• NOTES HISTORIQUES SUR LE COURGAIN

    NOTES HISTORIQUES SUR LE COURGAIN (1)

    D'après Henri, Courgain désigne un endroit fort resserré: cour, petit, gain, demeure; on doit pourtant remarquer que plusieurs bourgs des environs ont leur courgain et que ce nom, dans lequel on peut aussi voir le mot français cours et les mots anglais court et gaing (plèbe) ou gang (passage, voie) (2) indique alors un hameau composé de pauvres habitations (3). Notre Courgain, qui, de tous teins, a dû être habité par des pêcheurs, n'était encore, au xvie siècle, qu'un chétif faubourg de Calais, composé de quelques pâtés de

    (1) Ces notes nous ont été communiquées par M. II.-J De Dheims, bibliothécaire-archiviste de la ville.

    (2) La Recepte généralle des Domaines et Finances de Calais en 1605, l'appelle Court Gaing; De Thon écrit Curgium Saburbium, son nomenclateur le nomme fauxborg du Courquel.— Lefebvre, dans son premier volume, page 648, cite un plan de 1645 ,dans lequel se trouve Corvin.— Jollain, graveur du siécle dernier, a publié d'anciens plans sur lesquels on lit aussi Corvin.

     (3) « Nous ne trouvons pas d'où vient ce nom de Courgain et tout ce qu'on en peut conjecturer est qu'autrefois il y avait un endroit ainsi appelé à cause qu'il était habité par des pécheurs qui gagnaient peu de chose; on disait le fauxbourg du Courgain, qui était plus étendu et n'était fermé que de palissades du côté de lamer et qui a été réservé comme il est à présent dans un bastion de la ville, où il y a plusieurs petites rues fort étroites qui contiennent aux environs de 310 familles, toutes de matelots, à la réserve de quelques artisans, en petit nombre. Le contour du Courgain est de 300 toises. II y a dans le Courgain un commandant sous les ordres de celui de la ville, Pierre Tiberge, sieur de Valbrun, cy-devant garde-corps du Roi. » (Bernard, page473).

    maisons défendus par de faibles palissades. Un acte d'Edouard III, portant la date du 24 octobre 1361, nous apprend comment plusieurs de ses habitations étaient rangées lorsqu'il s'empara de la ville. Le terrier anglais de 1556 (1) qui désigne le faubourg St-Pierre par son nom patronymique, mentionne aussi les maisons qui font partie des faubourgs de Calais sur le quai {The fauxborowes os Calleis on the wha.rfe.~Page 78), et l'étendue des terrains From the east jetty near the lyme kiln, four à chaux, at Callice havon— along east the sea cost eastward to Gravelyn havon. Page 6. — Le superbe plan de la ville et du port de Calais, qui correspond au terrier et qui est tiré de la collection Cottonienne (article 57; Augustus I, volume II), indique le Courgain à vol d'oiseau: on y compte 30 habitations avec des jardins considérables, une tour élevée, percée d'ouvertures et surmontée d'une girouette. Le faubourg maritime, long temps connu sous le nom de Cap de Grup, s'y trouve aussi représenté le long du quai, à peu près à la hauteur de la rue de Thonis.

     Non loin de la tour du Courgain, qui se voit dans le Plan of the Harbour of Calais, on remarque une vaste maison ornée d'une croix. C'est dans cet endroit que, à l'époque de la reprise de Calais, était situé l'hôpital, et où, du temps de Marin Bailleul, se  voyait la maison des Trois-Rois. Girault de Mauléon, seigneur de Gourdan, capitaine et gouverneur de Calais pour le roi de France, se détermina à faire détruire cet hôpital avec sa chapelle et les autres bâtiments du côté de la mer, les ennemis pouvant profiter de ces bâtiments pour s'y cacher et surprendre la ville, à la porte de laquelle ils se seraient trouvés.

