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    UN CHRONIQUEUR GALLOIS A CALAIS

    (Note sur l'histoire de Calais sous les Anglais)

    Parmi les manuscrits de la bibliothèque nationale du pays de Galles à Aberystwyth se trouve une chronique pleine d'intérêt pour le Nord de la France, car elle fut compilée à Calais entre 1530 et 1532 par Elis Gruffudd (ou Ellis Griffith), soldat gallois de la garnison des rois anglais. L'une des œuvres les plus longues en langue galloise, la chronique n'est histoire ni journal dans le sens moderne, mais essaie d'être histoire du monde, et principalement des événements notables de l'histoire des rois d'Angleterre 1. Naturellement, ce chroniqueur était très fier de l'avènement de la famille des Tudor, qui étaient devenus rois d'Angleterre en 1485, et qui donna aux Gallois des hautes fonctions dans l'Etat, des occasions et des nouvelles carrières hors de leur petit pays natal 2.

    Cette chronique montre que cette ville de Calais, connue déjà comme l'une des principales bases économiques et militaires des Anglais, n'était pas dépourvue d'une certaine civilisation. Les citoyens, par exemple, aidaient ce simple soldat à traduire ou copier des Uvres d'Histoire d'autres pays, de géographie, et de médecine. Les soldats de Calais avaient trop à faire pendant les guerres, mais trop de loisir pendant les longues années de paix 3.

    Pour rédiger sa chronique, Elis copiait d'autres livres, mais dans le dernier quart de son énorme œuvre de deux mille cinq cents pages, il parle de son époque, souvent des événements importants dont il est témoin, et s'il traite rarement de sa propre personne (croyant qu'il ne sied pas à un historien d'être trop personnel), il évoque souvent la ville de Calais.

    Il est né, probablement vers 1480 ou 1485, dans le minuscule village de Gronant Uchaf, près de Llanasa dans le Flintshire, la région de la grande famille des Mostyn, les cousins gallois de la famille royale. Son oncle, Sion ap Dafydd, était soldat, et Elis entre dans l'armée anglaise vers 1511, participe aux expéditions anglaises dans le nord de l'Espagne et aux Pays-Bas, et bientôt après cette date, devint serviteur de sir Robert Wingfield 4, membre d'une famille fort importante, ambassadeur et fonctionnaire du gouvernement à Calais. On ne sait pas exactement comment il est arrivé chez sir Robert Wingfield, mais il y avait de vagues liens de parenté des Mostyn avec les Tudor et les Wingfield.

    Il est probable qu'il suivit son maître partout, aux Pays-Bas et en Allemagne, en France au cours de l'invasion de 1513, à Tournai, à Thérouanne, surtout à Calais et Guînes pour l'entrevue célèbre du Camp du Drap d'Or en 1520. Il nous donne d'amusants portraits ou vignettes de cette époque, par exemple, de la reine Germaine de Foix en Angleterre, François Ier à Guînes, l'invasion des Anglais sous le Duc de Suffolk de Calais à Montdidier en 1523.

    Wingfield, après cette date, devint lieutenant du château de Calais et chef de l'administration (ou « député ») en 1526. Il gardait sa maison à Londres, Wingfield Place à Old Fish Street, dont Elis était le gardien ou chambellan, et où il écrivit son premier recueil en gallois, une collection fort importante de poésies et contes gallois 5. Il eut loisir aussi de connaître des personnages importants comme le cardinal Wolsey, de recevoir des nouvelles du pays de Galles, ainsi que des serviteurs du roi et des hommes de la cour.

