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  • Nous avons évoqué il y a peu un épisode méconnu de la Grande Guerre, les bombardements des Zeppelins. Nous restons cette semaine sur cette fracture majeure de l'Histoire non seulement pour le monde mais aussi pour Calais. En témoignent les nombreux lieux de mémoire repérés dans notre ville, bien que le plus emblématique d’entre-eux, le premier monument aux morts, ait été détruit durant la seconde guerre mondiale...

    Si Calais a payé un lourd tribut humain — 2 582 Calaisiens sont “morts pour la France” — la ville fut également la cible de bombardements meurtriers qui visaient à détruire en elle, la base arrière stratégique par laquelle transitaient les troupes britanniques. La guerre à peine achevée, la municipalité, résolue à honorer la mémoire de ses soldats, multipliait les lieux de souvenir.

    Parmi eux, l’incontournable monument aux morts se devait d’occuper une place de choix et cristalliser l’hommage de la Cité rassemblée devant l’épreuve. Le premier monument fut construit dans l’entre—deux—guerres, non sans difficulté. Il fallut, en effet, attendre huit ans avant d’assister à l’inauguration, alors que la plupart des monuments de la région étaient érigés dans les deux années suivant l’Armistice.

    De nombreuses polémiques, relayées et amplifiées par la presse, animèrent le conseil municipal et l’opinion calaisienne.

    Deux conceptions s’opposaient : fallait—il aménager l’ancien, celui du Souvenir Français, construit en 1904, ou en édifier un nouveau ? Cette dernière solution adoptée, restait le problème de son emplacement : deux lieux très fréquentés retenaient l’attention : la place du nouvel Hôtel de Ville ou le terre—plein du parc Richelieu, occupé jusqu’alors par les Six Bourgeois.

    Après de longues discussions, il fut décidé, en 1925, de transférer le groupe de Rodin, afin de le remplacer par ces nouveaux héros sacrifiés.

    Alors que les petites communes choisissaient leur modèle de monument sur catalogue, une grande ville comme Calais, à l’exemple de Boulogne ou Dunkerque, se devait d’en avoir un original.

    Aussi, un concours fut—il organisé. Sur 48 maquettes proposées, le projet de l’architecte Albert Parenty et du statuaire Moreau—Vauthier l’emporta. Le monument coûta à la ville la somme de 250 000 francs, payée par souscription publique, subventions et opérations diverses.

    L’inauguration eut lieu le 26 juillet 1926. Qualifiée “d’émouvante et imposante” par les journaux locaux, cette cérémonie se déroula en présence de plus de 5 000 personnes mais sans membre du gouvernement, ceux—ci n’ayant pas répondu à l’invitation du maire et sans autorités religieuses, en conflit avec la municipalité de Léon Vincent

    Ce premier monument, ne devait durer que le temps d’une paix fragile : sévèrement touché lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, il fut détruit en février 1950 pour laisser place à celui que nous connaissons aujourd’hui inauguré le 6 juillet 1962 et sculpté par Yves de Coëtlogon.

    Fort heureusement ce monument aux morts ne fut pas la seule trace gravée dans le patrimoine calaisien ; d’autres, plus discrètes mais toujours présentes, ravivent nos mémoires sur le conflit le plus meurtrier de toute l’histoire de France...et de Calais.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Le 1er monument aux morts fut construit dans d’entre-deux—guerres.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Le monument des racingmen.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Dès la fin du conflit, la municipalité calaisienne rebaptisait des rues pour évoquer certains aspects du conflit : les lieux de combats avec les quais de la Marne et de l'Yser, nos généraux, Foch par exemple (depuis rebaptisée), nos alliés, boulevard des alliés, nos chefs d'Etat (Clémenceau, Georges 14 le Président Wilson, Albert 1er) l’heureuse issue de cette guerre sans précédent avec les rues du 11 novembre, de la Victoire et de la Paix, sans oublier nos soldats : rue des Poilus,…

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Dans le même temps, le conseil municipal décida d'apposer des plaques commémoratives, portant les noms des professeurs et élèves tués, dans les écoles qu’ils avaient fréquentées.

