• Le soir de la fête belge, en 1918, Calais subit un bombardement meurtrier.

    Un nouveau raid de Gothas allemands s‘avère particulièrement destructeur, causant 29 morts en l‘espace d‘une nuit.

    Durant la journée du Dimanche 21 juillet 1918, les Calaisiens ont célébré avec éclat la fête nationale belge, à la grande joie des ressortissants du petit royaume très présents dans la Ville.

    Dans la matinée, un « Te Deum » avait résonné en l‘église Notre—Dame puis l'après-midi avait été consacré à une compétition sportive interalliée sur le terrain d‘aviation du Beau-Marais, en présence d’une foule considérable de spectateurs et sous un soleil magnifique. Dans la soirée, un gala artistique suivi d'une belle réception s‘était tenu au Cercle du Soldat Belge, devant l'hôtel de ville.

     PRES DE TROIS HEURES DE BOMBARDEMENT

     Mais la menace ennemie plane toujours. Vers minuit, l‘alerte retentit : sept escadrilles de Gothas survolent Calais. Les avions ont au départ profité d'un vent d'ouest soutenu pour se laisser porter au—dessus de la ville sans se faire repérer. Ils larguent leurs bombes sur des zones habitées et sur plusieurs quais éclairés par une lune brillante.

    C'est sans doute la pire attaque aérienne que Calais ait eue à subir jusqu'alors : 29 morts sont à déplorer, surtout des femmes et des enfants.

    Quelques victimes ont été frappées dans la rue, n‘ayant pas eu le temps de rejoindre les abris aménagés à proximité. En sortant d'un café de la rue Pierre Mulard, au Courgain, un soldat belge et deux jeunes hommes sont fauchés par une torpille. Rue de Londres, un cuisinier anglais est tué par l‘effondrement du toit de la pièce où il se trouvait sous le souffle de l‘explosion d‘un projectile.

    Mais le gros des victimes est retrouvé dans le bâtiment n'28 de la rue de la Citadelle. Une torpille de 100 kg a perforé les trois étages de la maison pour venir s‘abattre dans la cave datant du XVIIème siècle. Quinze personnes y avaient trouvé refuge. Le local est littéralement pulvérisé, les égouts et la fosse d'aisance qui y étaient enterrés sont éventrés. C'est un véritable spectacle d'horreur qui s‘offre aux sapeurs—pompiers, très vite présents sur les lieux de l’explosion.

    QUINZE MORTS DEGAGES D’UNE CAVE—ABRI

     Il leur faut sept heures pour dégager ce qui reste des victimes, dont les membres épars sont maculés de liquide visqueux et malodorant. Ces débris humains sont déposés à la morgue installée dans la prison qui se trouvait alors à Calais. Parmi les victimes, on dénombre deux officiers anglais, des femmes, des enfants dont certains en bas âge, une personne âgée de 83 ans. Une famille de réfugiés belges, composée de Félix (37 ans), de son épousé Henriette (32 ans) et de leur fils Julien (12 ans) est décimée.

     La maison de la rue de la Citadelle, en ruines, est néanmoins restée debout Près de la porte cochère continue de flotter le petit pavillon rouge indiquant que l‘immeuble dispose d'une cave-refuge sûre et solide...

    On recense par ailleurs 5 morts, dont une mère et ses 3 enfants, quai David, et 5 autres dans la cave et à proximité de la Chambre de Commerce, laquelle est en partie dévastée. Quatre bélandres ont été coulées dans le bassin ouest et des explosifs ont semé la terreur au casino de la plage, où s‘est installé depuis plusieurs mois un hôpital britannique.

    Six bombes sont tombées à Sangatte et à Hervelinghen, sans faire de dégât particulier. Une autre, d‘une hauteur d'1.80 m, a pénétré dans le conduit de cheminée d‘une maison de confection du boulevard La Fayette, provoquant un nuage de suie et de plâtras : elle a traversé de façon oblique l‘immeuble pour aller s'échouer au premier étage d'une brasserie voisine sans exploser. Les démineurs se mettent rapidement au travail pour la désamorcer. 