     Le papier terrier de P. de Miraulmont, dressé en 1584, décrit les maisons étant hors la porte sur le havre, sises au faubourg dudit Calais, au lieu dit le Courgain. Il mentionne d'abord les habitations qui se trouvaient au Courgain, sur le havre et sur le fossé (2), puis celles de la rue des Pêcheurs (3), de la rue des Pêcheurs de Vautre côté (4), de la rue des

    (1) Calais and the marches: a new survey thereof made up. Augmentation office: Londres; et bibliothèque de M.De Rheims.C'est ce même terrier que Lefebvre, tome2, page 353, a faussement indiqué avec la date de 1552. Les papiers de Bréquigny, déposés à la bibliothèque royale, démontrent clairement l'erreur de Lefebvre— Voir carton XV,n° 1,pièce 2,page39.

    (2) Quatre masures et dix maisons y compris celle des Trois-Rois, tenant à la maison des Soeurettes, et par devant sur le grand chemin tendant à la porte du havre.

    (3) Neuf maisons, cinq masures.

     (4) Vingt-une maisons, un jardin, une place vagne, une masure, la forge du roi, la poterie ,le cabasson, le chaufour, probablement le lymekiln des anglais. II y avait dans cette rue une maison tenant d'un côté vers la fausse porte du havre du côté de Waldan,et d'un bout au rempart de la mer.

    Cordiers, dite du Rempart sur la mer (1), de la rue au Charbon (2) des rues des Poissonniers, du Quay, des Mariniers, de celle allant à la muraille. Le cap Grup comptait 1 masure et 12 maisons, v compris celle de laCroix Blanche et la vente du hareng (3). En analysant le Cap Grup leterrier de Miraulmont indique la fausse porte du Cap Grup, la maisonde Nicolas Thomire, qui joignait d'un bout vers le château, et d'autre sur le quai, du grand Paradis, celle de Pierre d'Ingoville, qui tenait au pignon de la mer, celle de P. Leclercq, sur le havre ou le petit paradis, et celle de Antoine Lando, qui tenait aux murailles de Calais. En 1596, lors du siège de Calais par les Espagnols, le faubourg du Cour-

    (1) Deux masures, une pâture, dix-huit maisons. La maison où pendait pour enseigne la Floride se trouvait dans cette rue, que la Recepte de 1623 nomme improprement des Cordeliers.

    (2) Une maison entourée de murailles et avec passage et dont il a été pris une partie pour bâtir et édifier un magasin pour le roi.— Le garde du magasin du havre, ou se serrent les matières qui s'employent au dit lieu,recevait, pour sa charge, une somme de cent livres, annuellement (Voir Recepte généralle de Calais,1623).

    Voici encore ce qu'on lit dans la Recepte généralle du Domaine et Finances de Calais de1623, p.212-213: « Autre recepte cens et rentes deubs au roy par les parties cy-après nommez à cause des baux à eux faicts par ledit sieur  Le Febvre, trésorier en l’année 1590,de certaines places(25maisons)assizes au havre d dit Callais en un lieu vulgairement appelle terre neufve, sur lesquelles places lesdits particuliers ont fait batir et édiffìer maisons qui sont à présent redevables à la dite recepte des dits cens et rentes paiables aux termes de Pasques et Sainct-Remy. Et ce, pour et au lieu et en récompense de certaines autres maisons qu'ils souloient avoir en la rue des pêcheurs audit Callais lesquelles ont esté ruynées, desinolyes et abbatues parle commandement dudit sieur de Gourdan, gouverneur de ladite ville et citadelle de Callais, dés l’année 1588, pour la construction et assiette d'une platte-forme et bastion pour la fortification de ladite ville. Au moien de quoy les dits particuliers, etc. »

     II ne faudrait pas croire, par ce qui précède, que toutes les maisons de la rue des Pécheurs avaient été abattues. Le même registre indique, pages87, 88, 89, un grand nombre d'habitations situées dans cette rue.

    La Recepte 1623 décrit aussi 7 maisons placées hors la faulce porte, sur le quay, et 7 maisons et une place vague sises dans la rue sur le rempart, venant de la porte de la ville.

    (3) On voit par la Recepte généralle de1605 « que Simon Charpentier a fourni du pavé neuf sur le quay et havre dudit Calais et que Mathieu Loyac a fourni des deffenses de chesne pour la conservation de la chaussée du havre dudit Callais, pour empescher que les chartiers ne chariassent sur la chaussée du pavé neuf, allant de la porte à la vente aux harengs » (Fol.90 et 91).

