• Quartier du Fort Nieulay

      Rue de Verdun

    Quartier du Fort Nieulay

     

     

     Monsieur et Madame Poure

     La rue de Verdun n‘est qu'un chemin de terre qui mène à Blériot-Plage.

    Entre celui-ci et la Cité lesieur. 20 maisons seront construites de l95l à l954. sur un terrain qui servait de dépôt d‘immondices.

     Ce sera le premier chantier Castors de Calais.

     Aujourd‘hui. seulement trois auto-constructeurs sont en vie. Ils étaient les trois plus jeunes du groupe. M. Poure se souvient très bien de cette époque.

    Quartier du Fort Nieulay

     A 15 ans. je travaillais comme manœuvre pour le MRU. Malheureusement je suis passé sous les roues d ‘un camion : la jambe et la hanche abîmées, je n‘ai repris mon travail que bien plus tard et suis devenu menuisier.

     A tout juste 20 ans, je décide d‘adhérer à l‘association des Castors de la rue de Verdun.

    Encore mineur. mes parents se portent garants pour les prêts au Crédit Foncier. D'ailleurs, si je devais rester célibataire. ce sont eux qui bénéficieraient de la maison. Mais cela n'a pas été le cas ;je me suis marié en 1952 et nous avons habité chez mes beaux—parents, rue Jean De la Fontaine pendant toute la durée des travaux

     J 'ai fait toutes les boiseries du lotissement avec d‘autres. et pour les miennes, j‘ai lait un trait au crayon pour les reconnaître.

    Mme Poure : On venait à pied jusqu'au petit pont. avec les enfants, pour voir l'avancée des travaux. Un n 'avait que cela a faire a cette époque... pas de télé...

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    Financièrement c 'était dur. on n‘avait pas d‘apport personnel (la semaine était donnée aux parents) alors pour acheter des meubles c‘était pas la peine d 'y penser. Heureusement que la cuisinière/gazinière était fournie par l'Association des Castors.

     L'année de notre aménagement fut dure, la maison, qui n 'était pas cimentée, était froide et humide, de plus cet hiver 1954 fut très rigoureux. Nous n'occupions que le rez—de-chaussée et dans la chambre nous avions installé un feu (de chez ma mère).

    Au pied de notre lit. celui de la grande et sur le côté le berceau de la petite.

     C‘est une entreprise qui a terminé les travaux de cimentage, a nos frais bien sûr. De plus nous avons eu des déboires avec la justice pour les paiements, heureusement que les Allocations Familiales nous ont défendus.

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    Monsieur et Madame Hagneré

     Au début on faisait les parpaings sur une table un a un mais c‘était beaucoup de manutention. Quand on a au une "pondeuse" on coulait du béton dedans, on secouait puis on enlevait. Ensuite on recommençait un peu plus loin etc. . . Les parpaings restaient sur place le temps de sécher, c'est pour cela qu'on l‘appelait ’pondeuse', on gagnait du temps !

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    Ici le terrain n 'était qu 'immondices. il a été comble par du remblai provenant de la démolition de Calais Nord.

    Presque en face de chez nous il y avait une "demi-lune" et aussi un blockhaus qui était habité par une famille indochinoise, le logement était rare.

    Quand nous nous sommes mariés en 1950, c'est la mère d'une copine qui m'a prêté la “pièce de devant” sans eau ni WC, aux Cailloux. Après nous avons au rue Leavers une pièce à l'étage toujours sans eau ni WC. en bas c‘était sale, grand-mère laissait vagabonder ses chiens qui faisaient partout. .. J ‘ai patiente ainsi deux ans avec un enfant et presque toujours seule car Jean était sur le chantier.

    Il a commencé sa construction alors que nous étions fiancés. La voisine de sa mère qui l'a su a dit ”et si s'bonne amie l'plaque ? Si ché pas pour elle, ce s'ra pour une autre“ a t-elle répondu. Nous avons emménagé en octobre 1954 avec un enfant en plus. Nous dit Christiane.

    Les Castors du Beau-Marais venaient aider mais c 'était long I Un jour ils en ont eu marre de travailler pour nous alors que leur chantier tardait a démarrer.

    Pour ma part je devais habiter là bas, j'ai échangé avec un policier, qui lui, devait s‘installer rue de Verdun. Je préférais rester dans mon quartier plus proche du centre ville.

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    Je faisais du ferraillage pour le chaînage des linteaux. Dès que les maisons étaient terminées elles étaient habitées pour percevoir le prime à la construction.