    Son maître se décide de rester à Calais, même en retraite ; c'est lui, probablement, qui offre à Elis en 1530 un poste de soldat de la garnison de Calais 6. Après son arrivée, il commence à écrire la chronique et traduire en gallois plusieurs livres médicaux 7. Bien que sa première collection manuscrite le montre homme d'éducation conven- tionnellement catholique, à Londres, il est devenu Protestant, comme la plus grande partie de la garnison de Calais. Après son arrivée, il commence à décrire la chronique et traduire en gallois plusieurs livres médicaux 7. Bien que sa première collection manuscrite le montre homme d'éducation conventionnellement catholique, à Londres, il est devenu Protestant, comme la plus grande partie de la garnison de Calais. Il apparaît qu'on discutait beaucoup à Calais des questions de la Sainte Ecriture, de l'astrologie, et de la médecine. C'est ici qu'il put lire des tomes en latin, anglais et français, des livres rares qui sont arrivés de Paris ou d'Augsbourg, qu'il rassemble les nouvelles variées de la conquête du Mexique, des guerres de Charles-Quint en Afrique, essayant toujours un grand livre d'histoire, compensant son défaut de style et de sens littéraire par sa vivacité et la richesse de son vocabulaire.

    Il resta à Calais quelque temps célibataire, et sans maison 8. Mais comme plusieurs des soldats venus d'Angleterre, il épousa une Calai- sienne, qui lui donna deux enfants nés à Calais 9. Sa femme possédait une propriété à Calais, et ils habitaient une maison en « Olde Havon », située derrière les murs donnant sur le port, c'est-à-dire, entre la Place d'Armes et la Citadelle actuelle de Calais. Ce sont des soldats comme Elis qui surtout préservèrent pendant la dernière époque du régime anglais le caractère profondément britannique d'une population ouverte aux influences françaises et flamandes de la région.

    La dernière étape du régime anglais est une époque de déclin, de difficultés économiques, de guerre tout autour des frontières du Calaisis, notamment entre 1543 et 1550, et de luttes intérieures, en particulier pour des questions de religion, surtout pendant le régime de lord Lisle, député de Calais entre 1533 et 1540. Les pages les plus précieuses de la chronique sont, peut-être, celles qui décrivent les événements agités de la réforme protestante à Calais où les soldats se heurtaient aux autorités, mais les pages les plus caractéristiques sont celles où il décrit la guerre de Boulogne, surtout le siège de cette ville, et les campagnes dans les Flandres et le Boulonnais entre 1543 et 1546. Pendant cette époque, il devint capitaine des petits boulevards sur la frontière anglaise à Vieille-Eglise et à Balinghen.

    Après la guerre du Boulonnais, il tombe malade et dans sa vieillesse s'intéresse de plus en plus au Protestantisme de caractère très réformé et à l'astrologie. Il termine sa chronique avec un récit de la peste de 1551-52 dans sa région natale ; en 1552, il envoie son livre avec une dédicace et une préface à Thomas Gruffudd (probablement un sien cousin ou neveu) et Piers Mostyn (un grand seigneur du Flintshire).

    Entre 1533 et 1538, il fit un procès dans la cour de la Chancellerie à Londres contre le mari de sa tante au sujet des terres saisies dans son village natal 10. Sa préface de 1552 parle tristement d'un procès mené en vain ; il regrette de se trouver au loin, à Calais, et de ne pouvoir influencer les juges ; il prie Gruffudd et Mostyn de l'aider contre la famille voisine des Mutton. Il explique aussi qu'il a compilé sa chronique pour l'éducation d'autres plus intelligents que lui-même, pour que ses concitoyens connaissent l'histoire d'autres régions du monde.

    A cette époque, il est devenu huissier de Calais, et sans doute, n'était pas mal payé 11. Bien qu'il eut renvoyé son œuvre en 1552, il habitait encore sa maison en 1556 12. Il est possible qu'il mourût comme plusieurs vieux Calaisiens dans le grand siège de 1558, ou qu'il fut déporté en Angleterre par l'ordre de François, Duc de Guise. On sait que quelques réfugiés de Calais rôdaient dans le pays de Galles au mois de février 1558, quelques semaines après l'expulsion des derniers Anglais 13.