    Ces initiatives privées apparurent spontanément. On peut trouver des plaques commémoratives apposées sur les lieux de réunion ou de travail comme à l'entreprise Léon Vincent, ou par les cheminots, au théâtre municipal…

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    L’Eglise Notre-Dame des Armées aux Cailloux fut achevée grâce aux souscriptions lancées au nom de la mémoire des soldats de la paroisse.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Le monument des Pères et des Mères de famille inauguré en 1923.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Ce tableau de 1922 reprend le nom des travailleurs de L'Octroi morts au Champ d'Honneur.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Détail du monument aux morts d’Albert Parenty et du statuaire Moreau-Vauthier.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Monument détruit par les bombardements (photo prise par les Canadiens).

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Monument aux morts actuels commémorant l'ensemble des conflits.

    Monuments aux morts et lieux de mémoire

    Carte postale colorisée du premier monument aux morts.

     L’ensemble, d’une hauteur de sept mètres et exécuté en pierre de Caen, était composé d’une plate—forme élevée de six marches avec un petit mur de fond et motifs d’amortissement aux extrémités. Le sculpteur, appelé “statuaire”, en t lui—même une description : “La France douloureuse, chargée de palmes du martyre, fait surgir du linceul formé par les plis des drapeaux, les ombres des combattants morts... Fantassins fiévreux escaladant les gradins du franchissement, grenadiers, mitrailleurs, hâves territoriaux coiffés du képi ou du casque, aviateurs le front levé, fouillant le ciel, farouches marins guettant l’horizon, alliés : belge, anglais, italien, américain. Les yeux caves offrant un masque de misère, tous ces tragiques revenants évoquent comme un gisant nu sous les palmes, les horreurs de la guerre et le suprême sacrifice de ceux qui sont morts pour que les survivants, les enfants, puissant vivre dans la liberté, la vérité, la paix.”

    Ce monument a plusieurs connotations : i1 est d’abord funéraire avec les palmes de martyres, le drapeau qui forme un 1inceu1, il est aussi civique de par son emplacement, un jardin public.

    L’inscription “Calais à ses enfants morts pour la Patrie” lui donne un aspect patriotique renforcé par la représentation des soldats. Ceux-ci sont décidés, volontaires, réalistes.

    La statue féminine évoque bien sûr la France douloureuse, la Patrie, la République mais aussi la femme, la mère, l’épouse.

     

    Frédérique EVRARD-GAY, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations du monument au mort : collection privée de l‘auteur.

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  • Dans l'après-midi du 6 août 1588, les Calaisiens se ment au rempart nord de la ville pour regarder la mer. Des navires de guerre espagnols, au nombre toujours croissant, viennent se mettre au mouillage dans le détroit.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Les vaisseaux espagnols mouillent devant Calais

    Les visages sont tendus, fermés : quelle peut—être la raison de cet inquiétant rassemblement ?

    Les guerres de religion ensanglantent l’Europe depuis plusieurs décennies et les Espagnols intriguent avec la Ligue ultra-Catholique du Duc de Guise contre le Roi Henri III et son héritier présomptif, Henri de Navarre, huguenot.

    Calais, qui sort tout juste de l’occupation anglaise, tremble.

    On interroge les édiles et les militaires qui suivent également les mouvements des bâtiments ; ils lâchent un n0m : l’Invincible Armada.

    Cette flotte a été levée par le Roi Philippe III d’Espagne à la demande du Pape. Pour elle, sa "Majesté très catholique” a consenti un effort financier considérable. Elle réunit 130 bâtiments de guerre permettant le feu de 2 640 canons. Sur ses navires, manœuvrent 10 000 marins et 18 000 hommes de troupe attendent leur débarquement.

    On dit qu’elle aura le renfort des régiments d’Alexandre Farnèse, Duc de Parme, qui stationnent sur la côte flamande entre Gravelines et Nieuport, soit 25 000 hommes supplémentaires qui envahiront l’Angleterre sous sa protection.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Inquiets, les Calaisiens se massent sur les remparts pour découvrir l'Invincible Armada.

    Cette expédition punitive veut frapper la réforme à cœur et détrôner la reine anglaise Elizabeth 1re Tudor, excommuniée, qui soutient les divers mouvements protestants.

    Philippe II, fer de lance de cette nouvelle croisade, a déclaré qu’elle ne cessera que lorsque le catholicisme sera rétabli partout en Europe.