    Depuis nous avons fait des travaux d‘amélioration. Il y a toujours quelque chose a faire mais cela a un prix. Nous sommes quand même très heureux d'avoir notre maison

     Derrière c 'était les habitations de l‘Abbé Pierre. Nous avons gardé un bon souvenir de ces voisins

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    Rue Mogador

    Madame VANGREVELINGHE

     Je n'ai pas vraiment connu la construction de la maison. Mon futur mari et moi nous ne nous connaissions pas encore.

    Rentré en 1953 avec ses parents, mon mari était le plus jeune (20 ans, pas encore majeur pour cette epoque}. Aprés son service militaire, nous nous sommes rencontrés et menés en 1956 et nous avons vécu deux ans dans une maison de ma mère qui ne souhaitait pas que j ‘habite chez mes beaux-parents. .. mariage, ménage disait—elle !

    Par la suite nous avons quand même occupé le l°' étage de la maison (ce n'était pas rare dans ces années là, deux ménages dans la même habitation)

     Ici c'était une maison témoin, beaucoup de passages, les carrelages s'en souviennent encore et en ont souffert.

     Les bénéficiaires de ces habitations, étaient pour la plupart des employés de chez Carpentier Pére. Il a d'ailleurs offert gracieusement les terrains et les matériaux du gros oeuvre l Robert Carpentier, le fils était lui aussi un des plus jeunes Les quatre premières maisons étaient occupées par des membres de la famille.

     En face c'était la campagne, des trous de bombes... Sur mon trottoir un robinet d ‘eau ou tout le monde venait s'approvisionner car pas d‘eau courante (ce n'était pas notre cas). .. Le laitier venait laver ses bidons et certains mal lotis ou ne voulant pas payer l‘eau, venaient également rincer leur linge. A la fin ['en ai eu marre et mon châssis de fenêtre aussi.

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     Lors de la remise des clefs en 1953 la presse locale a souligné le jeune âge de certains constructeurs, dont mon époux.

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    Nous n'avons pas eu d‘enfant et par conséquent n‘avons bénéficié d'aucune aide. Nous avons payé "le prix fort“ jusqu'aux 40 ans de mon époux Il est tombé gravement malade, et décédé à l‘âge de 57 ans. Quand je revenais de Boulogne, après les soins de mon mari, je trouvais sur le feu mon repas tout prêt ! C'était comme cela pour beaucoup de choses, nous avions des voisins formidables.

    On formait une vraie grande famille pleine de solidarité.

    Madame HURTREL nous reçoit avec sa voisine Mme Vengrevelinghe. Très heureuses de voir que leur quartier du Fort Nieulay n‘est pas oublié.

     Mme Hurtrel nous raconte : Nous avons ou cinq enfants, j‘ai accouché des deux premiers chez ma mère, rue de Constantine. J ‘habitais la petite rue, en face, rue de Bone, c 'était très petit et pas pratique. Je venais chercher l'eau sur le trottoir de Mme Vangrevelinghe.

     Mon mari était employé aux Ets Carpentier. ll s‘occupait des “sauterelles‘ (appareil de manutention pour transporter les cailloux qui étaient extraits de la flaque). Il aurait préféré exercer son métier de tailleur et s‘était présenté partout sans succès, alors, il n'a pas eu le choix.. (n‘empêche qu‘il a ‘retapé le costume de M. Carpentier)

     Il n 'a pas travaillé sur les maisons, mais a donné son temps en faisant les parpaings qui étaient fabriqués dans l‘entreprise. Rentré à la maison, il ne fallait pas lui parler "boulot".

     M. Carpentier avait une grande ferme avec des écuries et des chevaux où mon mari aller donner un coup de main.

     Quand nous sommes rentrés ici, ça faisait “drôle“, c‘était spacieux, les murs n'étaient pas tapissés: alors, on a mis du papier journal dessus.

     Il n'y avait pas encore d'HLM ici, mais plusieurs flaques (grands plans d'eau) qui ont été comblées par la suite pour les constructions.

     Tout le monde s entendait bien, les enfants s'amusaient ensemble. Nous étions heureux, on s'entraidait.

    Rue d'Oran

     

    Quartier du Fort Nieulay

    Madame BOLLINI

     Nous avions quatre enfants quand cette aventure a commencé et nous souhaitions une habitation en dehors dela ville avec de l‘espace. Je l‘ai choisie sur les plans et par rapport à l‘orientation du soleil, pour moi c 'est important la lumière (je suis italienne)

     C'est le Maire qui a vendu les terrains, c 'était en friche, avec des flaques rebouchées, des terrains vagues. ..