    La chronique parvint elle saine et sauve au petit manoir de Thomas Gruffudd dans le Flintshire? La chose est très probable, car, bien qu'une moitié, qui parlait de l'histoire antérieure à l'année 1066, eut disparu pendant de longues années, et ne fut retrouvée que vers la fin du dix-neuvième siècle, la seconde et plus intéressante moitié demeura à quelques kilomètres du village natal d'Elis, au château de Mostyn, où la famille avait reçu la chronique en héritage après un mariage avec la fille de ce Thomas Gruffudd. Après la première guerre mondiale, les deux moitiés de cette belle chronique furent réunies, reliées, et conservées à la bibliothèque nationale du pays de Galles.

    Extraits de la chronique d'Elis Gruffudd de Calais, MS Mostyn 158, a Aberystwyth, P. de Galles, traduits par P. T. J. Morgan.

    LE ROI FRANÇOIS 1er VISITE LE CAMP DU DRAP D'OR 

    (f° 423 b) Ainsi le roi débarqua à Calais environ onze heures du matin. Dès que le roi, la reine et les grands eurent débarqué, ils allèrent avec le roi et la reine à l'église de St. Nicolas à Calais pour prier à l'autel de la Résurrection qui se trouve à l'ouest de l'église, et en lequel resta la confiance de beaucoup de savants à cette-époque-là. L'après-midi, les gens du roi avec leur équipement débarquèrent au port de Calais, et vers quatre heures la nouvelle fut reçue de sir Richard Wingfield, ambassadeur à cette époque auprès du roi français, qui, sur ces entrefaites, était arrivé à Ardres. Le roi envoya en hâte un seigneur appelé sir Thomas Boleyn à Ardres au roi de France.

    Le lendemain matin, vendredi, le roi envoya le cardinal d'York à Guînes pour surveiller les bâtiments, et pour aller parler à Ardres avec François 1er, roi de France, chez qui il resta en conseil et conversation secrète jusqu'à dimanche. A ce temps-ci, plusieurs excellents gentilshommes vinrent du côté du roi de France, certains sur les affaires du roi français, certains pour voir le roi d'Angleterre.

    (f° 424 a) Ainsi le dimanche vers trois heures de l'après-midi, le cardinal d'York arriva à Calais du côté du roi français. A ce moment arriva la nouvelle reportée et écrite que notifia le roi, comment débarquèrent l'Empereur et ses gens à Flessingue en Zélande vendredi précédent, en gaieté et joie. Ainsi le roi d'Angleterre s'amusa avec les gens de sa cour à Calais de jeudi jusqu'à mardi le 5 juin de l'an 1520, quand le roi transporta sa cour de Calais à Guînes, avec tous les nobles et le roi, les deux reines et la plupart des gens d'honneur s'installèrent dans le nouveau palais que le roi avait fait construire sur le marais près de la porte du château de Guînes, pour accomplir ses projets à cette époque.

    (fos 427-428) Après le déjeuner, le roi de France et les deux reines passèrent le temps en conversation aimable et amusante, par les divertissements d'instruments musicaux variés : auprès d'eux, certains seigneurs et dames dansèrent jusqu'à l'heure de vêpres. Vers cinq heures du soir, le roi et les deux reines et toute la cour entrèrent dans la grande chapelle qui fut ordonnée merveilleusement dans le nouveau palais. Ici, certains musiciens du roi d'Angleterre en robe d'église chantèrent deux anthèmes, une de Sainte Marie, une de Saint Georges. Donc, le roi de France revint à sa chambre, d'où il envoya certains gentilshommes anglais pour bavarder et s'amuser.

    Parmi ces premiers arrivèrent sir Charles Somerset, chambellan du roi d'Angleterre, et sir Robert Wingfield, suivis par plusieurs seigneurs anglais. Ceux-ci le trouvèrent en train de traverser la chambre en chemise courte et en bas. Ici, il parla avec eux gentillement, tendrement, avec le chambellan du roi d'Angleterre, retraversant la chambre par-ci, par-là. A ce moment, on put observer nettement son expression, sa physionomie, les manières et gestes de son corps, ses traits — nez, yeux, couleur de figure et chair.

