• Rodin et les Six Bourgeois

    Calais et les six Bourgeois… Calais, “cité des six Bourgeois”. 
    Le chef-d’œuvre de Rodin qui trône devant l’Hôtel de Ville est devenu le symbole de notre ville : qui pouvait imaginer que ce monument attendu pendant douze ans deviendrait si réputé ?

    Rodin et les Six Bourgeois

    1347 : après un siège de près d’un an mené par le Roi d’Angleterre, Edouard III, Calais cède et six bourgeois doivent apporter les clefs de la Cité qui devient anglaise pour plus de deux cents ans. Cinq siècles s’écoulent avant de penser ériger un monument rappelant cet épisode. La municipalité dirigée par Omer Dewavrin reprend l’idée de représenter les bourgeois. En effet, en 1884, Calais est prête à fusionner avec la commune voisine, Saint-Pierre, et le maire souhaite graver dans les mémoires le passé glorieux du

    “Vieux-Calais”. Le 24 septembre 1884, Dewavrin propose “d’élever un monument à Eustache de Saint-Pierre et ses compagnons, à l’aide d’une souscription nationale”.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Séduit par la demande

    Auguste Rodin est alors un artiste reconnu dans les expositions mais pas encore en province. P.A. Isaac, calaisien fréquentant les salons parisiens, ami du sculpteur, le recommande auprès du maire qui visite en octobre 1884 l’atelier parisien de Rodin au 182 rue de l’Université. Rodin est séduit par la demande et se lance dans la lecture des Chroniques de Froissart. 
    Dès lors, une correspondance abondante et passionnante lie Dewavrin et Rodin : au total cent cinquante-neuf lettres échangées entre 1884 et 1903. Rodin écrit le 3 novembre 1884 : «J’ai eu la chance de rencontrer une idée qui me plaît et dont l’exécution serait originale» ; six personnages reliés par une corde mais individualisés, représentés de façon dramatique. En quelques jours il modèle une esquisse en terre, moulée en plâtre puis en bronze et envoyée au Comité de souscription. Le 24 janvier 1885, Dewavrin répond que le comité, sans examiner les cinq autres propositions, décide de confier la réalisation du projet à Rodin pour 15 000 F. Le 26 juillet 1885, Rodin présente lui-même à Calais une nouvelle maquette en bronze dite au tiers : le Comité commence à douter des talents de Rodin. Le monument n’a pas une forme pyramidale et grandiose mais prend l’aspect d’un cube disgrâcieux. Rodin exprime la souffrance et la douleur avec des personnages accablés, perçus comme faibles : est-ce ainsi que l’on représente les héros de Calais ? 

    Mais Rodin ne renonce pas à ses conceptions : animé par la passion et malgré la faillite de la banque où se trouvait l’argent de la souscription, il continue de modeler les Bourgeois en dépit de l’opposition du Comité. 
    Rodin travaille dans plusieurs ateliers pour réaliser de façon indépendante les modèles de chacune des six statues du monument qu’il réunit ensuite :

    Rodin et les Six Bourgeois

    - Eustache de Saint-Pierre représenté avec une barbe pointue, les mains pendantes, accablé par le poids de la corde qui s’enroule autour de son cou ; un aspect qui était jugé navrant par le Comité. - Jean de Fiennes représenté dans une attitude d’acceptation du sort qui lui est réservé.
    - Pierre de Wissant caractérisé par le modelé mouvementé de la partie supérieure de la bouche mais aussi la torsion de sa silhouette : l’élan du bras et le rejet de la tête pathétiques.
    - Jacques de Wissant au profil accentué par un front chauve, des yeux creusés, un nez et un menton forts.

    - Jean d’Aire qui apporte les clefs de la ville.
    - Andrieus d’Andres qui fut la seule statue modelée habillée dès l’origine. 
    Rodin débute par l’étude du nu. Il modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains (Eustache de Saint-Pierre, Pierre et Jacques de Wissant), les pieds. Il ne s’appuie pas sur les règles de l’académisme ou des stéréotypes mais choisit une morphologie qui serait propre à la région d’origine des personnages.
    Ainsi, il demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d’Eustache de Saint-Pierre. Les têtes peuvent être travaillées grâce à des esquisses deux fois plus grandes que la statue finale afin d’obtenir des expressions plus marquées.  

    Rodin et les Six BourgeoisRodin modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains.

    Rodin et les Six BourgeoisIl demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d’Eustache de Saint-Pierre.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin et les Six BourgeoisRodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie.

    Chaque élément est d’abord esquissé, modelé à coups de pouce dans la terre crue puis cuite, suivent ensuite plusieurs épreuves en plâtre pour obtenir ensuite d’autres fontes en bronze. Les statues sont photographiées tout au long de leur élaboration (huit cents clichés ont été conservés) afin de permettre à Rodin de retravailler les détails, de modifier les postures. Il annote les photos, les transforme en croquis, reprend les musculatures.
    Rodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie qui lui permet également de réaliser des essais de mise en situation et en lumière.
    Rodin expose à plusieurs reprises l’ensemble du monument ou certains éléments seuls :
    - mai 1887 à la galerie Georges Petit, trois Bourgeois sont présentés
    - 1889 à la même galerie, le modèle complet en plâtre à l’occasion de l’exposition Monet-Rodin
    En 1889, les Six-Bourgeois sont achevés mais les difficultés financières persistent. En 1893, le Comité se reconstitue et des subventions sont accordées par l’Etat et le Conseil Général. Il ne reste qu’à couler le bronze, fabriquer un socle et choisir un emplacement : les oppositions surgissent. Alors que Rodin voyait son œuvre sur la Place d’Armes, Dewavrin choisit d’autorité l’entrée du jardin du front sud (à la place des anciennes fortifications, l’actuel jardin Richelieu). Le monument doit être placé sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu. Rodin avait essayé cette disposition dans les jardins de sa villa en plaçant les Bourgeois sur un socle en bois mais il avait aussi songé à faire sceller les personnages les uns derrière les autres à même le sol. 

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fêtes : les 1er, 2 et 3 juin 1895 en présence de Rodin et d’un ministre. A ce moment, l’œuvre dérange car n’est pas conventionnelle puis elle devient familière et même indispensable : Calais s’identifie à ce symbole mais lorsque la Première Guerre mondiale éclate, on attend l’année 1918 pour abriter le monument. En 1919, le monument est placé sur la Place d’Armes qu’il quitte pour revenir devant le Jardin pendant cinq ans avant d’être à nouveau installé Place d’Armes. Après un séjour dans les caves de l’hôtel de ville et en Seine-et-Marne pendant la Seconde Guerre mondiale, il occupe la Place du Soldat Inconnu à partir de 1945 et jusqu’à aujourd’hui hormis un séjour de plusieurs mois en 2001 à Rome pour restauration. Il existe aujourd’hui douze moulages des Six-Bourgeois, le dernier datant de 1995. Il sont exposés dans des musées, des jardins ou au siège d’une entreprise à Séoul.  

    Rodin et les Six Bourgeois

    En 1898 à Bruxelles, Rodin présente seulement les torses des Bourgeois en plâtre, drapés, sans bras, en deux rangs serrés, sur une estrade basse que les visiteurs dominent.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin avait essayé, dans les jardins de sa villa, de placer le monument sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu.

    Rodin et les Six Bourgeois

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fête, les 1er, 2 et 3 juin 1895 en présence de Rodin et d’un Ministre.

     

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