    UN MORAL AU PLUS BAS

     Mais ce petit miracle ne suffit pas à éclaircir le moral de la population, sous le choc en apprenant les ravages causés par le raid. Non seulement les bombes ont beaucoup tué, mais il est clair que les voûtes des caves de la ville, même renforcées, constituent des boucliers parfois bien dérisoires... Les édiles de la ville anticipent un mécontentement qui ne va pas manquer de monter.

    Un conseiller municipal remarque que les avions qui ont bombardé Calais volaient à une altitude assez basse : si des mitrailleuses avaient été placées sur les monuments élevés de la ville, il y aurait eu plus de chances pour qu‘ils soient touchés en vol par la D.C.A. Le maire de Calais promet de s'entretenir sur ce point avec le général Bitte. La municipalité sollicite par ailleurs le ministère de l‘armement et des fabrications de guerre la distribution de masques contre les gaz asphyxiants à la population : Boulogne-sur—Mer ne vient-elle pas d'en obtenir pour ses écoliers ?

    Mais durant cet été 1918, alors que toute la nation, avec l‘appui de ses Alliés, rassemble ses efforts pour repousser l‘offensive allemande dans un contexte d‘une reprise de la guerre de mouvement, les malheurs de Calais, de façon compréhensible, ne figurent pas en tête des priorités de l‘état-major et du gouvernement.

    C'est dans une atmosphère particulièrement lugubre que se déroulent, le 25 juillet, les funérailles des victimes, inhumées pour certaines au cimetière sud, pour les autres au cimetière nord.

    Deux cérémonies disjointes mais où les ofciels prennent la parole pour rappeler un même message : la nécessaire confiance dans la victoire finale sur fond de ravivage de la haine du « Boche ». On peut néanmoins se demander quel est le véritable écho de ces discours alors que, la veille des obsèques, les Calaisiens ont essuyé un nouveau raid aérien, qui ne cause cette fois que des blessés légers et des dégâts matériels.

     

    Sept escadrilles de Gothas ravagent Calais

    Une maison détruite par le raid du 22 juillet 1918 rue Française (Archives Départementales du Pas-de-Calais, cote 43 Fi 300, (tous droits réservés)

    MAGALI DOMAIN

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  • Une gare maritime provisoire de 1946 à 1956

    CALAIS. Cible de l’aviation alliée, la gare maritime n'était que ruines lors de la libération de Calais. Une gare provisoire était aménagée sur son emplacement et mise en service le 16 avril 1946, permettant aux trains d'y déposer les voyageurs. Les ponts Vétillart franchissant les écluses étant détruits, il fallait contourner le bassin Carnot pour s'y rendre.

    Ci-dessous les passagers piétons étaient les seuls à pouvoir débarquer sur les quais face à la gare. La première passerelle pour les automobiles avec chauffeur au volant date de 1953, avec la mise en service conjointe d’une gare routière de transit. Les travaux de construction de la nouvelle gare maritime s’étaleront de 1954 à 1956 avec une mise en service progressive de 1956 à 1958. Son inauguration date du 10 septembre 1959 en même temps que celle de la gare routière et des nouveaux ponts Vétillart. J.-P.P.(CLP)

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  • Les collections du musée brûlées, les Six Bourgeois mis à l'abri

    CALAIS. Voici le musée photographié début juin 1940. Les carcasses de voitures étaient encore présentes sur le parvis. Tout ce qui n'était pas pierre avait été détruit par les flammes avec les précieuses collections. Pourtant, la municipalité avait anticipé en partie cette catastrophe en mettant à l‘abri le bronze de Rodin, alors sur le parvis du musée (notre photo). Dès le 28 août 1939, sept jours avant la déclaration de guerre, les Six Bourgeois étaient transportés à l’abri dans les caves de l‘hôtel de ville, sous un coffrage de sable. Le 18 janvier 1943, cette mise à l’abri semblant insuffisante, les Six