    En vérité, comme par estimation, il avait cinq pieds en hauteur de corps (ou deux « yards »). La tête est de bonne proportion, couverte de cheveux châtains nettement arrangés. La chair de la figure est bleu-blanc, comme le babeurre dans lequel il y a très peu de lait et beaucoup d'eau. La figure est longue, à beau long nez, les yeux de couleur mixte et dans les blancs des yeux se montrent des taches rouges. A la figure, il porte une barbe de trois mois, dont la couleur est un peu plus foncée que celle des cheveux. Le col est aussi grand et solide que la tête, qui est de bonnes proportions.

    Véritablement, la nuque est une des plus larges que j'ai jamais vues. D'après l'opinion de certains, c'est la façon de ses vêtements qui rend la nuque plus large qu'en réalité. En vérité, l'apparence du corps des genoux jusqu'à la tête est très belle, avec deux cuisses et deux fesses de la proportion du corps, mais les deux jambes jusqu'aux pieds sont très maigres en proportion au corps et aux autres membres. Au-dessus des deux pieds, les jambes sont un peu déformées et courbées. Les deux pieds apparaissent très maigres, ayant à peu près treize pouces de longueur, au moins.

    (/° 428 à) Chaque partie de la semelle touche la terre. En vérité, pour terminer cette description du corps, sa voix et son expression furent douces et faciles. Mais dans sa conversation, il changea d'expression et regarda souvent en haut, montrant le blanc des yeux, ce qu'il fit plus souvent qu'il ne lui fallut.

    Ainsi, dans cette conversation, il demanda des vêtements de chasse, qu'il mit en vue de tous, il se rangea pour prendre cheval pour aller vers Ardres à cheval, qui fut mené dans la cour auprès du grand escalier descendant de la chambre à la cour. Ici, vinrent les deux reines pour faire leurs adieux au roi de France, jusque quand le cardinal d'Angleterre et beaucoup de nobles anglais furent prêts aux chevaux pour aller escorter le roi français à Ardres, et pour rencontrer le roi d'Angleterre, qu'on rencontra dans la campagne entre le champ-clos et Ardres.

    LA REFORME PROTESTANTE A CALAIS 1539 (MS MOSTYN 158, fos 522 a-524 b)

    (J° 522 a) Entre les fêtes de Pâques et les fêtes de Pentecôte de cette année (la 29e d'Henri VIII), Adam Damlyp (ou Damplyp), natif du Lancashire, arriva à Calais en très pauvre condition. Il avait vécu en Italie pour l'éducation, et parce qu'il fut anglais, il reçut aide et grand secours du cardinal Pole. Il fit connaissance avec un soldat de la ville, un honnête homme qui était bon grammairien, appelé William Stephens.

    Le révérend Adam, en une longue conversation, lui raconta sa carrière : comment le cardinal Pole l'eut mis résider chez un cardinal, mais quand ce cardinal l'entendit lire et expliquer certains passages de la Bible contre l'autorité du Pape et de ses cardinaux, ce cardinal ne lui souffrit plus de rester près de Rome. A cause de ça, expliqua-t-il, il fit voyage de Rome en Allemagne, où il resta deux années chez des gens savants ; il observa toutes les coutumes des savants de toutes les universités de la majeure partie de la Chrétienté. Il démontra comment il lut des morceaux variés de la Bible en latin à certains lieux en Allemagne et en Saxonie, en disant qu'il était prêt à lire en anglais le nocturne de la Bible à Calais pendant qu'il attendait un vent favorable pour aller en Angleterre.

    Après que le susdit soldat et un prêtre prudent eurent appelé le révérend Adrian Stavely, certains honnêtes hommes discutèrent ; et on entendit qu'il était savant ; ce susdit soldat éprouva grande peine à expliquer tout à sir Arthur Plantagenet (/° 522 b) vicomte Lisle, et député de Calais. Sur ces entrefaites, il ordonna à William Stephens de venir dîner ce soir-là chez lui, et le révérend Adam avec lui. Tout ce qui fit le soldat.

