• Problèmes d'avenir

    A moins de s‘être penché plus particulièrement sur l‘évolution des économies régionales, il est difficile d’imaginer qu‘une ville apparemment active comme Calais. située dans une région économiquement forte comme le Nord, puisse avoir des problèmes suffisamment graves pour justifier l‘existence d‘un Comité d‘expansion comme le C.E.A.D.E.C. (Comité d‘Etudes et d’Action pour le Développement Economique de Calais et sa région.)

     L‘essentiel de notre prospérité économique, qui date du XIX" siècle, repose sur l’industrie calaisienne traditionnelle de la dentelle. A côté de cette industrie qui rassemble un grand nombre de fabricants, certaines activités totalement différentes se sont implantées depuis le début du siècle, absorbant peu à peu la main—d‘œuvre fournie par l‘importante région agricole qui entoure cette ville et que la dentelle n‘avait pas embauchée. Mais l'on peut dire qu‘entre les deux guerres aucune activité industrielle nouvelle n‘a été introduite à Calais. Or de nouveaux éléments nous ont récemment obligé à examiner de plus près les problèmes d'avenir.

    En premier lieu. l'industrie de la dentelle est une industrie trop sensible aux moindres crises économiques pour que l‘on puisse compter sur elle dans les périodes difficiles. Elle a eu. depuis la seconde guerre mondiale. une prospérité permettant d’assurer un emploi satisfaisant à une main-d'œuvre habituée à ses exigences.

    Mais il semble bien qu‘elle ait connu son apogée et que les techniques nouvelles ouvrant la Voie a de nouvelles concurrences lui interdisent un développement qui assurerait de nombreux emplois nouveaux.

     Ceci se produit au moment où deux éléments interviennent. qui nous préoccupent sérieusement. La poussée démographique d‘après guerre, particulièrement forte dans nos régions et l'approche de la fin de la reconstruction.

     Le premier de ces éléments va mettre sur le marché du travail une main-d‘œuvre très importante dès 1960. Quelle activité industrielle pourrait, en l'état actuel des choses, absorber cette main-d'œuvre ? La dentelle, à moins d‘une reprise spectaculaire, ne suffira certainement pas a le faire. Les autres industries ont déjà augmenté très sensiblement le nombre de leurs ouvriers contribuant ainsi à maintenir le plein emploi. Il est donc douteux que de nouveaux emplois soient créés en nombre suffisant.

     L'approche de la fin de la reconstruction crée une situation dont les premiers effets commencent à se faire sentir. Calais a beaucoup souffert de la guerre. Toute la partie nord fut détruite et, depuis 1947, l’industrie du bâtiment a dû doubler ses effectifs afin de faire face aux tâches qui lui étaient confiées. Il reste peu de travaux ayant besoin d’une main-d‘œuvre nombreuse. La quantité des chantiers diminue de jour en jour et une grande partie de la mam-d’œuvre devra être reclassée.

     Nous nous trouvons donc devant un impératif absolu : celui de créer au plus tôt de nombreux emplois nouveaux. Et ceci explique pourquoi, il y a trois ans. une conjonction de volontés a permis de créer le C.E.A.D.E.C. Les Calaisiens ont été parmi les premiers dans cette région du Nord à réussir cette gageure de réunir en un seul faisceau de force les pouvoirs publics (mairie et chambre de Commerce) et l‘initiative privée (jeunes patrons. syndicats ouvriers. industriels, commerçants et professions libérales). Cette collaboration, qui n’a pas cessé de s‘exercer. a permis de surmonter beaucoup d‘obstacles et de résoudre bien des difficultés.

     Nous avons. à partir des données qui précèdent. fait une étude approfondie de notre capital humain et matériel, traduit cette étude en une brochure à l‘intention des industriels, diffusé cette brochure et visité d‘éventuels clients.

     Il existe, à l‘heure actuelle. deux catégories de clients possibles pour un Comité d‘expansion : les industries nouvelles créées par l‘Etat ou par des initiatives privées; les industries existantes à la recherche d‘une implantation de décentralisation ou d‘extension. Ces deux catégories n‘ont. il faut bien le dire. que l‘embarras du choix. Chaque ville, chaque département cherche à attirer de nouvelles activités et, partant, à augmenter un potentiel économique souvent insuffisant.

     Le choix de l‘industriel, à moins qu'il ne lui soit fixé par des impératifs d‘approvisionnement ou de distribution, dépend pour une grande part des conditions d'installation, et aussi de la commodité du site. C‘est pourquoi nous avons estimé qu‘il était indispensable de pouvoir offrir ce qu'il est convenu d’appeler aujourd‘hui une zone industrielle. Celle de Calais s'étend sur une vingtaine d‘hectares. très bien situés. à proximité du port et à l‘est de la ville. afin que les vents dominants, qui sont de nord—ouest, ne rabattent pas sur la ville les fumées ou les odeurs.

