• Terrible "raid boche" à Calais

    Un déluge de bombes allemandes a touché Calais dans la nuit du 3 au 4 septembre 1917

    Terrible "raid boche" à Calais

     

    Les dégâts causés par le raid sont très importants ( Archives municipales de Calais, 43Fi265, tous droits réservés).

    Durant les premiers jours de septembre 1917, une vague de bombardements touche les villes de la Côte d'Opale et de l'arrière-pays: Boulogne, Saint—Omer et Dunkerque sont sévèrement touchées. Calais et le Calaisis ne font pas exception. La cité des Six Bourgeois connaît durant la nuit du 3 au 4 septembre 1917 un déluge de bombes qui, de par son intensité, contraste avec les raids précédemment essuyés. Les Gothas entrent une première fois en action vers 22 h le dimanche 2 septembre. Beaucoup de Calaisiens, terrorisés, reconnaissent le bruit caractéristique de leurs moteurs et vont se réfugier dans les caves mises à leur disposition. Mais les tirs de barrage de la D.C.A. s’avèrent efficaces pour repousser l’assaut. Empêchés de survoler la ville, les avions remettent au lendemain l'accomplissement de leur besogne.

     SIX HEURES DE BOMBARDEMENTS

     À partir de 21 h 19 le 3 septembre jusqu'à 2h50 du matin, de petits groupes d'avions ennemis se succèdent à intervalles de 15 minutes. La D.C.A. fait pleuvoir sa mitraille, cette fois en vain. Une centaine de bombes dont on repère l'impact sont lâchées sur de nombreux quartiers. Des torpilles explosives de 11 kilos atteignent le sol: avec leurs éclats rasant le sol, elles sont conçues pour occasionner un maximum de dégâts dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres. D'autres obus-torpilles pesant rien moins que 92 kilos sont également largués. Dotés d'un système d'ailettes, ils se révèlent peu au point: les artificiers en récupéreront une quarantaine non explosés après l’attaque. Il est clair en tout cas que les Allemands souhaitent causer des destructions massives. lls utilisent également des bombes incendiaires: des bâtiments prennent feu dans la ville, les flammes rougissant sinistrement le ciel nocturne. Pendant que les Gothas dominent Calais à 2600 mètres d'altitude, comment les habitants ont—ils traversé cette nuit de cauchemar? Durant six longues heures, ils vivent au rythme de terribles déflagrations en séries qui font des dizaines de blessés, six morts parmi les civils, neuf parmi les militaires. Pour ces derniers, on peut dire qu'ils ont d'abord été victimes de leur imprudence. Un long sifflement retentit dans l’air: c'est une torpille qui tombe du ciel. Elles s’enchaîneront pendant plusieurs heures. C’est un commissaire de police qui le raconte. Alors qu’il quitte son poste du boulevard Gambetta pour aller trouver refuge dans une cave à proximité, il entend les pas d’un groupe de soldats. Ce sont des chasseurs à pied cantonnés à Coquelles qui se dirigent vers la gare des fontinettes pour partir en permission. Un long sifflement retentit dans l’air: c'est une torpille qui choit non loin, sans avoir explosé.

    « Il faut vite vous mettre à l'abri ! » leur crie le commissaire. « On en a vu bien d'autres là-haut! » lui répondent, goguenards, les soldats. Et de continuer leur route en chantant. Quelques secondes plus tard, une autre torpille éclate, les projetant au sol. Sept soldats sont tués sur le coup, d’autres sont grièvement blessés. On ramassera après l’attaque leurs décorations jonchant le secteur. Un brigadier de police est blessé à son tour en voulant porter secours aux victimes. D’autres torpilles s'abattent boulevard Gambetta. L’une d'elles roule sur le sol, près de l’école maternelle, sans éclater. Courageusement, un gendarme belge se poste tout près: il monte la garde, baïonnette au canon, pour écarter les passants et les véhicules de l'engin, alors que le bombardement et les tirs de D.C.A. redoublent.

     LES VlCTIMES ONT ÉTÉ FAUCHÉES DANS LA RUE

     Deux soldats belges sont fauchés dans un autre quartier par des éclats d'obus. Du côté des civils, la plupart des victimes ont aussi été touchées alors qu'elles étaient dans la rue. Marcel Devrigny, 55 ans, marchand de nouveautés demeurant rue Notre-Dame, est traversé par les éclats d’une bombe tombée à une cinquantaine de mètres de lui; il se rendait sur les lieux d‘un incendie pour profiter du spectacle...

     Deux jeunes femmes demeurant au 18 et 19 rue des Prairies sont également terrassées à mort alors qu’elles étaient dans la rue, mais, elles, elles se dirigeaient vers une cave pour s'y terrer: Mme Dothée-Barsby (22 ans) mariée depuis seulement 8 mois, et Germaine Vicot (18 ans), originaire de Notre-Dame de Lorette près d'Arras et résidant depuis à peine trois mois à Calais où elle pensait être au calme. C'est probablement à l'une de ces deux jeunes femmes qu'appartenait le fragment de crâne — auquel étaient encore attachés de beaux cheveux soyeux — ramené par un officier de paix qui l‘a ramassé dans la rue. Pâle comme un mort, il dépose ce débris humain sur le bureau du commissariat central alors que l'attaque s'achève. Les deux malheureuses ont dû être complètement déchiquetées.

     LES BASSINS DU PORT VISÈS

     La rue Dolain, dans le quartier du Beau-Marais, compte trois tués: Elisabeth et Auguste Boutoille, âgés respectivement de 59 et 58 ans, et Auguste Démaret (43 ans). On ne compte plus les artères de la ville touchées: les rues Darnel, Copernic, Liévin—Delhaye, de Toul, d'Alger, de l’Hospice, du Beau-Marais, du Cosmorama, de Varsovie, le boulevard Victor—Hugo... On relève çà et là des blessés.

    Les bassins du port ont été particulièrement visés. Quatre bateliers blottis sous le pont Mollien ont reçu des éclats de shrapnels, une bélandre anglaise est coulée dans le bassin de la Batellerie. La gare centrale constituait une autre cible pour les Allemands: sévèrement arrosée d’explosifs, on y dénombre 5 employés blessés, des wagons détériorés. Mais, une nouvelle fois, ce sont des objectifs non stratégiques d'un point de vue militaire qui ont été largement impactés. L‘objectif de l’ennemi reste de décourager moralement son adversaire, en réduisant les capacités de l'arrière à « tenir » psychologiquement, et de hâter ainsi l’issue de la guerre en sa faveur. Les Calaisiens vont devoir encore faire preuve de ténacité dans les mois à venir. .MAGALI DOMAIN

    FOCUS

    Un quartier en proie à un énorme incendie

     Les bombes incendiaires larguées par les Allemands détruisent plusieurs immeubles à Calais. La maison d‘un commissionnaire en tulles est totalement carbonisée rue Charost. Le feu se ropage à trois magasins du boulevard La Fayette. Ils disparaissent dans les flammes malgré les efforts des pompiers alliés qui œuvrent sous la direction du capitaine Pilard, du capitaine Ledoux et du lieutenant Castel, aidés par des Calaisiens de bonne volonté pour le sauvetage des mobiliers et des marchandises. Mais on arrête un homme qui se livrait au pillage : il est déféré a police.

    « La foule pour assister au départ d'une course Calais-DouvresCinquante policiers municipaux veillaient sur les Calaisiens »
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