• Les six Bourgeois de Calais

    Les six Bourgeois de Calais

     

    Ce groupe en bronze représente six habitants de Calais (Eustache de Saint Pierre, Jacques et Pierre de Wissant, Jean de Fiennes, Andrieu d'Andres et Jean d'Aire), victimes d'un marché imaginé par le roi d'Angleterre Édouard III en août 1347 : le sacrifice de ces six hommes pour laisser la vie sauve à l’ensemble des habitants de la ville sur le point de se rendre aux Anglais, après un long siège 

     Six bourgeois de Calais, conduits au bourreau par Eustache de Saint-Pierre, remettront les clefs de la ville à Édouard III, pieds nus, en chemise et la corde au cou. Ils proposeront leur sacrifice afin d'épargner la population. La reine Philippine de Hainaut, admirative du courage des sacrifiés, demandera à son mari de leur épargner la pendaison. Lors du second siège de Calais, organisé par le Duc de Bourgogne, la ville demeurera aux mains des Anglais. Elle ne redeviendra française qu'en 1558, après la victoire du duc François de Guise.

    Il existe plusieurs exemplaires de cette oeuvre, dont une sur la place de l'Hôtel de Ville de Calais. L'exemplaire du Metropolitan Museum of Arts de New York est un moulage datant de 1989.


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  • Les Six Bourgeois étaient installés place d’Armes face au musée sur un socle cette fois moins élevé.

     

    Le bronze des Six Bourgeois déménagera une première fois pour être mis à l’abri. En 1918, une offensive allemande de grande ampleur était annoncée. À Boulogne-sur-Mer, les précautions nécessaires n’avaient pas été prises et deux torpilles frappaient le musée, détruisant de nombreuses collections. À Calais tout avait été fait, certes un peu tardivement, pour mettre les collections à l’abri. Il restait les monuments. Eustache de Saint-Pierre (le plus connu des Bourgeois, ndlr) avait déjà reçu un éclat dans une jambe lors d’un bombardement. La décision était prise de déplacer les Six Bourgeois pour les emmener dans les caves de la mairie. Les travaux débutaient le 13 mars 1918. Ils dureront deux jours. La statue était treuillée sur un camion par la section de protection des Œuvres d’art du Front nord. Après la guerre, le bronze de Rodin retrouvera un temps son emplacement initial, face au jardin Richelieu.

     

    Un matin de 1924, les Six Bourgeois étaient transférés sur la place d’Armes devant le musée. Le conseil municipal avait en effet décidé d’édifier un monument aux enfants de Calais morts pour la France durant la guerre de 14-18 face au jardin Richelieu. Depuis quelques années déjà, un comité collectait des fonds auprès de la population. Une subvention de la ville doublera la cagnotte amassée. M. Parenty sera l’architecte et M. Moreau-Vauthier le sculpteur. L’inauguration, prévue le 11 novembre 1924, aura finalement lieu le 26 juin 1926. Léon Vincent, le maire, y sera bien seul et le regrettera. Les chefs d’État invités n’étaient pas là. La foule était nombreuse, composée des familles des disparus et des anciens combattants. Dévoilé, le monument grandiose était ce jour-là d’une éclatante mais éphémère blancheur. Dédié aux 2 382 morts de la Première Guerre mondiale, il symbolisait l’heure du Jugement dernier.

     

    les « Six Bourgeois » remplacés par le monument aux morts

    L’inauguration du monument aux morts a eu lieu le 26 juin 1926.

     

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  • Quand Rodin était présent à l’inauguration des Six Bourgeois

     

    L'inauguration des Six-Bourgeois en présence d'Auguste Rodin et de son initiateur Omer Dewavrin, maire de Calais.

     

    En 1884, Omer Dewavrin, maire du vieux Calais, obtient de son conseil municipal la décision, d’élever un monument à Eustache de Saint-Pierre et à ses compagnons : «Aujourd’hui, au moment où les derniers vestiges des remparts de notre vieille cité vont disparaître, au moment où notre ville va cesser d’être elle-même, nous pensons qu’il est du devoir de ceux qui seront sans doute les derniers représentants élus du Calais indépendant, de perpétuer par un monument, un des plus beaux souvenirs de notre histoire. » Le sculpteur Auguste Rodin était alors sollicité et proposait un projet qui sera accepté dix ans plus tard.

    Quand Rodin était présent à l’inauguration des Six Bourgeois

     

    Les Six Bourgeois sur ce socle élevé que Rodin qualifiera de « piédestal hideux qui déshonore mon oeuvre ».