     Reliée au réseau ferré. elle bénéficie également d‘une très bonne viabilité ainsi que d‘une infrastructure complète. L‘avantage qu’une installation de ce genre présente pour l’industriel réside dans la garantie d'un prix du mètre carré qui ne soit pas soumis à la loi de l‘offre et de la demande. Il est assuré. en outre. que son installation ne se heurtera pas à des difficultés administratives découlant des enquêtes d‘usage. Nous pensons que d‘ici peu une partie de cette zone sera occupée par une importante industrie de la région parisienne. mais nous disposons de suffisamment de terrain pour répondre à toute demande, car les possibilités d‘extension de cette zone sont très grandes.

     

     En attendant que se précise la construction de nouvelles usines, nous nous sommes attachés à combler les vides en recherchant des industries nouvelles pour nos usines vacantes. Nous avons, jusqu’ à ce jour, dirigé nos recherches vers les industries de transformation plutôt que vers les industries lourdes, et ceci en raison du caractère touristique de notre ville. Non pas que nous ne puissions accueillir certaines industries lourdes. mais d'une part le caractère touristique dont il vient d’être parlé et, d'autre part, la main-d‘œuvre disponible. en majorité féminine, nous ont incités à commencer par des industries « propres ».

     

     En effet. Calais est un port accueillant essentiellement des voyageurs. Sa situation géographique en fait une porte de la France, et si beaucoup de ces voyageurs ne font que transiter. il n‘en reste pas moins que certains s'y arrêtent. attirés par une plage magnifique et un arrière—pays extrêmement agréable.

     

     Il fallait donc concilier l‘inconciliable et développer le caractère industriel sans diminuer le caractère touristique.

     

     Nos efforts se sont traduits jusqu’à ce jour par des implantations qui répondent très exactement à cette préoccupation.

    « La Belle Jardinière » de Paris a monté une usine de confection actuellement en route, et qui lorsqu'elle aura atteint son plein développement, constituera une très belle unité industrielle, employant environ 400 personnes.

     

    Cette société a recruté une main—d‘œuvre sinon qualifiée, tout au moins prédisposée au travail qu‘elle effectue.

     

    Une seconde entreprise, « La Biscuiterie Alsacienne », est en cours d‘installation dans une usine moderne qui se trouvait vacante, et qui couvre 17000 m2. Là encore. il semble que cette société soit très satisfaite des conditions dans lesquelles elle s‘installe. En effet, de nombreux problèmes se posaient à elle pour cette implantation; la situation de Calais semble les résoudre à sa satisfaction puisque le caractère agricole de l’arrière-pays lui permet d‘envisager sans appréhension le problème des approvisionnements en matières premières. Ce problème est, en effet, très important car le programme actuel prévoit, pour la fin de 1959, une production de 60 tonnes par jour, correspondant à un appel du même tonnage de matières premières.

    Problèmes d'avenir

    Vue générale des usines "Biscuiterie Alsacienne" à Calais

     

     Nous n'avons cependant pas perdu de vue que notre rôle est avant tout d’assurer le plein emploi, donc d'introduire dans l‘ensemble industriel calaisien des activités utilisant une nombreuse main-d‘œuvre féminine. C‘est la raison pour laquelle nous continuons à diriger nos recherches vers les industries électriques ou électroniques, pour lesquelles une maind‘œuvre fine est toujours souhaitable et pour lesquelles des communications faciles sont indispensables.

     

     N’ oublions pas que nous arrivons à l’An Un du Marché Commun et que, dans le cadre de l'Europe des Six, et éventuellement de la zone du libre échange, Calais jouit d'une situation géographique assez enviable pour envisager l'avenir sans trop de pessimisme, dans la mesure où cet effort d‘expansion qui est notre fierté sera maintenu. 

    Par Xavier Dognin Président du C.E.A.D.E.C.

    Problèmes d'avenir

    Sur ce plan d'ensemble de Calais avec ses dessertes ferroviaires, on a fait ressortir dans les parties quadrillées quelques-une zones industrielles disponibles dont le raccordement au réseau ferré  est facile.

    Problèmes d'avenir

    Vue générale des Ets De Laire raccordés au fer par l'embranchement particulier de Pont de Coulogne (doc. De Laire)

    Visite aux Établissements De Laire

     C’est en 1905 que les Fabriques de produits de chimie organique de Laire, fondées en 1876 et possédant des usines à Paris et à Issyles-Moulineaux, dans la banlieue parisienne, ont installé à Calais la doyenne des grandes usines chimiques du Pas—de-Calais.