    Pour ce qui concerne la nouvell Keye, les Beekenes, le Wharfs ale cost  du dit port de Caleys et le Paradys ,du tems des anglais, on peut voir: 1° Les lettres d'Edouard III (27 décembre 13Í7)par lesquelles il nomme Jean et Alexandre Lestraunge, sergents d'armes ,pour faire en faseines et autres choses les provisions nécessaires à la réparation du port de Calais;  2° La requête au Roy et au parlement d'Angleterre par le trésorier de Calais,au sujet des réparations nécessaires au port de cette ville, avec la réponse du roy(1398); 3° Les devis des ouvrages à faire àCalais, par ordre d'Henry VIII,royd'Angleterre(1533J etc.,etc.— Bréquigny, tomes 56 à58.

    gain fut abandonné par les Français. L'imprudent gouverneur Bidossan, trop tôt saisi de terreur, crut avoir besoin de tout son monde pour défendre le corps de la place; il ne laissa dans le Courgain, au faubourg du quai, que deux compagnies hollandaises, qui firent quelque résistance ; mais le capitaine Le Gros, ayant été tué avec presque toute sa troupe, le reste mit le feu aux maisons et se retira dans la ville. Par la perte de ce poste, Bidossan se trouva sans ressource du côté de la mer, les Espagnols y ayant mis des forces suffisantes pour en empêcher l'accès. — (Lefebvre, tome 2, page 419 et suivantes.)

    Les plans du siège de 1596, qui se trouvent à la bibliothèque royale, dans l'histoire de Calais et dans la collection de M. Ch- de Rheims, constatent une énorme brèche au Courgain, qui servit de point de mire aux Espagnols pour faire déloger les Français et aux Français pour en chasser à leur tour les Espagnols. Le Courgain, de ce temps, ne devait donc présenter que des ruines.

    Aussitôt que Calais fut définitivement rendu à la France, par le traité de Vervins, on entreprit par adjudication la construction du Courgain, pour les mariniers.

    Par lettres du Roi du 4 août 1599 (I), le sieur de Vic, gouverneur, et le président de Calais, le sieur Boyer, furent nommés commissaires pour bailler à cens, au profit du Roi, les places du havre dudit Calais, au Courgain, « à la charge d'y bâtir des demeures pour les mariniers dans quatre » mois; les maisons qui y étaient autrefois bâties ayant été démolies par les » Espagnols, durant qu'ils ont occupé Calais, pour en faire une place » d'armes.

    » En 1623 (2), sous le gouvernement de Claude de Harville, marquis de Palaiseau, conseiller d'Etat, capitaine de 50 hommes d'armes, le Courgain, dont l'étendue était beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est aujourd'hui, fut resserré et renfermé dans des murailles. La plupart des maisons, quoiqu'elles n'eussent qu'une vingtaine d'années d'existence, furent rétablies de nouveau sur des rues fort étroites, afin de ménager le terrain et pour y

    (1) Voir: Rapport sur le mémoire de M.Dufaitelle, intitulé: Mémoires pour l’histoire de Picardie, extrait des Registres aux chartres du bureau des finances d'Amiens (JournaldeCalaisdu23février 18Ì2.

    (2) 1620. « Cette année se fit l’établissement des religieuses hospitalières II y avait eu hors de la porte, dans le Courgain,vers les palissades qui le renfermait du côté de la mer, une chapelle avec quelques appartements qui servaient d'hôpital, rétabli parla reine Marie, d'Angleterre, après la destruction d'un autre qui était dans la ville vers le château, du temps de Henri VIII. Le tout fut démoli avec plusieurs maisons voisines parce que le Courgain n'était alors fermé que de palissades et non pas de murs. » (Registre des baptêmes et sépultures de l'église royale et paroissiale, de St-Nicolas de la citadelle de Calais, pour les années 1609, 1610 et1611. Voir aussi Lefebvre, tome2, pages 329 et 330.)

    loger les innombrables familles qui s'y trouvent (Bernard, p. 389). Ce grand changement se fit sous le ministère du célèbre Richelieu.