     

    Rodin déçu

    Omer Dewavrin, devenu maire du grand Calais, présidait l’inauguration. Elle aura lieu le 3 juin 1895. Rodin était présent. Face au jardin Richelieu, site finalement choisi, les invités étaient nombreux, et l’inauguration l’occasion de festivités. Le bronze était érigé sur un piédestal de deux mètres de haut, et entouré d’une grille en fer forgé.

    Rodin était cependant déçu. Il aurait préféré voir ses bourgeois posés à même le sol et au milieu de la place d’Armes. Le maire Omer Dewavrin et le ministère des Beaux-Arts en avaient décidé autrement. Lorsque le voile tomba, les applaudissements furent nombreux. Les Six Bourgeois resteront à cet endroit une petite trentaine d’années, sur leur stèle d’origine entourée d’une grille en fer forgé.

    Le monument connaîtra de multiples déménagements. Après la Grande Guerre, il se retrouvera sur la place d’Armes, point de rassemblement et de départ des bourgeois en 1347 vers le camp anglais, puis place de l’hôtel de ville actuel en 1945. Le monument des Six Bourgeois en sortira allégé de la grille et plus conforme aux volontés de l’artiste, le socle réduit au minimum permettant la proximité du spectateur avec l’œuvre.

     

     

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  • Bourgeois de Calais 1ère maquette, plâtre, 1884

     

    1ère maquette, plâtre, 1884

    Bourgeois de Calais

    Bourgeois de Calais, 2ème maquette, plâtre, 1885  

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  •                              L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

     

    Le roi Charles 4 mort sans descendance, Edward 3, roi d’Angleterre et petit fils de Philippe Le Bel par sa mère, revendiqua alors la couronne de France et résolut à la conquérir par les armes. La victoire remportée à Crécy le 26 Août 1346 sur le roi de France, ouvrait à Edward 3 la route vers le nord. Il donne quelque repos à ses troupes, puis se dirige vers Calais et commence le siège de cette place forte dont la prise sera pour lui le résultat le plus important de son heureuse campagne.
    Pour faire triompher ses prétentions à la couronne de France, il lui faudra conquérir, dans la France septentrionale, un territoire sur lequel il puisse débarquer ses armées en toute sécurité, pour faire ensuite la conquête du pays qu'il convoite et où, en cas de revers, elles trouveront un refuge certain. Calais, qui est située en vue des côtes anglaises, possède un bon port et de solides murailles, convient à merveille pour l'établissement d'un camp retranché tel que le désire Edward 3. Calais est bien, suivant l'expression d'un de ses successeurs, "la serrure et la clef de la France".

    L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

     

    Le 4 Septembre 1346, après avoir ravagé sur son passage le Ponthieu et le Boulonnais, brûlé les faubourgs de Montreuil, Etaples et Wissant, Edward 3 apparaît sous les murs de Calais. Il somme immédiatement le gouverneur Jean de Vienne de lui rendre la Ville. Edward 3 est bien résolu à s'emparer coûte que coûte de cette place d'armes que les chroniqueurs sont unanimes à considérer comme l'une des plus puissantes forteresses. Mais se rendant compte qu'il a peu de chance de réussir par un coup de force, il décide de prendre la Ville par la famine.

    En prévision d'un long siège, Edward 3 bâtit entre Calais et les rivières de Guines et de Hames, le pont Nieulay, une véritable Ville qu'il appelle "Villeneuve la Hardie", amplement approvisionnée. Son armée, forte de 32000 hommes à son départ d'angleterre, comptera à un certain moment 100.000 hommes de troupe.

    Jean de Vienne voit les préparatifs anglais et se rend compte qu'il sera bientôt contraint par la famine à se rendre. Il décide donc de faire sortir toutes les bouches "inutiles". Des centaines de pauvres dépourvus de biens et de provisions sont ainsi chassés. Certains chroniqueurs affirment qu'Edward 3 autorisa ces malheureux à traverser les lignes de son armée, d'autres par contre racontent qu'Edward 3 les repoussa et qu'ils moururent de froid et de faim entre la ville et le camp anglais.

    Les premiers temps du siège sont supportables pour les Calaisiens qui se ravitaillent encore par la Mer. Les opérations du côté de la terre se réduisent à peu de choses au cours de l'hiver 1346-1347, juste quelques sorties des assiégés et des escarmouches engagées par les garnisons françaises des petites forteresses de l'Artois et du Boulonnais. Edward 3 utilise sans résultat une vingtaine de canons pour abattre les murailles. Aussi, décide-t-il le 15 Février 1347 de mobiliser une flotte de 120 vaisseaux qui interdiront en permanence l'accès maritime de Calais. Une seule escadre française de 30 vaisseaux réussit, le 10 Avril, en dépit de la vigilance de la flotte ennemie et malgré les fortifications élevées par les assiégeants et les obstacles de toute nature à l'entrée du chenal, à pénétrer dans le port. Les autres tentatives échoueront lamentablement ; les navires tombant aux mains des anglais. Dès lors, Calais n'eut plus d'espoir que dans le secours venant de la terre.