    L’escadre est placée sous le commandement du jeune Duc de Médina—Sidonia, courtisan apprécié qui a remplacé au pied levé le Marquis de Santa Cruz, capitaine général des flottes d’Espagne, décédé en février. Il a pris ses quartiers sur un vaisseau de 48 canons : le San Martin. La noblesse espagnole, attirée par les richesses anglaises, avide de gloire, l’a suivi en masse sur les navires de guerre.

    Les Anglais se sont préparés à repousser les attaquants. Les navires de la Couronne ont été placés sous l’autorité du Grand Amiral Lord Howard d’Effingham.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Le navire espagnol Le San Lorenzo vient s’échouer devant le port de Calais. Les soldats calaisiens tentent d’empêcher les Anglais de le piller.

    Le célèbre Francis Drake et Walter Raleigh commandent la flotte auxiliaire.

    Les garde— côtes de Lord Seymour surveillent les ports flamands.

    L’inquiétude calaisienne décroît légèrement, mais le rempart ne désemplit pas.

    La journée du 7 août voit des groupes animés sillonner la place d’Armes. Des Courguinois, habitués au Détroit, s’étonnent haut et fort du mouillage espagnol qu’ils qualifient d’imprudent car trop près de l’ennemi. Certains prédisent même une action anglaise.

    La nuit est tombée, on s’assoupit quand 8 explosions retentissent, suivies de 8 gerbes d’étincelles qui trouent l’obscurité. C’est l’attaque anglaise !

    Mettant la nuit à profit, Lord Howard s’est approché de l’Armada amenant avec lui une flottille sacrifiée : 8 navires bourrés de poudre et de ferraille, 8 brûlots que la marée pousse doucement vers les vaisseaux espagnols.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Les Anglais traversent le Channel et se positionnent à l'Ouest de l’Armada afin d'être prêts à attaquer les Espagnols.

    Médina— Sidonia donne l’ordre de gagner la haute mer. Ses navires lèvent l’ancre à la hâte, se heurtent, se bousculent, s’abîment. L’un deux, le San Lorenzo, perd son gouvernail et vient s’échouer à l’entrée du port. Les Anglais le canonnent. C0uché sur le flanc, il ne peut répondre avec son artillerie. L’équipage se jette à la mer et tente de gagner la côte à la nage. Le Seigneur de Jourdan, gouverneur de Calais, leur envoie de l’aide. »

    Des Anglais abordent l’épave. Ils tuent commandant, officiers et entament le pillage du navire. Les batteries du port de Calais chassent les pilleurs.

    Plus loin, poussé par un vent fort, la flotte désemparée est entraînée vers

    Dunkerque et ses dangereux bancs de sable. La menace espagnole s’écarte de l’Angleterre. Alors, les vents se déchaînent ; les tempêtes succèdent aux tempêtes. Médina—Sidonia au comble de l’incompétence donne l’ordre de regagner l’Espagne. Comme on ne peut pas remonter face au vent, il décrète qu’on fera le tour des îles britanniques par le nord.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    De nuit, les Anglais font dériver des brûlots remplis de poudre contre les navires espagnols.

    Le calvaire commence

     Seule une cinquantaine de navires rentrera en Espagne avec des équipages décimés ; 16 000 hommes ont trouvé la mort. L’Espagne y perdra sa souveraineté maritime... au profit de sa rivale : l’Angleterre. L’échec de 1’Invincible Armada fut considéré d’ordre divin. Elizabeth d’Angleterre fit frapper une médaille. Sur celle—ci on lit : ”Dieu a soufflé et ils ont été dispersés".

     

     

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Calais envoie des barques pour sauver les marins espagnols.

    L’invincible Armada se disloque devant Calais

    Après le désastre, I’Armada contourne l’Angleterre par l'Est avant de subir une violente tempête.

    Textes : Bérengère Baude

    Illustrations : Jean—François Binet 

     

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    Le 24 juillet 1909 Louis Blériot va réussir à traverser la Manche à bord du Blériot Xl devançant son rival Anglais, Latham. 

     

    L'incroyable exploit de Blériot

    Traverser la Manche en avion en 1909 est une gageure incroyable, le brouillard la pluie et le vent y dictent leur loi et rendent toute tentative extrêmement dangereuse. C’est au point le plus étroit, (55 km entre les falaises de Douvres et le cap Gris—Nez au sud—ouest de Calais) qu’une compétition acharnée va opposer Louis Blériot à Hubert Latham. . .

