• Les permissionnaires alliés transitaient par le port

    CALAIS. Les Canadiens ne s‘attardaient pas dans la ville libérée. Dès le 1er octobre 1944, les troupes britanniques s'installaient, remplaçant les Allemands dans les immeubles déjà réquisitionnés. Le port était domaine britannique, un atout essentiel pour la poursuite de l’effort de guerre. Le chenal avait été miné, des péniches et un dragueur de mine coulés, les quais ravagés par des charges d’explosifs, les écluses Carnot déchiquetées. L‘accès était rapidement sécurisé et un plan incliné en béton construit quai Paul-Devot. Les premiers bateaux transmanche transformés en transport de troupes, ici le Lady-of-Man, acheminaient les permissionnaires britanniques. Ils embarquaient sur les quais de la gare maritime — avec ci-dessous, au premier plan, les rails soulevés par les explosions. Les Britanniques restituaient l’usage du port aux civils le 2 août 1945. J.—P.P.(CLP)

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  • Le monument Souvenir Français, inauguré en 1904

    CALAIS. La décision était prise en 1899 d'ériger un monument rendant hommage aux 58 soldats et marins calaisiens morts lors de la guerre de 1870 et durant les guerres coloniales. Le maire, Émile Salembier, souhaitait le placer dans le cimetière. Les initiateurs du projet préféraient un emplacement plus central, adossé au parc Saint-Pierre, ou place de l’Egalité, l‘actuelle place du théâtre. Edmond Basset, le nouveau maire, optait pour la bordure du parc. Un 59e héros était mis à l'honneur surplombant le monument: le capitaine Louis Dutertre. Né à Coulogne il avait été décapité en 1848 lors de la conquête de l'Algérie. Le monument du Souvenir Français était inauguré le dimanche 3 juillet 1904. La tribune ci-contre, garnie de hauts dignitaires militaires et municipaux, avait été dressée face au parc Saint-Pierre alors que l'hôtel de ville n'était pas encore construit. J.—P.P.(CLP)

    Le monument Souvenir Français, inauguré en 1904

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  • De 1944 à 1948, des milliers de soldats alliés transitent par Calais

    CALAIS. Dans un sens, les permissionnaires rejoignant leur famille; de l'autre, des soldats se dirigeant vers le front. Ils seront des millions de militaires du Commonwealth à faire halte à Calais. Pour les accueillir, quatre camps dits de transit avaient été aménagés. Un rues Edgar—Quinet et des Salines, un à la maison des Petites Sœurs des pauvres, les deux plus grands quais de la Loire entre la rue Mollien et les Câbles de Lyon. Des centaines de bâtiments en bois et de demi-lunes métalliques y avaient été montés pouvant accueillir simultanément 14 000 hommes. Voici celui de la rue Mollien à l’occasion d'un incendie qui s’y était déclaré. Près de 5000 Calaisiens, femmes et hommes, y avaient travaillé: cuisiniers, blanchisseuses, serveuses, projectionnistes, peintres, coiffeurs. ..

    Ci-dessous, les Britanniques restituaient en 1948 les zones réquisitionnées à Gaston Berthe, le maire. J.-P.P. (CLP)

    De 1944 à 1948, des milliers de soldats alliés transitent par Calais

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  • La station balnéaire avait autrefois son casino

    OYE PLAGE Au milieu du XIX siècle, le long de la Côte d’Opale se créent des stations balnéaires. Cet essor est lié entre autres au développement des voies de chemin de fer et à l'attrait pour les bains en eau de mer dont les bienfaits sont conseillés par les médecins.

     Oye-Plage n‘échappera pas à la règle. En 1872, l'arrivée du chemin de fer et la construction de la gare vont permettre son développement en tant que station balnéaire. D’autant plus qu‘à l'époque les compagnies de chemin de fer lancent des campagnes 

    “L’hôtel du Casino se vantera d’être le seul établissement avec chambres et vue sur la mer”. 

    de publicité pour promouvoir les sorties à la mer. 0ye, appelée 0ye-Plage en 1913, se dote alors d'un casino, de villas et d'un hôtel. L'hôtel du Casino se vantera d’être le seul établissement avec chambres et vue sur la mer. Du casino, il ne reste aujourd'hui que le nom donné au camping construit sur son emplacement. Oye-Plage offre aujourd'hui un littoral sauvage totalement vierge de construction et protégé.