    Bourgeois étaient placés sur un camion, direction une zone plus calme : le château de Coupvray, en Seine—et-Marne. Le camion a dû être stoppé à Boulogne-sur—Mer par un pont trop bas puis est retourné à Calais. Le 30 janvier les Bourgeois arrivaient à Coupvray, cette fois par le train. J.-P.P.(CLP)

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  • Au début du XXe siècle, deux librairies baissaient le rideau

    CALAIS. Ces deux librairies—papeteries de la Belle Epoque ont disparu. Xavier Thiriat-Deguines, écrivain à ses heures, avait ouvert la sienne à l'entrée de la rue Royale, à l‘angle de la rue Française. Il avait racheté le débit de tabac de M. Fontbonne pour en faire une librairie et un dépôt de presse. Il était spécialisé dans la vente de produits des missions africaines et éditait aussi de superbes cartes postales. A sa mort, en 1906, le magasin est racheté par un jeune pharmacien, M. Rembert, qui le transforme en une belle officine : la pharmacie Richelieu.

    Une autre librairie-papeterie, la Librairie Centrale (ci-dessous), à l‘angle des boulevards Jacquard et Léon Gambetta, a été ouverte à la n du XIXe siècle par M. Leury-Desombre, auquel avait succédé M. Sauce-Noulette. Elle a été remplacée par un café Le Jacquard. J.-P.P.(CLP)

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  • Avec le brexit, un possible retour des "no-passeport"

    CALAIS. Avec le Brexit, le principe d'un visa non obligatoire pour les courts séjours en Grande-Bretagne des résidents des états membres de l'Union européenne semble acquis.

    La carte d'identité risque, elle, de ne plus être suffisante pour mettre le pied sur l’île britannique. Le passeport deviendrait obligatoire. La commission européenne a été claire : la réciprocité serait appliquée. Venir faire ses emplettes en France, et inversement, deviendrait alors complique.

    Pour éviter le passeport plus contraignant et coûteux, assisterons—nous alors au retour des « no passeport », ces excursionnistes autorisés à débarquer pour la journée sur simple présentation de leur carte d'identité ?

    Le système avait été mis en place avant-guerre (ci-dessus dans les années 1930) et avait perduré jusqu'au début des années 1970, ci—dessous en 1966, où les Britanniques étaient accueillis la journée. J.-P.P.(CLP)

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  • La réplique d'un drakkar viking fait escale au port

    CALAIS. L’épave d’un bateau viking de la n du IXe siècle était découverte en 1880 dans un large monticule funéraire érigé près de la côte du fjord d‘Oslo, en Norvège. Le drakkar, fait de planches en chêne, mesurait 23,50 m de long et 5,20 m de large.

    Le bateau était construit pour être propulsé par 32 rameurs. Il était aussi pourvu d’un mât pour la navigation à l’aide d'une voile de 120 m2.

    Plusieurs répliques de ce drakkar ont été construites, dont une qui traversera l'atlantique en 1 99 1 pour rallier le Brésil. Cette réplique, le drakkar Valkyrja, avait été construite dans les années 1970 comme support publicitaire d’une firme sportive et se rendait à Londres pour les championnats du monde de ski nautique. Le drakkar faisait un détour par Calais. Il franchit le chenal le dimanche 15 juin 1975 pour s’amarrer au quai de la Colonne avant de repartir, le lundi,

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  • Des escabeaux pour descendre du rapide Paris-Calais maritime

    CALAIS. L'arrivée du rapide Paris—Calais se faisait alors en gare maritime, au bord du quai où attendait la malle pour Douvres. Descendre du train n'était pas aisé. Les employés de la gare devaient transporter ces escabeaux de bois servant de marchepieds jusqu‘aux portes des wagons des secondes et troisièmes classes : pas très stable lorsque l'on était chargé de lourdes valises. Il était parfois plus pratique de sortir les bagages par les fenêtres an de faciliter la descente.