    Le jeune et populaire aviateur anglais a parié 17 000 francs qu‘il réussirait l’impossible exploit avant le 1er août à bord de l’Antoinette IV, son avion au profil d’oiseau. Tout le monde le considère comme le favori.

    Le 19 juillet au matin Latham estime le moment propice à tenter l‘aventure.

    Il ne parcourt qu’une douzaine de kilomètres en mer quand son moteur câle. Après une chute d‘environ 300 mètres et un amerrissage sur le ventre, il attend sain et sauf les secours avec flegme. De retour à Calais, il annonce : “la Manche sera vaincue demain, je recommencerai et je réussirai.”

    De son côté Blériot est dans une situation précaire, il a dépensé toute sa fortune dans la préparation de son vol et doit se faire prêter de l’argent pour continuer l’aventure. Il ne peut néanmoins plus faire marche arrière : « il me faut continuer parce que, comme le joueur, il faut que je me rattrape. Je dois voler »

    Le samedi 24 juillet, vers minuit Latham pense à partir : “le vent paraît se calmer. Si cela continue, me réveiller à 3h30.”

    Or on oublie de le réveiller...

    L’équipe de Blériot ne rate pas le coche, et va le chercher à son hôtel : “Le réveil fût pour moi quelque chose d‘insupportable. Je n’étais, je l’avoue, nullement disposé à partir. Je voyais les choses en noir, et - ne le dites à personne - j’aurais été heureux d‘entendre dire que le vent soufflait si fort qu'aucune tentative n‘était possible.

    Mon ami Alfred Leblanc, l’homme dévoué par excellence me remonta un peu… Il m’emporta dans son auto. J’étais sauvé L’air vif qui me fouetta le visage me réveilla tout à fait. J’eus un peu honte de mon mouvement de faiblesse. J’avais cette fois du courage pour deux.”

    L'incroyable exploit de Blériot

    Le monoplan sort de la tour de la ferme. Malgré l’heure matinale, le village est debout et de minute en minute des autos arrivent.

    Il y a bientôt quelques milliers de personnes. “Cela me gêne un peu. J’aurais si bien voulu être seul.”

    “On fait chauffer le moteur, un chien qui se précipite sur l’hélice est déchiqueté et certains y voient un mauvais présage ?

    Le règlement de la compétition stipule que le vol doit avoir lieu après le lever du soleil, Blériot a du temps :

    “Nous décidons, Leblanc et moi, qu’un essai pré— liminaire va avoir lieu on range la foule tant bien que mal. L’appareil s’élève aisément. La surcharge du cylindre d’air n‘en diminue que faiblement la puissance. J’ai une hélice nouvelle qui tire dans la perfection. Je reste une dizaine de minutes dans les airs, agréablement surpris de constater un petit vent frais qui vient de la terre, un vent de marée qui me poussera vers la Manche »

    Sur la plage des baraques, Leblanc signale finalement le lever du soleil, Blériot peut décoller. Il est 4h41, nous sommes le dimanche 25 juillet 1909 :

    “Une petite émotion s’empare de moi au moment où je prends place dans l’appareil. Que va—t—il arriver ? Irai—je jusqu’à Douvres ?

    Réflexions rapides qui ne durent pas, je ne pense plus qu’à mon appareil, au moteur ; à l’hélice. Tout est en mouvement ; tout vibre.

    Au signal, les ouvriers lâchent l’appareil. Me voilà soulevé.

     

    Je pique droit devant moi, m’élève progressivement de mètre en mètre ; je franchis la dune d’où Leblanc m‘envoie ses souhaits. Je suis à présent au-dessus de la mer ; laissant à ma droite le contre-torpilleur dont la fumée opaque obscurcit le soleil...” 

    L'incroyable exploit de Blériot

    Ce plan ci-dessus a été tracé par Blériot lui-même pour illustrer son périple, on y lit (de droite à gauche) :

    Départ 4h35, les Baraques, Calais, contre torpilleur l’Escopette, calme 5 minutes, 10 minutes sans rien voir ?

    Je distingue la côte anglaise, vent.