    Comme il lui convint, dans ce lieu et à ce temps après le dîner, le révérend Adam expliqua toute l'histoire susdite au vicomte, devant certains lanciers qui furent invités à dîner ce soir-là. Le député aima tant son expression qu'il lui donna permission de lire dans la chapitre des carmes. Au bout d'un jour ou deux, le révérend Adam y vint, et tournant le dos à l'autel du chapitre, il expliqua une épître de Paul aux Romains. Le député, la plupart du Conseil, l'entendirent ainsi que tous ceux qui purent entrer dans l'intérieur de la maison, et aussi dans le cloître auprès de la maison et en face de la porte.

    Tout le monde loua ce discours ou sermon, le député même jura qu'il n'eut jamais entendu un sermon si fertile d'idées, et envoya à l'archevêque de Cantorbéry demander permission pour qu'il monte à la chaire expliquer les épîtres, et lui donna une pièce d'or pour acheter une robe. Honor (ou Honneur) la vicomtesse, lui en donna 90 en or, et par ces moyens et par l'aumône d'autres de la ville, il fut honnêtement habillé au bout de dix ou douze jours.

    En ce temps, il lut un jour ou deux dans le chapitre pendant que le messager était allé et revenu avec sa licence. Le vicomte lui ordonna de monter à la chaire mise dans la nef de l'église des cannes, où il fut ordonné par l'accord du Conseil de faire discours durant deux heures deux fois par semaine.

    A cette époque commença une grande jalousie entre celui qui fut prieur des carmes et le révérend Adam, parce qu'il eut plus de secours des habitants de la ville en trois semaines que le prieur et ses moines n'eurent reçus en trois années précédentes ! A cause de ça, le prieur et la partie du Conseil qui le crut, dirent que le révérend Adam mentait au sujet de la Sainte Ecriture. Bientôt, le dimanche, le prieur proclama, de la chaire dans son sermon, louant les cérémonies, la messe, surtout le sacrifice du corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui reste la meilleure médecine à sauver l'âme de l'homme au Jugement Eternel. En vérité, le révérend Adam le confirma — mais, dit-il, il faut que chaque chrétien dévot regarde le sacrifice avec l'œil de la foi pour comprendre plus qu'il ne voit avec sa vue matérielle. C'est-à- dire, pour regarder avec sa foi spirituelle non seulement la cage mais aussi l'oiseau dans la cage ; qu'on ne peut voir nettement que par la foi, par laquelle, dit-il, chaque chrétien obtiendra le courage à cause de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ — mais seulement par la foi.

    A ce sujet suivirent des tels débats entre les deux prêcheurs qu'il eût été mieux que la ville les eût réduit au silence par une grande récompense.

    A cause de ça, l'évêque de Kent leur ordonna d'amener le prieur en Angleterre. Bientôt leurs débats furent discutés auprès de l'évêque et les docteurs en Angleterre. Donc le prieur fut forcé d'admettre qu'il avait tort, et revînt à Calais demander pardon au révérend Adam. Adam châtia les pécheurs avec véhémence, montrant par plusieurs citations de la Sainte Ecriture qu'il n'y a espoir de Merci à celui qui pèche contre le Saint-Esprit. Il n'y a place dans le Royaume des Cieux et de Dieu ni pour le lascif, ni pour l'avare, ni pour l'oppresseur, l'immonde, le glouton, l'ivrogne, le voleur, ni le meurtrier.