     « Ce bastion fameux, qui domine également sur la mer et sur l'entrée » du canal, est, dit Lefebvre, un des plus beaux morceaux qu'il y ait en cette » espèce, par la hauteur de ses murs, dont les boulevards peuvent servir de » plate-forme pour y ranger une formidable artillerie; il est aussi dans son » intérieur tellement vaste, que l'on a pu y aligner une quantité d'habitations  pour servir de retraite à tout le peuple marin de ce port, qui se retirait » dans des baraques le long du quai. Le grand nombre d'habitants qui se  présentèrent dans ce temps mit dans la nécessité d'en resserrer fort les  bâtiments, et d'en tenir les rues aussi étroites qu'on les voit maintenant. Ce  grand ouvrage fut exécuté sous les yeux du magistrat intelligent (Gabriel de  Lattaignant, mayeur de Calais en 1620, 1621, 1625, 1633,) qui était à la  tête du corps de ville, et qui avait un talent supérieur pour les constructions dont l'objet était de mettre la place en sûreté et de l'orner; quant à  l'intérieur de la ville, il était, par rapport aux édifices et à la disposition  des quartiers, à peu près semblable à ce qui s'y remarque présentement. » (Tome 2, page 492.)

    De 1627 à 1631, le marquis de Valençai, chargé du gouvernement de Calais, fit perfectionner l'intérieur du Courgain, en alignant la principale rue (Bernard, page 392), qui conduit de la porte du Port jusqu'à celle des Garennes, que l'on a murée depuis (I).

     En 1687, sous le majorât de Charles Charpentier, Jacques Porquet étant juge-consul, on songea à faire réparer le port, qui se comblait de sable, et les jetées qui étaient dégradées. On changea aussi l'ouvrage fait depuis longtemps devant l'ancienne porte du Courgain, du côté de Gravelines, et qui consistait en un bastion, mais trop petit pour embrasser toute la défense de cette partie du faubourg. On le détruisit et on le remplaça par un autre, dont les laces, les gorges eurent plus d'étendue, et on enferma les autres ouvrages en élevant un mur à créneaux depuis ce nouveau bastion jusqu'à l’Estran. Ce fut M. de Vauban qui donna et fit exécuter le plan de cette nouvelle fortification (Lefebvre, tome 2, pages 637, 638, 666; Rernard, page 468).

    En 1689, de peur que la navigation ne fût gênée, le Roi ôta au capitaine commandant du Courgain (le sieur Gervais, capitaine d'infanterie, qui n'était pas commissionné de la cour, mais qui avait été nommé lieutenant de roi.

    (1   1627. « Cette année, le duc de Rohan, l'un des principaux chefs des Huguenots, fit faire la plus grande rue du Courgain vers la porte, en-deçà » (Registre des baptêmes et sépultures de l’église royale et paroissiale de Saint-Nicolas de la citadelle de Calais ,pour les années 1609, 1610et 1611).— C'est vers la porte des Garennes que se trouvait le cimetière dont parle Lefebvre, tome2,page330. Le paragraphe auquel  nous renvoyons mentionne, dès 1560, un matelot du nom de Dandaine , nom qui s'est, si honorablement et pendant tant d'années, perpétué dans le Courgain.

     au Courgain, par le gouverneur, ainsi que cela se pratiquait, avec un titre et des appointements de commandant de 900 livres, plus huit mesures de pré qui valaient cent livres de rente et 80 livres de logement, que la ville lui payait) et à celui du Risbanc, le droit de 20 sols qu'ils prenaient sur chaque vaisseau qui entrait dans le port, et qui servait à entretenir les fanaux que l'on allumait la nuit dans ces forteresses. Sa majesté déchargea, en conséquence, ces officiers de cet entretien, et ordonna que ce droit serait payé dorénavant au capitaine du quai, qui serait chargé d'allumer ces feux (Lefebvre, tome 2, page 671).

     C'est en 1705 qu'il a été établi une école au Courgain.

     En 1715 on fit la maçonnerie autour du paradis ou du port.

     En 1717 on continua la maçonnerie du quai, depuis le port allant vers le cap Gris.

     En 1717 et en 1718, on fit la muraille du fossé du Courgain, opposé à la muraille de la ville, à commencer depuis le moulin à eau- (Lefebvre, tome 2.)

                   POUR COPIE CONFORME: Le Maire de Calais, LEGROS-DEVOT.

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