    Pour cela, les porteurs étaient nombreux : une profession disparue de nos jours. Ils vaquaient la valise sur l’épaule ou chargée sur un chariot.

    Ci—dessus, dans les années 1920, l’animation était grande et les cheminots tout aussi nombreux sur ce même quai. Il était, cette fois, pavé avec des wagons équipés de marchepieds, plus confortable pour les voyageurs qui montaient dans le train rapide ralliant Paris. J.-P. P.(CLP)

    Des escabeaux pour descendre du rapide Paris-Calais maritime

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  • Un cheval assurant les livraison

    CALAIS. En ville, l'automobile, apparue à la n du XIX" siècle, supplantait peu à peu la traction animale avec ses cabriolets—taxis, ses calèches de livraison, ses tombereaux de chantier et autres charrettes. Ci-dessus, avant—guerre, la calèche de jules Rault, fermier au Pont à Trois-Planches, livrait le lait jusque dans le quartier des Fontinettes. Dans les années 1970, ce moyen de transport était devenu une exception avec quelques réfractaires se comptant sur les doigts de la main, essentiellement pour la livraison du charbon. M. Minnebbo, le ferrailleur de la rue Bossuet (ci-dessous en 1972), était une figure calaisienne avec sa jument, Fillette. Dans les années 1950, alors que beaucoup possédaient encore poulaillers et clapiers dans leur cour, il arpentait les rues, soufflant dans sa trompe en cuivre et criant « Piôô de lapin !», dont il faisait le commerce. J.-P. P.(CLP)

    Un cheval assurant les livraisons

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  • La réception de la télé par le câble promise en 1989

    CALAIS. En 1986, naissaient la 5, la 6, la 7, Paris Première, celle-ci étant uniquement retransmise par le Câble. La campagne des élections municipales de mars 1989 battait son plein. Le député socialiste, André Capet, s'est battu pour obtenir une antenne-relais sur le phare an de proter de la 5. Le maire communiste Jean—Jacques Barthe, en course pour un quatrième mandat, n‘est pas en reste.

    La mise en orbite de satellites de communication permet désormais la réception par paraboles. En février 1989, le maire promet le câblage de la ville : « Les travaux commenceraient, je pense, au milieu de l'année 90. Ce serait donc en 91 que les petits écrans des Calaisiens qui le désirer0nt pourront capter toutes ces chaînes… »

    Il parle des 21 chaînes retransmises dans le salon de l’hôtel ville. Jean-Jacques Barthe a été élu et le câblage de la ville vite oublié. J.—P. P. (CLP)

    La réception de la télé par le câble promise en 1989

     

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  • Le Grand Hôtel Continental boulevard Richelieu

    CALAIS. La destruction des remparts a permis de libérer des espaces propices à la construction. Ceux de l'enceinte intérieure ont été détruits à partir de 1862, ceux extérieurs à partir de 1878, avec l’arasement de la porte Richelieu en 1885. L'ouverture du Grand Hôtel Continental, situé boulevard Richelieu, à l'angle de la rue Edison, date de 1894. Cet hôtel, alors tenu par MM. Outers et Forest, ne passait pas inaperçu. Haut de trois étages, il était pourvu d’ascenseurs, confort rare à l’époque, qui faisaient de ce lieu un hôtel de standing, avec chambres pourvues de salles de bain, vaste garage couvert, téléphone et salons luxueux. Ici, une partie du personnel posait devant la façade. Ci-dessous une terrasse était installée sur le trottoir, d’où les clients pouvaient regarder passer le tramway encore tracté par un cheval.  J.P.P. (CLP)

    Le Grand Hôtel Continental boulevard Richelieu

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