Surexploitée par les écoreurs, difficile à scolariser, soumise à une pauvreté endémique, la population du Courgain gardait toujours en 1914 son originalité par rapport au reste de la population calaisienne. Il est presque miraculeux qu’ait subsisté parmi elle, jusqu’à la destruction du quartier en 1940, des professionnels de la mer, patrons pêcheurs, matelots et pilotes, préservés par le développement de l’activité portuaire, la proximité de la mer de ce quartier bastion, mais aussi par les solidarités familiales et l’amour de leur métier. Le quartier change peu entre 1880 et 1940 et la distinction topographique entre l’ancien Courgain, aux rues étroites et rectilignes, de l’ancien bastion numéro 10 et le nouveau Courgain loti à la fin du Second Empire ne s’estompe que lentement.

    Fidèle à sa méthode, Villy ne cesse de se rapprocher des sujets qu’il photographie, tout en gardant cette distance qui frustre un peu l’historien ou le sociologue d'une approche qui aurait livré encore plus de témoignage sur la vie réelle des contemporains. Il est frappant de comparer les clichés assez conventionnels de Villy sur la rue Reine à ceux du jeune Henry Lhotellier qui photographie les aspects du carnaval dans cette même rue ou nous en donne des vues inondées de lumière (1). Mais il ne faut pas oublier que l’on n’entre pas au Courgain facilement si l’on ne fait pas partie de “la grande famille courguinoise”. Les quolibets des matelotes et leur caractère très ombrageux ont tôt fait de décourager les plus téméraires.

    Certaines photos du Courgain, par exemple celle des lavandières de la rue des Murailles, ou encore le jeu des enfants à l’entrée du Courgain (2) sont uniques en leur genre. Est-ce à ses qualités de photographe rapide ou à ses relations et son goût de la conversation que nous devons ces morceaux documentaires? Sans doute, l’un et l’autre, liés à une grande régularité et une grande persévérance de la part du photographe.

    Le quartier maritime du Courgain

    L’église du Courgain vue de la rue Berthois

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.419)

     Aux confins de l’ancien et du nouveau Calais, du vieux et du nouveau Courgain, la rue Berthois était jusqu’en 1882 occupée par les remparts et les fossés des fortifications est de Calais. L‘extrémité de la rampe qui subsiste encore constituait l’angle nord—est de l’enceinte de la ville. Devant l’église du Courgain la place de l’estran était séparée de la ville par un fossé comblé pour donner naissance au boulevard international devenu aujourd’hui le boulevard des Alliés.

    Le quartier maritime du Courgain

    Lavandières du Courgain & l'entrée de la rue Pierre Avron

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.10)

     C‘est jour de lessive pour les matelotes du Courgain installées à l’extrémité nord de la rue Jean-Pierre Avron anciennement rue des murailles. Cette rue du Courgain avait la particularité d’être située au sommet du mur ouest du bastion et de dominer le quai du bassin du Paradis devenu quai Auguste Delpierre, dont on aperçoit à gauche le sommet d’un poteau électrique. On y accédait par une rampe qui menait en contrebas à l’entrée du Minck. Larges d’à peine quatre mètres, ses immeubles adossés à la rue Gavet ne donnaient au XIXe siècle que du côté de la mer ce qui les faisait préférer des patrons de pêche principaux et des pilotes en activité qui pouvaient à loisir observer les mouvements du port depuis leur domicile. La construction du nouveau Courgain fit disparaître ce statut privilégié de la rue des murailles.

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare de Calais vu de la rue Constant Dupont

    Signé , en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Bcaux-Arts (Inv. 90.41.11)

     On aperçoit sur la droite de l’ancienne rue Saint—Pierre, devenue la rue Constant Dupont, le jardinet de l’église du Courgain maritime et l'extrémité est de la rue Pierre Levavasseur, ancienne rue Saint-Joseph. A gauche l’école de garçons du Courgain.