     Nous avons déménagé plusieurs fois, rue Chantilly. .. avant d'atterrir ici rue d‘Oran en 1953.

    Les constructions ont commencé, en même temps que celles d'Orléansville. Elles sont toutes pareilles à l'origine, moi j'ai fait des travaux. .. toiture, embellissement de l‘intérieur, en souvenir de mon mari. Je ne voulais pas la laisser se détériorer, ni l‘abandonner à d‘autres. .. Il a passé tant d'heures au travail...

    Quartier du Fort Nieulay

     Je suis la dernière habitante de la me a avoir participé à cette aventure. Nous étions quatre de le même famille.

     C‘était une époque chaleureuse, nous avions la même histoire ”un faire ensemble“ Mon mari était plâtrier mais il y avait tous les métiers.

    Quartier du Fort Nieulay

    Je venais voir le chantier et j‘étais tellement impatiente que nous avons emménagé alors qu'il n‘y avait pas de carrelage, pas de porte mais j'étais heureuse, j ”étais chez moi ! En haut, c'était sur le béton on mettait des journaux parterre et les matelas dessus, tout le monde était content ! Les quatre enfants avaient de la place pour courir, par terre des tuyaux et des robinets provisoires, on prenait le bain dans une cuve (la salle de bains n‘était pas encore aménagée). Un passait son temps a balayer et les maris faisaient des trous, il fallait recommencer mais ce n‘était rien ! Nous étions chez nous !

     Tout le monde s'y mettait et les hommes faisaient parfois des bagarres au jet d'eau. ..

     On se criait d'une cour à l'autre, il n'y avait pas de séparation.

     Nous avons eu deux enfants en plus ici et quand j'ai accouche de la cinquième il n'y avait pas encore de papier sur les murs.

     Au début, je me souviens, mon mari revenait de son travail (rue Monseigneur Piedfort) avec un sac a dos, il faisait les courses en passant.

     Nous étions fort unis. Il y avait toujours quelqu'un pour rendre service et cela m'a beaucoup aidé car malheureusement mon mari est décédé trop jeune. J'ai dû assumer avec encore quatre enfants a“ charge. Je ne voulais pas laisser partir ma maison, alors j'ai travaillé dur (ne connaissant pas parfaitement le français) j'ai obtenu un poste de nuit d'aide soignante grâce à Monsieur J.J Barthe. Dans mon malheur j'ai eu chance, mais aussi du courage (la nuit le travail, le jour les enfants, la maison) Mais il y avait toujours quelqu‘un pour me donner un coup de main.

     J'aime bien ma maison, je trouve que dans ces murs il y a plein de sentiments...

    Rue d'Orléansville

     

    Quartier du Fort Nieulay

    Madame CADET et son Fils

     Nous sommes reçus chez Mme Cadet (doyenne du lotissement : 88 ans) en présence de son fils ne ici en 1955 qui se souvient surtout des terrains vagues et de la Cité lesieur où il allait jouer. Il y avait plein de petits commerces à cette époque maintenant... plus rien. Il faut aller aux grandes surfaces

     Mme Cadet : 'Mon mari était très courageux : il s‘est engagé à 18 ans et a fait 5 ans d'Afrique du Nord Il n'a jamais était au chômage, il quittait un travaille samedi et recommençait ailleurs le lundi. Je ne le voyais pas beaucoup (à cette époque il y avait du travail...) N‘empêche que nous n‘étions pas riches et que je faisais du tulle : de l‘affilage pour aider.

     Avant la construction nous étions mal logés dans un deux- pièces chez les parents. Un jour mon mari est arrivé en disent 'ça y est, je vais construire ma maison au Fort Nieulay. Il avait pris cette décision a la suite d‘une réunion organisée par M. Parmentier qui avait bien expliqué toutes les formalités et ce qu'il y aurait à payer. On s‘est peut—être un peu trop précipité, on aurait pu avoir un terrain au Pont du Leu.

     Ici les murs ont été montés au fur et a mesure sur chaque maison pour contenter tout le monde, n‘empêche que certains n‘ont pas été honnêtes, quand leur maison à été finie, ils nous ont "lâchés".

     C‘est le marchand de charbon qui nous a aidés pour le déménagement nous n‘avions pas beaucoup de meubles. Quand nous sommes rentrés, il n 'y avait pas de fenêtre ni de porte, nous avons mis une couverture. ..