     Calais fut choisi à l’époque pour sa situation géographique, vu ses relations ferroviaires rapides avec Paris. et sa proximité de l‘Angleterre et de la Belgique.

     Sort emplacement. ‘a la sortie de la ville. leur permet de recevoir directement par fer, sur son embranchement de Pont—de—Coulogne, les principales matières premières nécessaires à son activité. et par le canal de Calais à Saint—Omer, dont elles sont riveraines, les charbons des houillères du Nord et du Pas-de- Calais pour la fabrication de leur énergie thermique. Elles y ont créé des ateliers qui se sont rapidement multipliés, et couvrent maintenant une importante superficie et occupent— plus de 400 personnes: ingénieurs. employés, ouvriers.

     Dans ces ateliers sont poursuivies les préparations des produits synthétiques dont ses qualités olfactives sont utilisées en parfumerie (ionones, vanilline) ou dont les propriétés les destinent à la pharmacie (acide nicotinique, glycocolle, choline et ses dérivés, papavérine).

     Dès 1905, les Fabriques de Laire ont préparé à Calais le camphre synthétique qui alimente les importants besoins français: celluloïd, pharmacie, film.

     C’est aux Fabriques de produits de chimie organique de Laire qu‘est né, il y a 40 ans, le premier café décaféiné français, le Sanka; la préparation de ce produit dont la réputation est si connue que « Sanka » est généralement admis comme synonyme de café décaféiné, est toujours poursuivie avec un succès grandissant dans les mêmes ateliers.

     Dès l'origine des matières plastiques, en 1906. les laboratoires de Calais ont mené à bien de fructueuses recherches dans ce domaine, et ont fabriqué les premières matières plastiques utilisées par les fabricants de peignes, et pour le conditionnement de la parfumerie. Les moulages en matériaux plastiques divers sont toujours poursuivis aux Fabriques de Laire qui restent spécialisées dans la production d‘articles de qualité recherchée.

     Le Calaisien, qui n'était pas spécialement préparé à ces fabrications délicates de produits chimiques de synthèse, s‘est rapidement adapté à leurs exigences. Ses qualités naturelles, sa persévérance, son goût pour la propreté, en ont été les facteurs déterminants, et Calais peut s'enorgueillir d'alimenter en produits chimiques des besoins français importants; par une exportation traditionnelle de ces mêmes produits sur de nombreux marchés, Calais participe au maintien du renom de la France.

    Problèmes d'avenir

    Vue aérienne de Calais-Sud (doc. C.E.A.D.E.C.)

    Les Établissements Brampton

     Depuis 1898, les Etablissements Brampton fabriquent à Calais les chaînes de précision. A l’origine, avec un effectif de 40 personnes, ils produisaient des accessoires de bicyclettes, parmi lesquels la chaîne Brampton dont la renommée s'est affirmée depuis 60 ans.

    Problèmes d'avenir

    Une belle brochette : chaînes à rouleaux allant de 19.575 m/m à 25.5 m/m de pas.

     Depuis lors, abandonnant peu à peu tous autres articles pour le vélo, la société s'est spécialisée dans la fabrication de toute la gamme des chaînes à rouleaux depuis la chaîne de distribution pour moteurs automobiles jusqu'aux chaînes lourdes de transmission pour gros équipements mécaniques et pour la manutention. A présent, mille personnes sont employées à Calais par la société qui, par fusions successives, est devenue l'associée française du groupe Renold Chains Limited, la plus grande industrie du monde de la chaîne mécanique. Son fondateur, Hans Renold, jeune ingénieur suisse, conçut la première chaîne à rouleaux en 1880 et lança ainsi un type d‘organe mécanique qui par son caractère universel et indispensable s'apparente aux roulements à billes et à rouleaux. A présent et depuis longtemps déjà, les chaines mécaniques sont normalisées en une gamme réduite de types et dimensions capables de répondre a tous les besoins infiniment variés du transport, de l‘industrie sous toutes ses formes, du machinisme agricole et ainsi de suite.

     Les chaînes trouvent leur application par millions de mètres annuellement, serviteurs tellement sûrs qu ‘en général seuls les spécialistes se rendent compte des qualités remarquables de cette forme de transmission : souplesse d’application, transmission positive parfaitement synchronisée, rendement mécanique exceptionnellement élevé (98 %), économie d'espace et de prix, robustesse (la simple et légère chaîne de bicyclette peut supporter 1 tonne), longévité (une transmission industrielle bien conçue dure 10, 15, voire 25 ans).

