• Les bombes pleuvent à Calais

    Les bombes pleuvent à Calais

     

    Les immeubles de la place d'Armes ont tous été endommagés par une torpille (Archives municipales de Calais, cote 43Fi266, tous droits réservés)

    27 septembre 1917 : les bombes allemandes ciblent à nouveau Calais. Les Gothas allemands continuent leur œuvre de destruction, causant près d‘une vingtaine de morts chez les civils.

     AU FIL DE LA GUERRE

     A l'occasion de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, Nord Littoral propose de retracer au fil des semaines les moments les plus marquants du conflit tel qu’il s'estjoué à Calais entre août 1914 et l‘armistice de novembre 1918.

    87e épisode : nouveau raid aérien sur Calais, dont la population commence à fuir.

    Durant tout le mois de septembre. les alertes se sont succédé à Calais au rythme soutenu des survols d‘avions allemands au-dessus de la ville. Le 27, vers 17 h un premier Gotha lance des bombes contre les patrouilleurs en rade puis disparaît à l‘horizon, A 21 h, c‘est le sauve—qui-peut général dans la population: un raid de grande ampleur commence sur les zones habitées de la cité des Six Bourgeois.

     DES DESTRUCTIONS UN PEU PARTOUT DANS LA VILLE

     La première torpille s'abat place d’Armes. Toutes les façades alentours sont mitraillées, la totalité des vitres du musée et des immeubles à 300 mètres à la ronde vole en éclats. On relève un mort et 5 blessés. Parmi eux, un invalide de guerre, amputé d‘une jambe; quelques jours après on doit lui couper l’autre pour arrêter la gangrène. Un fabricant de dentelle est cruellement atteint d‘un éclat d‘acier au cou ; il se trouvait au premier étage de son domicile de la rue de la Mer.

     La plupart des immeubles de cette rue ainsi que ceux de la rue Colbert sont ravagés par les bombes. Au 15 bis de la rue Royale, une autre torpille provoque un commencement d'incendie chez un herboriste, et blesse une voisine restée chez elle. Calais-Nord est sévèrement touché, mais d'autres secteurs de Calais ne sont pas non plus épargnés.

     Une boucherie est éventrée rue du 29 juillet. Les bâtiments de la gare, frappés par une bombe incendiaire, s’enflamment; un wagon prend feu mais il est évacué au loin où il achève de se consumer. Deux hôpitaux sont frappés par les bombes: l’hôpital militaire belge de la porte de Gravelines et l‘hôpital britannique du Virval. Les victimes sont nombreuses parmi les malades et le personnel soignant.

     DES MORTS DANS l'ÉCROULEMENT D‘UNE CAVE

     La torpille qui tombe dans la cour de l’immeuble n°17 de la rue du Havre est la plus meurtrière. Dix-neuf personnes qui s’étaient prudemment réfugiées dans le sous-sol de cet édifice sont ensevelies sous les gravats, la force de l'explosion ayant fait s‘écrouler les voûtes de la cave. On compte une seule rescapée, retirée vivante des décombres à 4 h du matin avec seulement des blessures légères; elle a perdu son mari et ses deux enfants dans le désastre.

     Des débris de la cave effondrée, les sauveteurs dégagent le corps d’une jeune maman de 26 ans puis ses cinq enfants, âgés respectivement de 9, 5, 3 et 2 ans, le dernier n‘ayant qu‘un mois. Une autre mère de famille, tenant encore dans ses bras roidis par la mort son enfant de 27 jours est extirpée des ruines. Le 28 septembre, on retrouvera encore les cadavres d’un homme de 78 ans et d‘un enfant de 4 ans.

    Les sauveteurs se sont activés sans compter et ont couru les pires risques en travaillant dans les décombres de cet immeuble menaçant à chaque instant de s‘effondrer. La présence active parmi eux d'Hans Apeness. adjoint au maire, a été remarquée. Comment ces hommes s‘y sont—ils pris pour apprendre à ce malheureux permissionnaire que sa jeune épouse était au nombre des victimes ? Ils empêchent en tout cas les pillages, une multitude d'objets, y compris des porte-monnaie, jonchant le sol.

     RESCAPÉS GRACE À LEUR IMPRUDENCE

     Un détail sème le trouble dans la population: dans cet immeuble de la rue du Havre, au 2ème étage, une sexagénaire qui avait refusé de descendre â la cave et était restée chez elle avec son mari malade et une enfant de 4 ans, a finalement fait le bon choix. juste après l‘explosion de la torpille, ils hurlent d’épouvante. Et sont repérés par un soldat belge qui les secourt.

     Les trois individus, totalement indemnes, ont refusé de se réfugier dans la cave, alors que ceux qui s‘y terraient ont été ensevelis... De quoi faire réfléchir les Calaisiens qui, pour beaucoup, songent de plus en plus à quitter la ville pour s'installer dans une autre région. ou, au moins, dans des zones plus rurales comme Sangatte, réputées moins ciblées par les Allemands. On commence à assister à un mouvement de fuite en masse des familles de réfugiés belges qui stationnaient encore à Calais.

                                                                                              MAGALI DOMAIN

     

    Les Baraques sont aussi touchées

     Le curé des Baraques a relaté l'histoire de sa paroisse durant la Grande Guerre.

    Voilà ce qu'il écrit pour la soirée du 27 se tembre : « Pendant les bombardements de nuit, beaucoup de monde s'enferme ans 3 ou 4 caves.Au début de l’alerte, on entend des cris d'enfants, des cris d’appel, et un roulement de souliers. Avant-hier, dans la cave du boulanger, il y avait 72 personnes, [...] du monde tassé sur des planches, exaspéré de peur, dans une atmos hère à suer. Aussitôt que le canon se tait, quelques voix résonnent dans la rue,(…) la foule remonte des caves, les femmes en châles, les enfants enveloppés de couvertures, on parle, on s’explique, on pleure en attendant la nouvelle alerte, c'est parfois bien tard que chacun regagne son logis, en s'interpellant, riant, lentement, comme un soir de cinéma. Beaucoup s'en vont à Sangatte coucher dans des granges. Les gens de Calais passent en procession : des voitures d‘enfants, des filets de provisions. [...] les W... ont emmené leur vieille mère de 80 ans en brouette, ils sont restés à l'abri d’un mur jusqu‘à deux heures et sont revenus avec beaucoup d'autres. »

     150

     C‘est le nombre approximatif de bombes qui s’abattent le 27 septembre 1917 sur Calais

     ACTE HÉROÏQUE AU BASSIN CARNOT

     Lorsqu’un raid aérien sévit, on coupe toutes les lumières pour éviter que les pilotes aient des points de repère. Au moment où le courant électrique est coupé dans la soirée du 27 septembre, les écluses du bassin Carnot sont justement ouvertes pour laisser passer un vapeur belge. Le raid dure et le courant ne revient pas. Or la marée commence à baisser et si les écluses restent ouvertes, le niveau de l'eau sera insuffisant dans le bassin pour que les navires de ravitaillement et de munitions qui s'y trouvent restent à flot. Pour éviter'que ces bateaux ne chavirent et se brisent, une poignée d’hommes se mobilise pour manœuvrer à la main les lourdes portes d‘acier du bassin tandis que le fracas des bombes retentit.

    Napoléon Turbot, maître de port, aide de quatre éclusiers et de deux haleurs réussit son pari : les portes des écluses sont refermées à temps, la catastrophe a été évitée.

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