• Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Personne ne conteste aujourd’hui que Calais a tissé sa renommée sur une industrie de luxe, la dentelle mécanique, débarquée d'Angleterre vers 1816. C’est oublier que, quelques années auparavant, il y a tout juste deux cents ans, une autre industrie de luxe tentait aussi de s’y implanter...

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Plat à barbe, vers 1810. Musée des beaux—arts et de la dentelle, Calais. Autre usage de faïence très couru dans la bonne société, ”le Bassin à la Barbe” (remarquez le bord ajouré). D’autres pièces utilisées pour la toilette ont été conçues telles que boîtes à savon, boîtes à cure-dents.

     

    Vers la fin du XVIII“ siècle, noblesse et bourgeoisie françaises s’entichaient des faïences anglaises dont ils appréciaient à la fois les motifs et la qualité, pour des prix raisonnables.

    Aux dépens des faïenceries de Desvres, Saint—Omer ou Tournai, un traité de libre—échange, signé en 1786, en renforçait même le négoce qui transitait pour partie à Calais. La tourmente révolutionnaire, son cortège de guerres ainsi que le blocus continental, décrété par Napoléon en 1806, mirent un terme à ce florissant commerce sans parvenir, pour autant, à en apaiser la mode parmi les nouvelles élites.

     Une manufacture de faïence à Calais

     C’est pour profiter de cette frustration qu’un noble, émigré sous la Terreur, le capitaine Antoine Brouttin de Ferques, établit en 1807, dans le village de St—Pierre, « une manufacture de faïences d’une qualité qui pourra rivaliser avec

    L’Angleterre ». Il y fait construire, près de l’actuel pont de St—Pierre, sur le chemin bordant le canal de Calais à St—Omer, des bâtiments industriels, dominés par une impressionnante cheminée dont la hauteur imposée doit éviter les risques d’incendie pour les maisons à toit de chaume environnantes.

     Victime de son succès — l’entreprise emploie 55 personnes pour un chiffre d’affaires de 45 000 francs en 1815 — Brouttin de Ferques doit étendre sa propriété sur plus de 12 hectares, afin de forcer “le sol le plus ingrat à lui fournir une partie des terres [...] nécessaires à sa céramique.” Ce sont finalement les événements de la grande Histoire qui mettent un terme à cette première aventure industrielle. Les défaites de l’Empire et le retour du roi, Louis XVIII, permettent à Brouttin de Ferques de retrouver les honneurs d’une carrière militaire puis administrative. Nommé en 1816 à la tête de la Cour prévôtale de Reims ; sa manufacture calaisienne, négligée, est vendue à un négociant local.

     Une production de très grande qualité

     En 1824 la manufacture a pourtant repris de plus belle son activité. Elle produit 300 000 pièces par an, la plupart expédiées vers Paris, Lille, Rouen, St—Quentin. 78 personnes dont la moitié d’Anglais y sont employées parmi lesquels James Birks, Charles Jepet et Guillaume Spiette au savoir-faire reconnu outre—Manche. Assiettes, plats, saucières et autres saladiers, estampillés à Calais, s’illustrent par la diversité de leurs décors. Sont ainsi reproduits non seulement le classique Willow Pattern, une scène chinoise comprenant pagode, saule et hirondelles, mais aussi des scènes romantiques ou pastorales de couleur bleue en général, quelques fois pourpre, brune ou verte. Une technique, un goût semble-t—il apprécié en plus haut lieu, puisqu’il attire, le temps d’une visite, la curiosité de la duchesse de Berry de passage à Calais en 1825.

    A l’origine de cette renaissance prospère, John Pain, un Anglais, originaire de Deal, mais bien implanté dans le Calaisis où sa famille possède déjà un hôtel, une brasserie et plusieurs métiers à faire le tulle. Pain est donc un homme d’affaires qui cherche à faire fortune en important des techniques anglaises sur le Continent. S’assurant, dans le domaine de la faïence, de l’avance technologique anglaise, il trouve dans son réseau de relations, les fonds nécessaires pour recruter, en Angleterre et à prix d’or, des ouvriers qualifiés.

    Malheureusement pour la Manufacture Pain, Bay1ey, Shirley & Cie, le savoir—faire de ces derniers ne pourra pas, à terme, compenser les faibles gisements de terre et la mauvaise qualité de l’eau puisée dans le canal. En 1828, la faïencerie de Saint—Pierre fermait définitivement ses portes.

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Assiette à dessert, XIXème siècle Musée des beaux-arts et de la dentelle, Calais. Assiette d’inspiration chinoise, décor imprimé bleu, sur les thèmes de la jonque au centre, des pins.

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Petite soucoupe d'à peine 18 cm de diamètre, décor pourtant fourni et précis : bord dentelé, paysage champêtre et floral sur le thème de la ”fermière trayant une vache”.

     

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Légumier XIXéme siècle Musée des beaux-arts et de la dentelle, Calais. Légumier quadrangulaire avec son couvercle, décor bleu de même service que l'assiette précédente.

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Assiette creuse 1807 — 1828 @ C. Mounier Musée des beaux-arts et de la dentelle, Calais. Assiette courant à décor imprimé bleu, modèle Willow Pattern caractérisé par la présence, dans un décor chinois, du saule pleureur au centre, d’une ou plusieurs pagodes, de deux hirondelles.

    Les avatars de la faïencerie de Saint-Pierre

    Vue de l’usine de faïence. Celle-ci était située près du Pont de St Pierre, le long du canal de Calais à St—0mer.

    Xavier Morillon, membre de l'association des Amis du Vieux Calais, Benoit Noel Amis du Vieux Calais, Thomas Fieffe, illustration photos : Musée des Beaux-Arts et Dentelle, Calais

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