     La chaîne fonctionne aussi bien sur un moteur tournant à 6000 tours par minute que sur les appareils de manutention se déplaçant de quelques centimètres par minute; elle peut transmettre une fraction de cheval-vapeur ou 4000 CV. Il est fait appel aux procédés les plus modernes pour la réalisation des chaines mécaniques, dont chaque pièce doit respecter des tolérances variant entre 7 millièmes et 25 millièmes de millimètre. Dans une usine moderne et compacte couvrant 25000 m2, la Société Brampton produit et assemble de l‘ordre de 2 millions de ces pièces par jour ainsi que les roues et pignons correspondants et certains autres accessoires de transmission, tels les accouplements élastiques. La maison allie à une expérience inégalée dans sa spécialité une technique toujours exigeante et d’avant—garde et un contrôle de qualité extrêmement rigoureux à tous les stades de la fabrication; il y a une personne employée au contrôle pour trois à la production. Le fruit de cette intransigeance professionnelle est l‘expansion constante de cette industrie de grande classe, s’appuyant sur une réputation dont Calais s‘enorgueillit et qui dépasse de loin les frontières de France.

    Les Câbles de Lyon et la téléphonie sous-marine.

    Il y a bien longtemps que les premières liaisons transocéaniques intercontinentales ont été réalisées à l’aide de signaux Mors par l‘intermédiaire de câbles télégraphiques sous—matins, mais ce procédé ne permettait pas un échange direct de conversations. Les conversations téléphoniques par radio à très longue distance permettent, depuis un certain temps déjà, de pallier cet inconvénient, mais les usagers savent combien la qualité et la régularité des transmissions hertziennes laissent encore à désirer. Ce n’est que très récemment que le problème des liaisons intercontinentales a pu être résolu techniquement de façon parfaite. On sait que le trafic terrestre s‘est développé par l'utilisation de hautes fréquences qui permettent, par une modulation appropriée, de superposer sur un même circuit un grand nombre de conversations différentes. Mais ce procédé n’était pas réalisable avec» les câbles sous—matins classiques isolés à la gutta-percha dont les caractéristiques en haute fréquence sont très médiocres. L‘apparition de câbles coaxiaux isolés au polyéthylène et dont les pertes électriques sont compensées par des amplificateurs électroniques (répéteurs) répartis le long du câble, a permis des réalisations excellentes.

    Problèmes d'avenir

    Cuves de stockage de câble transatlantique (doc C. de L.)

     

     Les câbles de Lyon, du groupe de la Compagnie Générale d’Electricité, se sont spécialisés dans la fabrication des câbles coaxiaux. La société a fabriqué le câble Marseille—Alger, mis en service en 1957. Ce câble de 880 km est équipé de 28 répéteurs amplifiant les courants dans les deux sans (câble bi-directionnel); il permet 60 conversations simultanées. Depuis, la pose d'un câble transatlantique a été décidée pour permettre la relation téléphonique entre New York- Paris et Bonn. Le câble sera immergé entre Claren-Ville (Canada) et Pen-March (Finistère). Les nations intéressées participent à la confection du câble et la Société des Câbles de Lyon, hautement qualifiée, doit fournir une longueur de mile miles (1852 km) pour la part française. Compte tenu des caractéristiques strictement imposées, une chaîne de montage a été créée à l'usine de Calais dans des bâtiments spécialement équipés. Deux cent—cinquante personnes coopèrent à cette fabrication dont une soixantaine sont affectées à des opérations de contrôle.

     

     Le câble coaxial est composé d‘un conducteur central de 4,3 mm isolé par une couche de polyéthylène de 5,65 mm et recouvert de bandes de cuivre constituant le conducteur de retour. Un second ruban de cuivre à recouvrement maintient l’ensemble et le protège contre les tarets, animaux microscopiques du fond des mers qui ne s‘attaquent pas au cuivre. Un matelas de jute sépare le câble de sa gaine de protection en fils d’acier. Celle-ci est enfin recouverte d‘un manchon goudronné donnant au câble un diamètre extérieur de 32 mm.

     

     Le câble transatlantique est du type unidirectionnel à 36 voies, il sera muni de répéteurs tous les 38 miles. Deux câble‘s semblables permettront découler les communications de_s deux sens. La fabrication débutée le 1" avril 1958. n'excédera pas une année. Son caractère très particulier et la perfection technique de la chaîne de montage font honneur à l’industrie française et suscitent l‘intérêt des techniciens. Le 15 novembre dernier, 90 membres de la section du Nord et du Pas—de-Calais de la Société des Ingénieurs civils de France visitaient encore cette usine sous la direction de M. Thoreux, président et chef de l‘arrondissement de l’exploitation de Lille.

     

     Il convient de noter que les conducteurs de cuivre utilisés par la Société des Câbles de Lyon, sont transportés à Calais par la S. N.C. F. dans des remorques calorifugées et climatisées pour éviter toute altération du métal.

     

     

     

     

    « Calais... centre mondiale pour la fabrication des dentelles mécaniquesCalais... Centre de tourisme »
    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


snow