     LA FLÈCHE DE L'ÉGLISE CENTENAIRE

     Si vous vous rendez à Oye—Plage, vous pourrez admirer l'église qui fut construite en 1863 et est dédiée à Saint-Médard. Sa flèche date de 1914.

     Non loin de là, un monument à Notre—Dame de Boulogne-sur-Mer semblable à celui qui se trouve au Portel, sur le quai de la Vierge. Notre-Dame de Boulogne se tient debout dans un bateau avec l’enfant dans ses bras et deux anges qui l’entourent. Ce monument fut érigé après la Seconde Guerre mondiale pour remercier Notre-Dame d’avoir protégé la commune pendant le conflit. S.D.(CLP)

    La station balnéaire avait autrefois son casino

     En 1872, l‘arrivée du chemin de fer et la construction de la gare vont permettre le développement de 0ye—Plage en tant que station balnéaire.

    La station balnéaire avait autrefois son casino

    Ce monument dédié à Notre—Dame de Boulogne-sur—Mer est semblable à celui qui se trouve au Portel.

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  • FIASCO DES BALLONS CAPTIFS DANS LE CIEL

    Des ballons captifs sont lancés dans le ciel de Calais.

    Afin de Protéger Calais, le gouverneur militaire Ditte songe a faire installer une série de ballons de barrage dans le ciel. Il s’agit de ballons à gaz de taille moyenne reliés au sol par des câbles en acier.  Ils empêchent ainsi les vols rasants des avions ennemis et atténuent du même coup la précision des largages de bombes : les pilotes sont en effet censés s'en détourner pour éviter de heurter leurs câbles.

     Fin février 1918, le matériel est enfin disponible. A la mi-mars, des ballons captifs commencent donc à planer à environ 2500 mètres au-dessus de Calais. Ils forment une attraction pour la population. Mais le désappointement ne tarde pas à se faire jour : ces ballons se dégonflent vite et doivent être fréquemment remplacés. De plus, on comprend rapidement que les câbles qui les retiennent ne sont pas assez longs : les Gothas, qui volent à haute altitude pour éviter les tirs de la D.C.A., ne seraient pas gênés. Et lorsque le vent commence a souffler un eu fort, il faut redescendre les ballons captifs car leurs attaches risquent de se briser.

     Certains d'ailleurs se détachent et on les retrouve à des dizaines de kilomètres à la ronde ! Bref, l‘opération « ballons captifs » se solde largement par un fiasco.

    FIASCO DES BALLONS CAPTIFS DANS LE CIEL

    Un bâtiment appartenant à la mairie détruit place Crèvecoeur (emplacement actuel de la Bourse du Travail).

    Calais à nouveau sous le feu de l’ennemi

     Dans le cadre d’une grande offensive au printemps 2018, la ville de Calais est soumise à un bombardement intensif des forces allemandes.

    Alors que l'opération « ballons captifs » s‘avère un fiasco (voir ci-dessus), une autre opération, conçue cette fois par l‘état-major allemand, est en passe de mettre à mal une nouvelle fois Calais: il s‘agit de l‘opération Michael, série d‘attaques intégrées dans la grande offensive du printemps 1918 destinée à faire bouger le front à la faveur du retour de plusieurs divisions jusque-lâ stationnées sur le front oriental — la jeune Russie bolchévique ayant signé un traité de paix avec l'Allemagne. Cette reprise de la guerre de mouvement implique un bombardement intensif des zones proches du front restées aux mains des Alliés.

     « Le 21 mars 1918, à quatre heures du matin, se déclenche l‘offensive allemande. Dans la nuit, nos escadres bombardêrent les gares de Calais, Saint—Pol, Lillers... » écrit le général allemand Von Hoeppner. En réalité, le pilonnage de Calais débute la veille, soit le 20 mars 1918, dans la soirée.