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare et l’église du Caurgain vus de la rue du Minck 1927

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1927

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.72)

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare vu de l‘entrée de la rue de Courtenveau 1927

    Signé daté, en bas et à droite: P. Villy 1927

    Calais, collection particulière

     Nous ne sommes plus ici au Courgain mais dans un quartier qui compte une partie notable d‘habitants exerçant des professions maritimes.

    Le quartier maritime du Courgain

    Rue du Courgain. L'entrée de la rue reine 1898

    Signé et daté, en bas et à droite: Rue du Courgain - 1898. P. Villy

    Calais, collection particulière

     Maurice Brygo, fondateur du groupe folklorique du Courgain maritime la décrit ainsi: “La rue Reine était la cinquième rue de ce quartier maritime, à l’instar de sa sœur la rue Benoit qui n’avait que trois mètres de large au maximum, elle ne permettait pas, non plus, le passage des voitures de grande largeur. Longue de cinquante six mètres, sa largeur au maximum était de deux mètres à deux mètres trente: Au centre se situait un “dalot”, ruisseau permettant l’écoulement des eaux ménagères”.

    Le quartier maritime du Courgain

    Calais, une rue du Courgain

    Mention manuscrite, en bas et au centre : Calais, une rue du Courgain

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.8)

     La rue Reine, qui doit son nom à Dominique Edouard Reine (1809-1847), officier de marine, est un des thèmes dominants de l’iconographie du Courgain. Robert Chaussois écrit que “le choix de la rue Reine n’est pas le fruit du hasard. Elle était la plus étroite des rues du Courgain et la plus pittoresque avec son ruisseau central et le linge pendouillant en travers, d’une fenêtre à l’autre. Elle était donc la plus photographiée par les chercheurs des coins originaux, jusqu’à ce que la grande tourmente de 1940 ne fasse basculer le quartier au rayon des souvenirs”

    Le quartier maritime du Courgain

    Calais, marchande de poissons

    Mention manuscrite, en bas et au centre: Calais, marchande de poisson

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.413)

     Bien que figurant dans la collection des photographies de Paul Villy acquises par le musée de Calais, ce portrait d‘une marchande de poisson ne peut lui être attribué de manière certaine : est-ce l’œuvre de Géo Martin photographe du Studio modern photo installé au numéro soixante de la rue Royale, un cliché de Villy cédé à son confrère, ou au contraire un cliché du concurrent conservé par Villy ?

    A Calais comme dans toutes les villes maritimes les poissardes sont renommées pour leur langage fleuri et leur humeur plus qu’ombrageuse. En témoigne cette histoire courguinoise racontée en 1933 par J . Courquin: “Une Courguinoise, après un laborieux marchandage, a vendu, pour un franc, un poisson commun, à une bourgeoise récalcitrante. Elle recharge sa manne sur son dos, et, en partant, pousse d’une voix de marteau-pilon en acier, son cri de vente: “Morues... Moruet... tes !. La dame, encore à sa porte, se bouche les oreilles:

    - Mon Dieu ! Ma pauvre femme, comme vous criez mal… Vous allez nous crever les tympans ! La Courguinoise se retourne, vexée : -Non, mais dites donc, pour un tien d’mer ed’vingt sous, o’voudriez tout de même pas avoir eun’première chanteuse avec !... ”

    Jacques Vendroux brosse le portrait de l’une de ces marchandes “rouleuses ed’pichons” mais cette fois avec attendrissement : “alourdie par l’âge, mais la langue toujours alerte, Madame Lavie avait fini un jour par se décider à ne plus quitter son magasin du haut de la rue de la Mer. On l’appelait “Ma sœur”, et elle vous répondait “Min Cœur”, surnom qu’on lui donnait aussi en parlant d‘elle, ou “Min p’tit ange” quand on avait moins de vingt ans, comme c’était alors mon cas”.

     

    1. Voir catalogue de l’exposition Henry thellier. Œuvre photographique 1930—1933, Calais. musée des Beaux—Arts, 1989.

     2. Chaussois (Robert), “La reine des rues du Courgain ?, Mais, oui, bien sûr, c‘est la rue Reine“, la Voix du Nord, 15 mai 1989.

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