    Le vent d’ouest m’empêche de monter au—dessus de la falaise, falaises, Douvres, arrivée à 5h 12.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Poste de pilotage

    Le volant à main n’était pas tourné mais poussé, d'avant en arrière et de gauche et à droite.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Alessandra Anzani devant son moteur : 3 cylindres en étoile, refroidi par air de 22—25 chevaux.

    Le moteur du Blériot XI, conçu par un Italien nommé Alessandro Anzani, est d’une grande simplicité.

    Les cylindres sont en fonte rugueuse, non sablés, le pilote est recouvert par l’huile chaude qui s’en échappe…

    Mais les moteurs Anzani ont une qualité première... leur fiabilité.

    Je me dirige vers cette montagne blanche. Mais le vent et la brume me prennent. Je dois lutter avec mes mains, avec mes yeux. Mon appareil obéit docilement à ma pensée. Je le dirige vers la falaise, cependant que je ne vois plus Douvres. Ah ! diable ! Où, suis—je donc ?

    Trois bateaux s’offrent à ma vue [...] Ils paraissent se diriger vers un port. Je les suis tranquillement. Des marins, des matelots m’envoient des hourras enthousiastes.

    J’ai presque envie de leur demander la route de Douvres. Hélas ! Je ne parle pas anglais.

    Je longe la falaise du nord au sud, mais le vent contre lequel je lutte, reprend de plus belle.

    Une anfractuosité de la côte se présente à ma droite, un peu avant le château de

    Douvres [...]

    Sur le sol un homme agite désespérément un drapeau tricolore.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Le Blériot XI :

    - Envergure 7,80 m

     

    - longueur 8 m

    - hauteur 2,59 m

    - surface alaire 13, 93 m2

    - poids au décollage 300 kg

    - vitesse 58 km/h.

    1) Hélice tractive,

     2) Moteur Anzani 25 chevaux

    3) Structure en frêne, bambou et tubes d'acier

    4) 4 trains d’atterrissage

    5) Réservoir à essence principal

    6) Ailes revêtues de toile caoutchoutée

    7) Ailerons élévateurs

     8) Gouvernail

    Je viens vers terre et j ‘aperçois le rédacteur du Matin, le bon Fontaine qui, seul dans la grande plaine, s’égosille. Ah ! le brave garçon !

    Je veux atterrir ; le remous est violent. Dès que j’approche du sol, un tourbillon me soulève. Je ne puis rester plus longtemps dans les airs. Le vol avait duré trente—trois minutes ; c‘était suffisant. Au risque de tout casser, je coupe l’allumage. Et maintenant, au petit bonheur ! Le châssis se reçoit un peu mal, il se casse un peu. Ma foi, tant pis. Je venais de traverser la Manche.”

    Blériot n’était pas très sûr de trouver un endroit où atterrir sur la côte anglaise qu‘il ne connaissait pas.

    La plage de Douvres était trop étroite et la falaise, avec ses 90 mètres, trop haute d'au moins 50 mètres.

    Charles Fontaine, journaliste Français, qui couvrait l’événement pour “le Matin” avait proposé d’explorer le terrain. Il découvrit que la falaise était haute d’à peine 50 mètres à l’est du château de Douvres.

    L’endroit fut marqué d‘une croix sur des cartes postales qu’il envoya à Blériot précisant qu’il l’attendrait en agitant un grand drapeau français.

    Lorsque Blériot descend de l’avion, Fontaine se précipite vers lui, l’embrasse et l’enveloppe dans les plis du drapeau français.

    Il était 5h 13 ; le vol de 38 kilomètres avait prit juste 52 minutes.

    “C’est fait”, dit seulement Blériot

    “Et Latham ?”

    “Latham est encore à Sangatte”, répondit Fontaine.

    Latham, le favori, avait échoué pour la deuxième fois, personne ne l’avait réveillé, si ce n’est le léger ronflement des trois cylindres du Blériot XI...

     

    Texte et Illustrations :

    J. F. Binet

    Récit de Louis Blériot

    Photos du Blériot XI conservé au Musée des arts et métiers à Paris gracieusement offertes par Mr Xavier Cotton

     

    L'incroyable exploit de Blériot

    L'incroyable exploit de Blériot

    L'incroyable exploit de Blériot

    L'incroyable exploit de Blériot

     

    http://www.passionpourlaviation.fr/2009/10/22/le-bleriot-xi-de-la-traversee-de-la-manche-au-musee-des-arts-et-metiers/

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