     A 20h30, l‘alerte est donnée: dans la bousculade, des familles entières se précipitent dans les abris souterrains qui ont été aménagés un peu partout par la municipalité, en prévision de la reprise des raids aériens.

     La gare n’a pas été touchée, mais d‘autres endroits sont impactés. Route de Boulogne, un camp installé par les soldats portugais reçoit une bombe qui tue dix chevaux. Le n°190 du boulevard La Fayette reçoit une puissante torpille qui dévaste l’immeuble et endommage sérieusement l‘usine Davenière.

     Six personnes qui s‘étaient réfugiées dans une cave sont blessées, car le soupirail n'avait pas été correctement obstrué. Place Crèvecœur, le bâtiment communal qui abritait de nombreux services et la bibliothèque est en partie écroulé.

     CALAIS, NOUVELLE POMPEI ?

     Une anecdote nous est rapportée dans « Calais pendant la guerre » : le lendemain, les toits environnant ce bâtiment sont recouverts de plâtras pulvérisés, si bien qu'il semble avoir neigé. Au sol, des dizaines de volumes provenant de la bibliothèque. Charles Morieux, qui inspecte les lieux en compagnie du commissaire central, en ramasse un par hasard. Son titre? «Ruines de Pompéi»...

     Nul doute qu‘en cette heure le cœur des Calaisiens se serrait à l'idée qu'effectivement leur ville, comme Pompéi, pouvait être bientôt être réduite à néant.

     En effet, les dégâts ne s'arrêtent pas là. La caserne des sapeurs-pompiers, rue de Chantilly, a été partiellement détruite. Plusieurs hommes du feu, qui 's'étaient terrés dans une tranchée—abri au moment de l'impact, s'en tirent avec de sévères contusions.

     Des explosions dans le cimetière font ressortir les cercueils...

     Au n°133 de la rue Martyn, le bureau de recrutement belge est rasé. C‘est le cas également de la maison du 20 rue de la Rivière, les habitations alentour sont retrouvées totalement déchiquetées. On dégage des décombres le corps d'un sergent du génie de 42 ans nommé Henri Bernard, et on doit travailler à l’extraction de plusieurs soldats, toujours vivants, mais restés enfermés dans une cave.

     Vision d'horreur: des explosions qui ont eu lieu dans l'enceinte du cimetière sud ont fait resurgir au grand jour un certain nombre de cercueils... C‘est tout le Calaisis qui a été copieusement arrosé.

     On rapporte la mort d‘une trentaine de Chinois fauchés par une bombe tombée dans un camp aménagé par l‘armée britannique du côté de la digue Mauron, sur le territoire de Sangatte. Le lendemain, 21 mars, toujours vers 20h30, nouveau raid sous un clair de lune cristallin. Cette fois, la gare de triage des Fontinettes est dévastée par l'éclatement d'une torpille de 300 kilos.

    TOUTE LA VILLE TREMBLE

     La force de la déflagration a été telle qu'elle a secoué toute la ville, tel un séisme. Une rame de vingt wagons A été éventrée, des voies ont été détruites, mettant un sérieux obstacle à la circulation normale des convois: ralentir leur va-et-vient était, de fait, bien le but des Allemands. Sous le souffle de l'explosion, le ballast a été transformé en mitraille. Les immeubles situés dans le quartier des Cailloux (notamment place et rue Colbert, rue Hoche) en ont subi les conséquences: vitres brisées, portes et toits arrachés...

     

     Le moral des Calaisiens s‘assombrit. Des dizaines de familles décident de quitter temporairement la ville pour se réfugier plus au sud. Avec cette offensive allemande qui commence avec force, le printemps 1918 risque d‘être celui de tous les dangers. Il sera, pour les civils, celui de toutes les peurs.            

                                                                                                                                                                                                      MAGALI DOMAIN

     

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  • Face aux bombardements allemands qui se multiplient depuis l’automne 1917, la construction d’abris est décidée. De nombgeux chantiers sont lancés dans la ville.