    L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

    Le 26 Juin, Jean de Vienne adresse une lettre au roi de France. Les anglais s'en emparent et Edward 3 se rend ainsi compte que la famine est à son comble dans la Ville. Dans cet appel émouvant à Philippe de Valois, il écrit notamment : 
    "Sachez qu'il n'y a rien qui ne soi tout mangé, et les chiens et les chats et les chevaux ; et de vivres nous ne pouvons plus trouver si nous ne mangeons chair de gens, si nous n'avons pas un bref secours". Un chroniqueur anglais place à cette époque l'exode de centaines de Calaisiens qui auraient péri sous les murs de la Ville, l'assiègeant leur ayant refusé la traversée de son camp.

    Cepandant, Philippe de Valois comprend la nécessité de tenter un grand effort pour secourir et conserver une place de premier ordre qui résiste héroïquement. Depuis le 24 Mai 1347, il concentre à Arras une armée considérable. Après avoir vainement demandé aux flamands leur concours, il dirige ses troupes vers Hesdin, Fauquembergues, Lumbres, Nordausques, Tournehem et Guines. Ce 27 Juillet, l'armée Française, forte de plus de 100.000 fantassins et de 35.000 cavaliers paraît enfin sur les hauteurs de Sangatte, à la grande joie des Calaisiens qui pensent que la bataille va s'engager rapidement.

    Le roi de France fait aussitôt reconnaitre le terrain et chercher les points d'attaque les plus favorables. L'examen des positions ennemies lui révèle que la nature du terrain et les mesures défensives prises par Edward 3 rendent toute attaque impossible. Philippe de Valois propose alors à Edward 3 un combat en rase campagne. Ce dernier refuse , sachant que Calais est à sa merci.

    L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

    Le 26 Juin, Jean de Vienne adresse une lettre au roi de France. Les anglais s'en emparent et Edward 3 se rend ainsi compte que la famine est à son comble dans la Ville. Dans cet appel émouvant à Philippe de Valois, il écrit notamment : 
    "Sachez qu'il n'y a rien qui ne soi tout mangé, et les chiens et les chats et les chevaux ; et de vivres nous ne pouvons plus trouver si nous ne mangeons chair de gens, si nous n'avons pas un bref secours". Un chroniqueur anglais place à cette époque l'exode de centaines de Calaisiens qui auraient péri sous les murs de la Ville, l'assiègeant leur ayant refusé la traversée de son camp.

    Cepandant, Philippe de Valois comprend la nécessité de tenter un grand effort pour secourir et conserver une place de premier ordre qui résiste héroïquement. Depuis le 24 Mai 1347, il concentre à Arras une armée considérable. Après avoir vainement demandé aux flamands leur concours, il dirige ses troupes vers Hesdin, Fauquembergues, Lumbres, Nordausques, Tournehem et Guines. Ce 27 Juillet, l'armée Française, forte de plus de 100.000 fantassins et de 35.000 cavaliers paraît enfin sur les hauteurs de Sangatte, à la grande joie des Calaisiens qui pensent que la bataille va s'engager rapidement.

    Le roi de France fait aussitôt reconnaitre le terrain et chercher les points d'attaque les plus favorables. L'examen des positions ennemies lui révèle que la nature du terrain et les mesures défensives prises par Edward 3 rendent toute attaque impossible. Philippe de Valois propose alors à Edward 3 un combat en rase campagne. Ce dernier refuse , sachant que Calais est à sa merci.

    L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

    Des cris, des gémissements, des pleurs répondent à ses paroles et lui-même est fort ému. Un moment après, le plus riche bourgeois de la Ville, Eustache de Saint-Pierre se lève et dit :

    "Seigneur, il serait grand malheur de laisser un tel peuple mourir ici de famine quand on peut trouver un autre moyen. J'ai si grande espérance de trouver grâce et pardon envers notre Seigneur si je meurs pour sauver ce peuple, que je veux être le premier ; je me mettrai volontiers en chemise, nue tête, la corde au cou, à la merci du roi d'angleterre".