     Moi, plus d'un coup j‘ai pleuré ici, la cour n‘était pas faite; c'était triste, je regrettais parfois ce que j ‘avais avant mais lui, c'était sacré sa maison !

     Le jour de mon accouchement mon mari l'a su en rentrant du travail il a vu les nombreuses traces de pas sur la neige et s‘est dit: "il y a du nouveau“.

    Quartier du Fort Nieulay

    Il était plutôt du genre ”resto du cœur“ Ce n‘était pas rare qu‘il ramène un copain pour partager le repas. C‘était un brave homme, il vous en aurait dit des choses. ..

     André Parmentier. fils de Jean. se souvient des sorties dominicales : les visites en famille des chantiers en cours. Il nous dit que son père. Secrétaire Général de l'Association. s‘est beaucoup investi. ainsi que d’autres bénévoles.

    Des événements marquants parus dans la presse

    Quartier du Fort Nieulay

     9 décembre 1951, voyait par un dimanche matin éventé, le point de départ réel de cette Association puisque M. Gaston Berthe, Conseiller général, Maire de Calais, en présence de personnalités locales et extra-locales, dont MM. Bernard Chochoy et Albert Denvers Sénateurs, Castille ingénieur des Ponts et Chaussées, posait la 1ére pierre du groupe de 20 maisons Castors de la rue de Verdun...

     5 Octobre 1952 : Inauguration de la première maison des Castors du Calaisis, rue de Verdun.

     6 mars 1954 : Après demain, lundi, visite de M. Lemaire Ministre de la reconstruction. Sa visite, annoncée depuis un certain temps déja, est confirmée.

     Samedi 15 mai 1954 : Inauguration officielle de film Castors EDF. Les 18 maisons de la rue Virgile, Horace et Plaute ont été remises à leurs propriétaires en présence de nombreuses personnalités..Tous se plurent à féliciter les ouvriers Castors et se réjouirent du résultat obtenu..

     16 mai 1954 : Remise des clés des 5 dernières maisons Castors des Pâtes à Papier. Une cérémonie un peu rapide mais tort réconfortante s‘est déroulée rue J.B.Corot et elle a marqué une victoire de plus à l'actif de ceux qui luttent contre la crise du logement. Dans une de ces maisons. M.Weinbreck prit la parole pour signaler que le groupe du Beau-Marais avait nécessité pour chaque membre, 3.500 heures de travail et qu‘une maison revenait à 1.475.000 F.

     2 juin 1954 : La première maison de film des ”52 qui lut un certain temps le plus important chantier de France et de Navarre est bientôt terminée...

     Samedi 6 novembre 1954 : une manifestation de remise des clefs s'est déroulée rue de Verdun en présence de nombreux officiels :

    - MM. Le Sénéchal, Président des Castors du Pas de Calais et Député Maire de Marquise

    - Jacques Vendroux. Député du PDC.

    - André Parmentier, Maire de Calais

    - Jean Parmentier, Président des Castors du Calaisis

    - Marius Weinbreck, Directeur de la Société Calaisienne des Pâtes à papier

    - Victor Delval, Président de la CAP du Calaisis

     Plusieurs discours sont prononcés au cours d’un vin d'honneur.

    Quartier du Fort Nieulay

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  • Commentaires

    1
    BREBION
    Dimanche 16 Décembre 2018 à 11:28
    BREBION

    Bonjour  et merci pour ce site qui nous permet de compredre un peu mieux Calais. J'y suis née, j'y est vécu, et je suis partie! J'ai habité rue Albert-Dürer puis rue Greuze, quand mon père, Roger Brebion, a aidé à construire les Castors. Il travaillait de nuit au Nord Littoral et la journée aux Castors... Notre première vraie maison ! Je ne l'oublierai jamais! Vous postez d'ailleurs une photo de mon père et de ses deux grands copains : Maurice Beauvois et Jacques Macquart qui m'ont laissé aussi des souvenirs inoubliables ! Est-ce que votre fascicule, sur les maisons Castor est encore disponible ? J'aimerais m'en procurer un. Dommage que vous ne nous ayez pas contacter mes frères, soeurs et mère pour avoir des anecdotes sur les Castors de la rue Greuze....

    Merci de votre réponse

      • Samedi 22 Décembre 2018 à 10:26

        Bonjour, désolé de répondre si tard, le livre sur les maisons castors n'est plus diffusé et je n'ai qu'un seul exemplaire mais si voulez des photos je peux vous les envoyer par mail, cordialement

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