    Tous aux abris

    Depuis l‘automne 1917, Calais est la cible régulière de violents bombardements allemands.  Face au danger, la D.C.A. et les conseils visant à éteindre toutes les lumières dès l‘obscurité tombée ne suffisent pas. Le maire, Charles Morieux, souhaite offrir à ses administrés une protection considérée comme sûre face aux obus et torpilles qui ont tué tant de Calaisiens : l‘aménagement et la construction d‘abris souterrains apparaît comme une solution assez aisée à mettre en œuvre... mais elle demande tout de même une véritable mobilisation.

     CLEMENCEAU PREND LE PROBLEME AU SÊRlEUX

     Le gouverneur Bitte ne dispose pas d‘une main-d'œuvre suffisante pour assumer cette tâche. A la FIN de 1917? Charles Morieux interpelle donc directement Clemenceau : il faut que l‘État s‘implique afin que les caves existantes pouvant accueillir de nombreuses personnes soient consolidées et que des galeries souterraines soient rapidement construites à Calais ! Le président du Conseil, qui est aussi alors ministre de la Guerre, accepte de dépêcher une compagnie du génie et des matériaux sur place? l‘autorité militaire s'engageant à laisser ensuite la gestion de ces aménagements à la seule autorité civile.

     La question des abris anti-bombardements est évoquée à plusieurs reprises au sein du conseil municipal.

     Plusieurs sites posent problème, en premier lieu le fort Nieulay : on y trouve certes de bonnes et profondes caves voûtées, mais elles sont la propriété d‘une particulière qui exige un paiement de trois francs par semaine à tous ceux qui voudraient y avoir accès. La municipalité avait en effet choisi, quelques années plus tôt, de céder le fort. Cette situation étant inacceptable, Charles Morieux décide la réquisition du lieu.

     Le conseiller Berquet soulève un problème concret : « Il faut nous attendre à ce que les bombardements surprennent la population en circulation dans les rues de Calais ; il faut que ceux qui sortent de l’atelier, que ceux qui du fait de leur profession, sont appelés à circuler, sachent où aller en cas d’alerte ».    Des « abris de circulation » s'avèrent donc indispensables dans la mesure où de nombreuses victimes des bombardements ont été atteintes dans la rue.

     Mais l‘édification de ce nouveau type d‘abris doit s'accompagner de la mise en place d‘affiches de grandes dimensions à chaque coin de rue pour indiquer leur emplacement afin d‘aiguiller les passants affolés par les vrombissements des Gothas. En parallèle, la presse locale publie des listes indiquant les numéros des abris ainsi que le nombre des personnes qu’ils peuvent contenir.

    NOMBREUX CHANTIERS DANS LA VILLE

     On remarque qu’entre Saint-Pierre et Calais, plus précisément entre la rue de l‘Hospice et le boulevard Richelieu, existe un vaste espace dépourvu de tout abri. Où la population présente aux alentours peut-elle se réfugier en cas d‘alerte ? On pense au pont Jacquard qui pourrait être doté de quelques pare-éclats.

     D‘autres quartiers sont aussi insuffisamment équipés. Une Commission municipale des abris est créée, incorporant notamment M. Vilain, architecte de la ville : elle planifie la construction de 75 abris pouvant contenir 120 personnes.

     

     A partir du début de l‘année 1918, on commence à creuser quinze abris souterrains avec la collaboration de soldats britanniques stationnés à Calais, l‘armée du roi George V mettant même ses travailleurs chinois à disposition. Cinq se situent dans Calais—nord (notamment boulevard International et place d‘Angleterre), dix dans Calais-sud (rue Mollien, rue Archimède, rue du Vauxhall, rue Van Grutten, place de la République...).

     Les chantiers prennent une allure inédite dans le paysage de la ville.

    DES USINES AMENAGENT LEURS PROPRES ABRIS

     Ainsi. sous les anciennes fortifications qui bordent le jardin Richelieu, on creuse une galerie d‘une longueur de 260 mètres ; l'intérieur de ce grand boyau, divisé en 14 compartiments bétonnés, est censé pouvoir accueillir plus de 2000 personnes qui y pénétreront via 17 entrées distantes chacune de 15 mètres, toutes protégées par des murs pare-éclats en béton d’un mètre d‘épaisseur.

