• Un Gotha aux pieds des Six Bourgeois

    Belle capture pour les aviateurs français, un bombardier allemand ayant attaqué Calais est offert à la curiosité des Calaisiens fin janvier 1918.

    Un Gotha aux pieds des Six Bourgeois

    Le biplan allemand capturé suscite la curiosité des Calaisiens

    Pareil à une énorme bête blessée à mort, ressemblant à un cétacé, gît, place Richelieu, devant le jardin, à côté du monument des Bourgeois de Calais, un immense appareil de bombardement boche lit-on dans l‘édition du 28 janvier du Phare de Calais. Le spectacle attire les Calaisiens curieux de voir à quoi ressemblent ces Gothas qui arrosent la ville de bombes meurtrières.

    CAPTURE LORS D‘UNE NUIT DE RAID

    Pourquoi ce redoutable avion de guerre allemand se trouve-t—il ainsi au sol ? Après avoir survolé avec d‘autres Gothas la cité dans la nuit du 25 janvier pour y déverser sa cargaison de projectiles, l‘appareil, tout en étant la cible des tirs nourris de la D.C.A., a été pris en chasse par l‘escadrille de Nieuport n°313, du maréchal des logis Lesueur et du caporal Macquet; rattachée à la base des Baraques, elle patrouillait au même moment dans une zone proche de l‘endroit où se déroulait le raid. 

    Sous le clair de lune. la poursuite effrénée dure une vingtaine de minutes. Les Français parviennent enfin à descendre l‘un de leur adversaire : un Gotha est contraint d‘atterrir en catastrophe sur la plage de Zuydcoote. Un autre Gotha, atteint par plusieurs balles de mitrailleuse, disparaît dans l‘horizon marin.

    A bord du Gotha immobilisé sur le sable, un officier observateur âgé de 25 ans, un sergent—mitrailleur et un jeune pilote ; ces deux derniers soldats, espérant sans doute pouvoir incendier leur biplan pour qu’il ne tombe pas aux mains de l‘ennemi, s‘efforcent vainement d‘extirper de sa nacelle l'officier, qui a les deux jambes fracturées. Mais l'arrivée de soldats français les en empêche.

     

    L'Allemand blessé est dégagé et emmené au sanatorium pour y recevoir des soins. tandis que ses compagnons sont faits prisonniers.

    L‘avion représente Line belle prise. Tout juste sorti des ateliers de construction de Friedrichshafen, il appartient au camp de Gontrode près de Gand. ll effectuait son premier raid sur Calais, n'affichant que quelques heures de vol à son compteur. Les premières constatations montrent que ses réservoirs ont une capacité de 1500 litres d'essence et de 100 litres d‘huile, permettant une autonomie de vol de 6h30.

     Avec 26 mètres d'envergure, il peut voler à 5000 mètres d'altitude avec une vitesse de 140 km/h. Muni à l‘avant de deux moteurs de douze cylindres, l‘appareil est doté d’une belle puissance. Le train d‘atterrissage a quatre roues : deux en-dessous de chaque moteur. Les radiateurs sont à l‘avant.

     Cette formidable machine aérienne peut enlever 1200 kilos qui se répartissent entre le poids de l'équipage, l‘essence et l'huile, l’armement.

     L‘appareil peut emporter jusqu‘à douze bombes contenant une quinzaine de kilos d'explosifs et six torpilles capables de mettre à bas une maison à plusieurs étages. L'observateur, placé à l'avant de l‘avion, dispose d‘un appareil de visée très perfectionné et peut lâcher ses projectiles au moyen d‘un simple levier.

     Une carte est trouvée sur les aviateurs. Elle indiquait très exactement la route pour venir jusqu‘à Calais, ville où plus de 600 bombes et torpilles allemandes ont été lâchées depuis trois années de guerre. L‘armement défensif dont est équipé le Gotha comprend quatre mitrailleuses, une mobile à l'avant, deux jumelées à l‘arrière, et une autre pouvant tirer sous le fuselage. Elles sont démontées. Des munitions s‘élevant à 1200 cartouches sont retrouvées.

     EXHIBITION DU TROPHÉE

     Les Français sont fiers d‘exhiber leur trophée. Le Gotha est d‘abord exposé une journée place jean Bart, à Dunkerque, pour la plus grande joie de courageux habitants qui ont fait le choix de demeurer dans leur ville, soumise à des bombardements bien plus intenses encore que ceux subis par Calais. Mais cette fois, pas question d'oublier la cité des Six Bourgeois : l‘appareil allemand est donc ensuite conduit vers celle-ci.

     La population locale a ainsi tout le loisir d'observer pendant plusieurs jours le fuselage du Gotha, dominé par la silhouette du monument de Rodin, place Richelieu : camouflé en vert et noir, des disques blancs le recouvrent avec l'indication G°CV 930—16. Sur le gouvernail, resté intact. sont peintes deux croix de fer, deux autres se trouvant de chaque côté du fuselage près du numéro. Les ailes de la carlingue, au lieu d‘être en toile, sont recouvertes de minces lamelles de bois superposées les unes sur les autres. La carcasse porte les traces de balles de l‘avion de chasse français et aussi plusieurs avaries provenant d‘éclats d‘obus de la D.C.A.

     Chacun se réjouit devant le spectacle, tant le souhait est fort de « purger les airs empestés des haches malfaisants ». Mais les Calaisiens devraient penser à obscurcir complètement leur ville la nuit.

     Le pilote allemand déclare que les lumières de certaines usines calaisiennes constituent un repère...

     Même les projecteurs destinés à débusquer les Gothas leur viennent parfois en aide, en éclairant le beffroi.

                                                                                                                                                                               MAGALI DOMAIN

    Les aviateurs français récompensés

     Lors de sa séance du 28 janvier, le conseil municipal de Calais décerne à l’unanimité des félicitations à l‘escadrille française 313, dite « Les Chats » (commandant capitaine Lengevin) cantonnée aux Baraques. Il décide d'allouer la somme de 500 francs aux deux aviateurs qui ont abattu le Gotha exposé place Richelieu. Charles Morieux, le maire, adresse la somme au gouverneur Bitte, en le priant de bien vouloir la faire parvenir à ces deux vaillants défenseurs de l'a cité. Berquet, adjoint au maire, fait voter ce principe : la ville accordera désormais une somme équivalente à tous ceux qui abattront un « aéronef ennemi » dans le ciel de Calais.

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 8 Mai 2018 à 10:07

    Bravo pour votre blog.

    Ayant habité Calais pendant 4 ans  quand j'étais contrôleur aérien j'ai un faible pour l'histoire de cette ville et en particulier pour tous les sujets aéronautiques locaux que vous traitez.

     

    Cordialemenent

    Xavier

    2
    Mardi 8 Mai 2018 à 18:33

    Bonjour merci pour vos commentaires, cordialement

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