• Les calaisiens vont au bois

    Au début du siècle dernier, la ville de Calais à l’exemple du pays s’accroît grâce à l’activité industrielle et portuaire. La paix dure depuis près de30 ans, le niveau de vie progresse et les Calaisiens éprouvent le désir de s’évader à la campagne : c’est le temps de “la Belle Époque”. En septembre 1882, la ligne de chemin de fer d’intérêt local Anvin—Calais est inaugurée. Financée par le Conseil général du Pas—de—Calais, cette ligne longue de 94 kilomètres dessert les zones rurales de l’Artois soit 14 gares et plusieurs haltes dont 12 dans le Calaisis.

    Le matériel roulant se compose de petites locomotives et de voitures à bogies de 56 places chacune. Sa vocation est avant tout économique : elle doit dynamiser les activités locales telles les faïences de Desvres ou les carrières du Boulonnais. Les paysans peuvent aussi participer aux marchés des chefs—lieux de cantons. Ce train permet encore à la population rurale d’aller travailler en ville. À l’inverse, de nombreux Calaisiens achètent sur les marchés campagnards les produits de la ferme.

    Trois tarifs sont pratiqués : 70, 95 centimes et 1,20 franc (soit le prix d’un kilo de beurre) pour respectivement la troisième, deuxième et première classe.

    Les calaisiens vont au bois

    Les calaisiens vont au bois

    Locomotive à vapeur mise en service lors de l’inauguration de la ligne Calais - Anvin en 1882.

    Excursion au bois…

     Cette ligne à voie étroite s’avère être aussi un formidable moyen d’évasion, les beaux jours venus, pour des centaines de Calaisiens qui ne peuvent disposer d’une calèche pour effectuer les douze kilomètres qui séparent Saint—Pierre—Les—Calais de la forêt de Guines.

    En effet, avant l’arrivée du rail, le seul moyen de se déplacer, résidait dans la traction animale. Ainsi, dans les années 1870-1880, les voitures de quelques privilégiés prenaient la route de Guines. Le petit train d’intérêt local ne supprime pas ce mode de déplacement puisqu’en 1909, l’Amicale du Courgain organise régulièrement une excursion au bois de Guines.

    Dix à douze calèches partent du bassin du Paradis. Au Pont de Coulogne et à l’écluse carrée, route et rail se croisent ce qui permet aux passagers de chaque moyen de locomotion de se saluer.

     Ambiance pittoresque

     Toutefois, désormais, une population modeste peut s’évader à moindre coût et profiter d’une campagne attractive.

    L’ambiance est pittoresque et festive au départ. Le train s’arrête deux fois aux haltes du Pont de Coulogne et de nouveaux passagers s’entassent dans les voitures déjà bondées. Le temps du voyage n’est jamais fixe car de nombreux petits incidents se produisent sans grandes conséquences : des broussailles qui prennent feu, des déraillements, des imprudents qui descendent du train en marche ou des vaches au milieu des voies. Les calèches sont souvent les premières arrivées au Bois du Ballon.

    Ainsi, nos citadins se ruent avec leur pique—nique en forêt domaniale de Guines, plus exactement au Bois du Ballon où guinguettes et baraques—restaurants sont prêtes à les recevoir.

    Les calaisiens vont au bois

    Chaque samedi, quelques paysans des bourgs ruraux empruntaient la ligne pour vendre leurs productions.

     Sous l’œil des gardes—champêtres

     La ville de Gaines depuis quelques années avait fait des efforts pour accueillir cette joyeuse population. Près du pied—à—terre, relais de chasse, construit en 1872 et agrandi par la suite, la ville avec l’accord de l’office des forêts louait une douzaine de concession à des cabaretiers essentiellement guînois. C’est là aussi, deux cents mètres à l’arrière de la maison forestière que la municipalité avait aménagé un lieu de souvenir, la colonne Blanchard qui commémorait la fameuse traversée de la Manche en ballon, de 1785. Deux gardes—champêtres veillaient sur la forêt et étaient sur le pied de guerre, le dimanche.

     Trois kilomètres à pied

     Cette journée à la campagne n’est pas de tout repos, il faut se lever tôt, préparer l’équipement qu’il convient d’alléger puisqu’une fois descendu à la gare de Guines, c’est à pied que le voyage se ter mine. La forêt est encore à près de trois kilomètres de là et il n’est pas question de prendre une calèche. Toutefois cette peine est vite oubliée quand, vers 10 heures, on s’installe. Les clairières ombragées proches des chemins sont les plus appréciées. On sort sa couverture puis le cabas : pain, sardines et cornichons sont les plus dégustés. On ramasse aussi du bois pour faire cuire poissons et saucisses. On peut également consommer aux baraques prises d’assaut à partir de midi. Ces restaurants, dont certains devant la foule des beaux jours sont improvisés, vendent des frites, du pâté, des beignets, des sucreries, des boissons souvent fortes. Les enfants improvisent des jeux, les parents jouent aux boules.

    Le temps passe vite et il faut déjà prévoir le retour car le dernier train de 18 heures n’attend pas. Une fois dans la voiture, on se promet de revenir dimanche prochain.

    Transhumance hebdomadaire

     À Saint—Pierre, lors du début de saison printanier, les journalistes du quotidien “Le Phare de Calais”, relèvent les impressions de chacun. En mai et juin, les Calaisiens reviennent avec les fleurs des bois. En juillet et août, les guinguettes du bois du ballon accueillent les joyeux fêtards. En septembre, on ramasse des champignons, mais la cohabitation avec les chasseurs devient difficile. En outre, ceux—ci avec leurs chiens, à l’ouverture de la chasse, le premier dimanche de septembre, trustent toutes les places du train.

     Enfin, cette journée permet des rencontres. Ainsi, on peut se marier à l’hôtel de ville de Calais, prendre le petit train et continuer la noce dans les guinguettes du bois. Cette transhumance hebdomadaire dure ainsi tout l’été jusqu’aux premiers frimas de l’automne. L’évocation de cette tranche de vie bucolique préfigure par conséquent les congés payés de 1936. Le petit train d’intérêt local reste donc un merveilleux souvenir pour nos grands parents, puisque, victime de la route et non—rentable, il disparaît en 1953.

    Les calaisiens vont au bois

    Une petite guinguette avait été aménagée à l’entrée du bois où venaient ”guincher” sur des airs de musette de jeunes tourtereaux.

    Les calaisiens vont au bois

    Les Calaisiens profitaient de leurs rares loisirs pour se rendre en famille au bois du Ballon et s’adonner ainsi aux plaisirs champêtres qui auraient pu inspirer bien des peintres !

    Les calaisiens vont au bois

    Le soir venu, il ne fallait surtout pas rater le train de 18h00. Le passage du Pont à deux trous sur le canal de Guînes était l'occasion de saluer les pêcheurs.

     

    Benoît Noël, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations : Thomas Fieffé 

     

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