     Pour évacuer les terres de déblai, un appareil doté d‘un tapis roulant est assujetti à l'une de ces entrées : il aide les ouvriers à effectuer leur travail mais gêne les riverains par la pollution sonore qu‘il génère.

     

     Dans les usines qui continuent de tourner la nuit, on est aussi très pré—occupé par la question des abris anti-bombardements. Il faut en effet sécuriser le personnel. Pas question d‘attendre que les travaux soient ordonnés par la municipalité. Les aciéries de France aménagent ainsi leur sous-sol pour pouvoir accueillir, entre des murs d’un mètre d’épaisseur, 100 à 120 personnes; deux autres caves, pouvant recevoir chacune une cinquantaine de travailleurs, y sont par ailleurs protégées par 8 mètres de maçonnerie !

    L’usine de Laire. non loin du pont de Coulogne, voit de son côté les choses en très grand. Elle fait bâtir à ses frais un vaste abri où 260 mobilisés employés à la fabrication des gaz de combat peuvent trouver refuge mais où peuvent aussi se tasser plus d'une centaine d’habitants du quartier. La question de la construction d‘abris bétonnés se pose d‘ailleurs pour les communes voisines de Calais qui sont aussi concernées par le largage des bombes allemandes. Mais que de travail en perspective !

    Dernier point, souligné par Emile Salembier : il est nécessaire de prendre des mesures pour protéger les habitations bombardées contre les vols qui s'y commettent. Des patrouilles internationales existent déjà, mais il conviendrait de les renforcer et de les envoyer sur place dès la fin des alertes. Vu le nombre de rôdeurs, certains conseillers municipaux demandent même à ce que ces patrouilles opèrent tous les jours,avant même la tombée de la nuit.

      MAGALI DOMAIN

    DES PROBLÈMES RÉCURRENTS DANS LES CAVES : LA MUNICIPALITÊ RESPONSABLE

     On lit dans le Phare de Calais : « Un certain nombre de réclamations ont été adressées au général gouverneur à Propos de l'utilisation des abris ; certaines personnes y apponeraient du mo ilier : lits, matelas, fauteuils trop vastes... ce qui causerait un encombrement tel que beaucoup de gens sont obligés de rester dehors. C'est par erreur que ces réclamations sont adressées à l‘autorité militaire.La police des abris, leur gardiennage etc. .. sont du ressort de la municipalité ».

     

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  • Belle capture pour les aviateurs français, un bombardier allemand ayant attaqué Calais est offert à la curiosité des Calaisiens fin janvier 1918.

    Un Gotha aux pieds des Six Bourgeois

    Le biplan allemand capturé suscite la curiosité des Calaisiens

    Pareil à une énorme bête blessée à mort, ressemblant à un cétacé, gît, place Richelieu, devant le jardin, à côté du monument des Bourgeois de Calais, un immense appareil de bombardement boche lit-on dans l‘édition du 28 janvier du Phare de Calais. Le spectacle attire les Calaisiens curieux de voir à quoi ressemblent ces Gothas qui arrosent la ville de bombes meurtrières.

    CAPTURE LORS D‘UNE NUIT DE RAID

    Pourquoi ce redoutable avion de guerre allemand se trouve-t—il ainsi au sol ? Après avoir survolé avec d‘autres Gothas la cité dans la nuit du 25 janvier pour y déverser sa cargaison de projectiles, l‘appareil, tout en étant la cible des tirs nourris de la D.C.A., a été pris en chasse par l‘escadrille de Nieuport n°313, du maréchal des logis Lesueur et du caporal Macquet; rattachée à la base des Baraques, elle patrouillait au même moment dans une zone proche de l‘endroit où se déroulait le raid. 

    Sous le clair de lune. la poursuite effrénée dure une vingtaine de minutes. Les Français parviennent enfin à descendre l‘un de leur adversaire : un Gotha est contraint d‘atterrir en catastrophe sur la plage de Zuydcoote. Un autre Gotha, atteint par plusieurs balles de mitrailleuse, disparaît dans l‘horizon marin.