    Ces mots attirèrent le sang des blessures de certains du Conseil, et des gouverneurs de la ville, qui trouvèrent plusieurs grandes fautes chez le révérend Adam, comme ils eurent trouvé chez ceux qui eurent prêché la parole de Dieu auparavant. Car une année auparavant, le Conseil avait calomnié un homme appelé le Dr Hore, qui se donna de la peine à prêcher à eux pendant tout le carême, qu'il était si immoral et corps si mal gouverné qu'il alla à cheval de Calais à Boulogne s'amuser chez les putains. Ils ne purent pas le prouver, malgré leur haine contre lui. Le carême suivant, le Conseil montra encore plus de mensonge et de malice contre lui, parce que l'évêque de Kent l'envoya prêcher avec le docteur appelé Champion, et à ce moment le docteur Hore tomba malade, d'où il mourut.

    Dans sa faiblesse, il demanda de son compagnon d'aller chercher le prêtre avec le corps de Notre Seigneur en forme de pain. Mr Champion le fit de bonne volonté. Mais cet homme, dans une telle maladie, ne put prendre rien de sa commission, la maladie dans son estomac étant si incommode qu'il ne put prendre ni sec ni liquide dans la bouche sans que le cœur le rejeta, vomît, et émît tout le liquide de son corps. Pour cette raison, il ne put pas prendre sa communion (f° 523 b)...

    (f° 523 b)... Après une période de jalousie, le député et le Conseil écrirent certaines lettres à leurs amis en Angleterre se plaignant aigrement contre le révérend Adam au roi et son Conseil, qu'il eût semé une telle hérésie à Calais qu'une moitié des habitants ne mettent désormais aucune valeur à l'office divin dans l'église, mais seulement au sermon de la parole divine.

    Avant les vacances de Pâques sur ces entrefaites, le roi ordonna au député de Calais et à son conseil de démolir le lieu appelé par le peuple « La Résurrection du Christ », où plusieurs crurent que les trois hosties qu'eurent jeté à terre de la boîte les voleurs dépouillant l'église (dont parle ce livre plus haut) se congelèrent, se transformant en chair et sang sous la forme d'un enfant nouveau-né.

    Mais le contraire fut trouvé dans la boîte. Où plusieurs eurent cru trouver un des plus estimables dons divins du monde, on ne trouva à cette construction (qui fut très solidement construite de pierre de ciment et de fer), quand elle fut démolie et la boîte fut ouverte, que deux plats grands comme un florin, qui semblèrent à l'apparence exhaler la fumée, et qui furent si pourris de rouille qu'ils ne furent pas facile à manier.

    (/° 524 à) A ce sujet, le révérend Adam fit grand discours à l'église de S. Nicolas à Calais, montrant les joyaux que leurs ancêtres depuis deux siècles avaient adoré et honoré comme le Bon-Dieu, et il les montrait dans la main, dans la chaire, à toute la congrégation. L'après-midi, ils furent envoyés à travers le détroit en Angleterre, au roi et le Conseil. Au bout de dix jours, le révérend Adam partit en Angleterre, parce qu'il s'aperçut (lui, ainsi que les hommes qui professaient ses opinions) qu'il valait mieux qu'il aille en Angleterre, de sa propre volonté, qu'attendre que le Conseil d'Angleterre n'envoie le chercher. A cette époque et en ce pays, il apparut auprès du Conseil auquel il démontra tous ses sermons qu'il avait lu ou parlé à Calais. Contre ceux-ci, certains évêques commencèrent à «aboyer» férocement. C'est à cause de leur âpreté qu'il fut forcé de disparaître et de se cacher loin de Londres, à cause du procès que fit le député de Calais contre lui au Conseil en Angleterre, chez les évêques qui étaient de son opinion, et même laissa le Conseil penser que l'affaire fut bien pire qu'elle ne fut.

    Pour cette raison, le Conseil et l'évêque de Kent envoyèrent le docteur Champion et un certain monsieur Garrett prêcher comment chaque chrétien doit espérer et croire en le sacrifice de la Messe. Le docteur prononça le premier sermon — mais il confirma beaucoup de questions dont avait parlé le révérend Adam !