    Chacun s'approche de lui et le remercie, des hommes et des femmes se jettent à ses pieds en pleurant. Devant cet héroïque exemple, un autre très honnête et riche bourgeois, Jean d'Aire, se lève et déclare sa volonté de partager le sort de son compère. Un troisième, Jacques de Wissant, dit vouloir faire compagnie à ses deux cousins. Puis ce sont Pierre de Wissant, son frère, Jean de Fienne et Andrieux d'Andres. Les 6 bourgeois se dévêtent, tous nus en leurs chemises, mettent la corde au cou et prennent les clefs de la Ville et du Château chacun en tenant une poignée. Quand ils sont prêts, Jean de Vienne se met devant eux et prend le chemin de la Porte accompagnés des hommes femmes et enfants qui pleurent, se tordent les mains et crient à haute voix. La scène est poignante. Au delà de la Porte, Jean de Vienne dit à Gautier qui l'attend :

    "Je vous livre comme Capitaine de Calais, avec le consentement du peuple de cette Ville, ces 6 bourgeois, et je vous jure qu'ils sont et ont toujours été les plus honorables...".

    Et ils s'en vont vers leur destin au camp des anglais. A leur arrivée, le roi Edward 3 vient sur la place en face de son palais ayant à ses côtés la reine Philippine de Hainaut sa femme (qui était enceinte) et les seigneurs de sa cour. En présence du roi, les 6 bourgeois se mettent à genoux et disent en joignant leurs mains :

    "Gentil Sire et gentil roi, voyez-nous les six, qui avons été d'anciens bourgeois et grands marchands de Calais ; nous vous apportons les clefs de la Ville et du Château ; nous nous mettons en votre pure volonté pour sauver le "demeurant" du peuple de Calais qui a beaucoup souffert de privations. Veuillez avoir de nous pitié et merci par votre très haute noblesse".

    L'histoire des 6 Bourgeois de Calais

    Les seigneurs et chevaliers présents ne peuvent s'empêcher de les prendre en pitié et ont grand peine à parler.

    Le roi les regarde très en colère car il avait le coeur si dur et si épris d'un grand courroux qu'il ne peut parler. Quand il le peut enfin, c'est pour dire qu'on leur coupe la tête. Tous les barons et chevaliers présents ainsi que Messire Gautier de Mauny prient le roi de les prendre en pitié mais en vain. C'est alors la reine d'angleterre qui ne pouvant se retenir de pleurer, se jeta aux pieds du roi et dit:

    "Ah, gentil sire, depuis que je repassai la Mer en grand péril comme vous le savez, je ne vous ai rien demandé ; or, je vous prie humblement et requiers à mains jointes que pour l'amour du fils de Sainte-Marie et pour l'amour de moi, vous veuillez avoir de ces hommes mercy"

    Le roi attend un moment, regarde la reine qui pleure, s'émeut et ne veut pas lui faire peine et dit :

    "Ah, Madame, j'aimerai mieux que vous fussiez autre part qu'ici ! Vous me priez si tendrement que je n'ose vous éconduire malgré que j'en ai envie. Tenez ! je vous les donne ! faites-en votre plaisir!"

    Alors la reine joyeuse se lève, fait lever les 6 bourgeois, leur enlève les cordes qu'ils avaient au cou et les emmène avec elle dans sa chambre, les fait vêtir, leur fait servir à diner, leur fait remettre à chacun 6 nobles d'or et les fait conduire hors du camp en sûreté. Ils s'en vont demeurer dans plusieurs villes de Picardie. Le lendemain, 4 Août 1347, Calais est occupé et Gautier de Mauny prend possession de la Ville et du Château.. Son premier soin est d'ordonner de mettre Jean de Vienne et ses chevaliers en prison courtoise, en attendant leur transfert en angleterre jusqu'à ce qu'ils aient payé leurs rançons. Les simples hommes de troupe sont rassemblés dans la halle pour y déposer leurs armes, puisrenvoyés. Il fait amener dans la Ville des charettes entières de victuailles qui sont distribuées aux habitants. Cette distribution a des effets désastreux car plus de 300 personnes succombent pour avoir absorbé trop de nourriture trop vite. Ceux qui survivent sont expulsés, car Edward 3 a résolu de peupler la Ville de sujets anglais. Seul un prêtre et quelques personnes agées restent à Calais pour fournir des renseignements relatifs aux coutumes anciennes de Calais.

    Telle est, d'après les "Chroniques" de Froissart, la version la plus généralement admise de la reddition et du dévouement des 6 bourgeois. En 1895, l'illustre Rodin a figé dans l'immortalité du bronze, la sublime nudité de nos héros.

     

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