    A bord du Gotha immobilisé sur le sable, un officier observateur âgé de 25 ans, un sergent—mitrailleur et un jeune pilote ; ces deux derniers soldats, espérant sans doute pouvoir incendier leur biplan pour qu’il ne tombe pas aux mains de l‘ennemi, s‘efforcent vainement d‘extirper de sa nacelle l'officier, qui a les deux jambes fracturées. Mais l'arrivée de soldats français les en empêche.

     

    L'Allemand blessé est dégagé et emmené au sanatorium pour y recevoir des soins. tandis que ses compagnons sont faits prisonniers.

    L‘avion représente Line belle prise. Tout juste sorti des ateliers de construction de Friedrichshafen, il appartient au camp de Gontrode près de Gand. ll effectuait son premier raid sur Calais, n'affichant que quelques heures de vol à son compteur. Les premières constatations montrent que ses réservoirs ont une capacité de 1500 litres d'essence et de 100 litres d‘huile, permettant une autonomie de vol de 6h30.

     Avec 26 mètres d'envergure, il peut voler à 5000 mètres d'altitude avec une vitesse de 140 km/h. Muni à l‘avant de deux moteurs de douze cylindres, l‘appareil est doté d’une belle puissance. Le train d‘atterrissage a quatre roues : deux en-dessous de chaque moteur. Les radiateurs sont à l‘avant.

     Cette formidable machine aérienne peut enlever 1200 kilos qui se répartissent entre le poids de l'équipage, l‘essence et l'huile, l’armement.

     L‘appareil peut emporter jusqu‘à douze bombes contenant une quinzaine de kilos d'explosifs et six torpilles capables de mettre à bas une maison à plusieurs étages. L'observateur, placé à l'avant de l‘avion, dispose d‘un appareil de visée très perfectionné et peut lâcher ses projectiles au moyen d‘un simple levier.

     Une carte est trouvée sur les aviateurs. Elle indiquait très exactement la route pour venir jusqu‘à Calais, ville où plus de 600 bombes et torpilles allemandes ont été lâchées depuis trois années de guerre. L‘armement défensif dont est équipé le Gotha comprend quatre mitrailleuses, une mobile à l'avant, deux jumelées à l‘arrière, et une autre pouvant tirer sous le fuselage. Elles sont démontées. Des munitions s‘élevant à 1200 cartouches sont retrouvées.

     EXHIBITION DU TROPHÉE

     Les Français sont fiers d‘exhiber leur trophée. Le Gotha est d‘abord exposé une journée place jean Bart, à Dunkerque, pour la plus grande joie de courageux habitants qui ont fait le choix de demeurer dans leur ville, soumise à des bombardements bien plus intenses encore que ceux subis par Calais. Mais cette fois, pas question d'oublier la cité des Six Bourgeois : l‘appareil allemand est donc ensuite conduit vers celle-ci.

     La population locale a ainsi tout le loisir d'observer pendant plusieurs jours le fuselage du Gotha, dominé par la silhouette du monument de Rodin, place Richelieu : camouflé en vert et noir, des disques blancs le recouvrent avec l'indication G°CV 930—16. Sur le gouvernail, resté intact. sont peintes deux croix de fer, deux autres se trouvant de chaque côté du fuselage près du numéro. Les ailes de la carlingue, au lieu d‘être en toile, sont recouvertes de minces lamelles de bois superposées les unes sur les autres. La carcasse porte les traces de balles de l‘avion de chasse français et aussi plusieurs avaries provenant d‘éclats d‘obus de la D.C.A.

     Chacun se réjouit devant le spectacle, tant le souhait est fort de « purger les airs empestés des haches malfaisants ». Mais les Calaisiens devraient penser à obscurcir complètement leur ville la nuit.

     Le pilote allemand déclare que les lumières de certaines usines calaisiennes constituent un repère...

     Même les projecteurs destinés à débusquer les Gothas leur viennent parfois en aide, en éclairant le beffroi.