    Cependant, le député et sa faction ne comprirent pas correctement ce que leur démontrèrent les sermons. Bientôt, il arriva que le député rencontra sur le marché un gros pataud de soldat et en vérité, il n'y eût à Calais un homme avec moins de qualités chrétiennes que lui. Il fut malicieux, querelleur, jaloux, ignorant, car en vérité, je sais qu'il ne put réciter correctement ses prières en Latin ni en Anglais. Mais il trouva beaucoup à redire à plusieurs honnêtes gens de la ville parce qu'ils ne venaient pas à l'église assister à la messe. Néanmoins, je sais très bien qu'il ne sut jamais quelle image il faut adorer pour entendre la messe. En vérité, je ne l'ai jamais vu s'agenouiller et entendre la messe. Cependant le député l'appela par son nom et dit le suivant, « Aha, Leach, mon compagnon ! Voilà que ta foi (et la mienne) est revenue à la ville ! »

    Mais après que tous les deux eurent donné deux sermons (J° 524 b) le député fut aussi ennuyé d'eux qu'il le fut des autres prêcheurs précédents. Mais il n'y eût occasion de se plaindre. Ainsi la tempête se calma à cette époque. Cependant le député continua à se défier de certains hommes qui avaient été soldats dans la ville, et à chercher occasion à vérifier leurs propos et les prouver hérétiques. Il ne put pas le faire. Vraiment il ne pourrait jamais faire aucun mal à eux si le Bon-Dieu eût donné la grâce à tout le monde de se taire et de répondre avec charité et obéissance, comme il faut au chrétien dévot.

    Car un des éléments principaux que possède un chrétien est d'être tolérant, d'être prêt à souffrir opposition pour l'amour de Dieu, d'entendre des histoires avec bonne volonté, d'être tardif à répondre. Nous eûmes besoin — Dieu sait ! — de ces qualités à Calais à cette époque, d'où vint beaucoup d'ennui, en Angleterre comme à Calais. Mais Calais fut le premier à recevoir le pire.

    1. Bibliothèque nationale du pays de Galles, Aberystwyth, N.L.W. MS 5276 D. et Mostyn MS 158 (l'histoire après 1066). 2. Cf. l'article du Professeur Thomas Jones, « A Welsh Chronicler in Tudor England » Welsh History Review, vol. I (Cardiff, 1960), pp. 1-18. 3. Description de l'autre chroniqueur de Calais, l'Anglais Richard Turpyn : Nichols, J. G. « The Chronicle of Calais » (Camden Society, Londres 1846) introduction, p. xiv. 4. Ed. Sidney Lee, Dictionary of National Biography, les noms « Wingfield (Richard, Humphrey, Robert) ».

    5. Bibliothèque municipale de Cardiff, Cardiff MS 5. 6. Public Record Office, Londres, SP1/51 f 219 b. On trouve Elis dans la garnison de 1528, mais le document est incorrectement daté. 7. Bibliothèque Nationale du pays de Galles, Cwrtmawr MS 1. 8. Public Record Office, Londres, E101/62/18 f°. 18 b. aussi British Museum, Londres, Cotton MSS, Faustina E VII f 75. 9. Manuscrits du Marquis de Bath à Longleat : Longleat MS 60, f° 27 b.

    10. Lewis E. A., Early Chancery Proceedings concerning Wales, (Cardiff 1937), p. 115. 11. British Museum, Londres, Harleian MSS, MS 3880 f° 176 a. 12. Public Record Office, Londres, E 315/371-2 ff. 45 b, 36 a. Le «Nicholas Gryf f eth » de f 40 b. ibid, est peut-être le fils d'Elis Gruffudd. 13. Acts of the Privy Council of England (New Series), vol. VI (233). lettre du 23 février 1557 (8).

     14. Meyrick, S. R., Heraldic Visitations of Wales (by Lewys Dwnn), (Llandovery 1808), vol. II, pp. 302, 306, 308, pour les familles des Gruffudd et Mostyn ; et pour la famille des Mostyn, Lord Mostyn et T. Allen Glenn, The Mostyns of Mostyn, 1925.

    Prys Morgan (Université de Galles, Swansea).


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