• Le Théâtre de Calais

                             Le Théâtre de Calais

    Edifié en 1903 et inauguré en 1905, ce théâtre s’élève sur l’ancienne plaine Brochot, qui a servi de cimetière entre 1811 et 1871. Sa façade est ornée au premier étage de quatre allégories monumentales : la Poésie, la Comédie, la Danse et la Musique. Au second, quatre bustes perpétuent le souvenir du compositeur Pierre-Alexandre Monsigny (1729-1817) et des auteurs dramatiques Alain-René Lesage (1668-1747), Guillaume Pigault-Lebrun (1753-1835) et Pierre de Belloy (1727-1775), auteur du « Siège de Calais » joué en 1765.

    La première pierre a été posée le 9 juillet 1903 par Monsieur Loubet, Président de la République et les travaux ont été dirigés par l'architecte Malgras.
    Comme le nouvel hôtel de ville et la nouvelle gare, la construction du théâtre a été décidée lors de la fusion des villes de Calais et de St Pierre en 1885.

     

    Depuis la dernière guerre, la partie de la ville la plus active s'est déplacée vers l'ancien St-Pierre dont le théâtre est devenu le centre. Sur la place Albert 1er où il est édifié, il cotoie le monument élevé en 1910 à la gloire du lyonnais Joseph Jacquard dont l'invention a si bien contribué au developpement de la dentelle qui a longtemps fait la richesse et la renommée de la ville.

                             Le Théâtre de Calais

  • Tout commence par un déni de démocratie. Le 31 janvier 1898, les Calaisiens répondent majoritairement non à la question « Y’a-t-il lieu de contracter un emprunt de 550 000 francs en vue de la construction d’un nouveau théâtre ? » posée par la municipalité. Cinq ans plus tard, le président de la République en personne pose la première pierre d’un édifice qui demeure aujourd’hui l’un des éléments majeurs du patrimoine de Calais.

     

    Théâtre de Calais

     

     

    Pourquoi vouloir construire un nouveau théâtre à la fin du XIXe siècle ? La ville en possède pourtant un depuis 1774, appelé le « Théâtre Dessin », située rue Leveux. Mais cette salle de spectacles construite en bois, dotée d’environ 700 places, est devenue très vétuste… et dangereuse, sachant que des dizaines de chandelles formaient les feux de la rampe !

    De plus, la localisation de ce théâtre symbolise une certaine hégémonie culturelle de la partie Nord de Calais, qui n’est plus de mise depuis la fusion avec Saint-Pierre. L’échec du référendum s’explique néanmoins par le fait que, pour construire un nouveau théâtre, la municipalité doit emprunter une très grosse somme et imposer une taxe aux Calaisiens.

    Les élus locaux, bénéficiant de l’appui des plus hautes autorités de l’État, passent outre le refus populaire. Le 3 janvier 1903, un décret autorisant la ville à emprunter la somme de 946 500 francs, remboursable sur trente annuités, est validé par le président de la République. Ce décret accorde également le droit à la municipalité de prélever pendant trente ans un impôt extraordinaire afin de rembourser l’emprunt et ses intérêts.

    Un lieu décrié

    L’emplacement choisi par la municipalité pour la construction n’est autre que la place Brochot qui a l’avantage de se trouver au croisement des quatre grandes artères de la cité. Là encore, ce choix ne fait pas l’unanimité dans la population : beaucoup crient à la profanation, car cet emplacement correspond à celui d’un ancien cimetière et certaines dépouilles sont encore enfouies dans le sol. Par ailleurs, ce lieu avantage à l’évidence les Saint-Pierrois au détriment des habitants du Vieux-Calais.

    Un geste symbolique accompli par un personnage incontesté éteint les polémiques : le 9 juillet 1903, le président de la République, Émile Loubet, se livre à l’exercice traditionnel du scellement de la première pierre du théâtre – il s’agit en fait d’un simulacre, d’autant que le chantier a débuté depuis quelques mois.

    Le chef de l’État est arrivé par la mer sur le « Guichen ». Accueilli par des pêcheuses de crevettes munies de leurs filets et d’une gerbe de fleurs, il doit parcourir trois kilomètres à travers Calais et plusieurs arcs de triomphe éphémères. Accompagné du maire Edmond Basset et du ministre des Affaires Étrangères, Émile Loubet est très à l’aise dans cet exercice de pure représentation. C’est à son sujet qu’un article de 1901 du Figaro décrivait le dépôt d’une gerbe de chrysanthèmes lors de l’inauguration d’un monument. Thème repris ensuite par Charles de Gaulle pour dénoncer l’absence de pouvoir des présidents des IIIe et IVe Républiques qui « inauguraient les chrysanthèmes ».

     

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