                                                                                                                                                                               MAGALI DOMAIN

    Les aviateurs français récompensés

     Lors de sa séance du 28 janvier, le conseil municipal de Calais décerne à l’unanimité des félicitations à l‘escadrille française 313, dite « Les Chats » (commandant capitaine Lengevin) cantonnée aux Baraques. Il décide d'allouer la somme de 500 francs aux deux aviateurs qui ont abattu le Gotha exposé place Richelieu. Charles Morieux, le maire, adresse la somme au gouverneur Bitte, en le priant de bien vouloir la faire parvenir à ces deux vaillants défenseurs de l'a cité. Berquet, adjoint au maire, fait voter ce principe : la ville accordera désormais une somme équivalente à tous ceux qui abattront un « aéronef ennemi » dans le ciel de Calais.

     

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  • L'hôtel de Guise avait perdu de sa prestance

    CALAIS. Lorsque le duc de Guise chassa les Anglais de Calais en 1558, le roi de France Henri 11 lui offrit en récompense ce palais d’architecture ogivale, dit style Tudor, qui prit le nom d’Hôtel de Guise. Au fil des ans, le bâtiment perdait de sa prestance.

    Des particuliers en achetaient des portions qui servaient de logements. Seule la porte représentée sur de nombreuses cartes postales gardait fière allure. Sur celle ci—dessous, plus rare, l‘arrière de la porte montrait un tout autre visage. En 1917, lorsqu’une bombe allemande tombait dans la cour, le bâtiment était à l’abandon et squatté par une population de pauvres gens. De la cour intérieure, on voit la rue de Guise qui aboutissait place d’Armes. Il ne subsistait qu’une chandelle de pierre de la porte, frappée par les bombardements qui détruisaient l'église Notre—Dame en 1944. Bien que classée, elle était rasée. J.-P. P. (CLP)

    L'hôtel de Guise avait perdu de sa prestance

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  • Vingt-mille personnes dans l-industrie dentellière

    CALAIS. Depuis le milieu du XIXe siècle, Calais et toujours été synonyme d'industrie dentellière. On voit ici au début du XX“ siècle des métiers à dentelle et les ouvriers y travaillant, certains dès le plus jeune âge, dix heures par jour, six jours sur sept. Ces machines, pour certaines de plus de dix tonnes, pouvaient exécuter des modèles infiniment variés.

    Les jacquards, ces cartons perforés reliés et lacés qui tournaient, permettaient la sélection des fils exécutant ainsi les dessins les plus compliqués qui faisaient la renommée de la dentelle de Calais. Ci—dessous, cette carte postale éditée par Xavier Thiriat est plus ancienne. Il y indique une date phare 1839 : le début de la fabrication de la dentelle calaisienne.

    C’est grâce à l'adaptation en 1837 par Ferguson au métier Leavers de la mécanique inventée par Jacquard que cette production voyait le jour à Calais. !          J.—P. P. (CLP)

    Vingt-mille personnes dans l-industrie dentellière

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  • Le 16 octobre 1888, un pétrolier explosait au bassin-ouest

    CALAIS. Cette photo a été prise du phare un mois avant la catastrophe. Les ponts Henri-Hénon n’existaient pas et le bassin avait une longueur double. En haut, sur le quai de la deuxième darse, les deux cuves à pétrole de la maison Paul-Paix, où était entreposé le pétrole, sont visibles.

    En cette soirée du 16 octobre 1888,le pétrolier Ville—de-Calais transportant 2200 tonnes de brut était à quai. Ses cuves venaient d‘être vidées et la majeure partie de l’équipage avait quartier libre. Les gaz des cales stagnaient autour du navire.

    Une étincelle provoquait à 21 h une énorme explosion. Le pétrolier était en flamme. Le funeste bilan faisait état de trois—personnes décédées. La déflagration secouait tout le quartier. Les habitants crurent un temps à un tremblement de terre: vitres brisées, tuiles arrachées, vitrines des magasins à terre. Quant aux wagons sur les quais, ils furent défoncés. J.—P. P. (CLP)

    Le 16 octobre 1888, un pétrolier explosait au bassin-ouest

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