• Un parcours un peu technique

    La mutation de l’appareil productif à Calais 

    Il faut avoir à l’esprit que les grandes entreprises calaisiennes appartiennent pour la plupart aujourd’hui à des groupes multinationaux3 : Desseilles (Dentelles Calaisiennes) appartenait au groupe Courtaulds jusqu’en 2001. Les filiations sont, par exemple, les Broderies Deschamps à Lyon, ou Galler Iberica en Espagne. Brunet (Lace Clipping) appartient au groupe Sherwood. Noyon, entreprise familiale, possède des établissements en Angleterre, à Caudry, et est actionnaire dans de nombreux établissements sur Calais comme Bellier, Darquer... Bref, se côtoient à Calais des entreprises à structures familiales à côté de groupes multinationaux. De ceci découlent des stratégies prospectives bien différentes. À l’opposé, nous trouvons des micro-entreprises qui côtoient les plus grandes sans pour autant rivaliser. Les économistes diront qu’elles se positionnent sur d’autres niches. La phrase, « on ne joue pas dans la même cour », prononcée par un petit fabricant montre bien qu’il en est conscient. Par exemple, cinq personnes étaient employées aux établissements Arthur Giniaux, dont une wheeleuse [1], un remonteur, deux tullistes, une raccommodeuse, et Madame Giniaux qui assurait à elle seule les fonctions de wappage [4-5], d’extirpage, d’ourdissage, de raccommodage, de suivi des clients, dans cette maison fondée en 1920. À l’autre bout, les établissements Desseilles comptent 400 salariés répartis sur cinq sites. L’entreprise est dirigée à distance par un conseil d’administration. Quelles cultures d’entreprises rencontrons-nous lorsque des groupes s’installent, ou s’infiltrent, avec dans leurs bagages, les méthodes importées du prêt à penser commercial ? Il est normal de rencontrer des noyaux de résistance dans les ateliers Leavers. Pour le Raschel, il en est autrement de la production et du recrutement des employés. Le Leavers est basé sur une tradition technique qui se transmet essentiellement de père en fils, alors que le Raschel emploie une main d’œuvre peu qualifiée, recrutée en dehors des frontières du Leavers afin de mieux maîtriser les questions 

    3 La logique même du groupe nécessite de rapides remaniements. De cela découlent des changements brusques accompagnés de mouvements sociaux. Il s’agir de l’état des entreprises en mars 2000.

    d’achoppement entre les deux catégories, qui d’ailleurs relèvent de conventions collectives différentes. Dans un même ordre d’idée, il se côtoie à Calais des entreprises dernier cri installées dans des bâtiments neufs (Houlé, Dentelles Calaisiennes, Brunet) avec des établissements fonctionnant sur le même principe depuis 1920 (Critanex, Giniaux, Wissocq). Entre ces deux extrêmes, nous trouvons des entreprises aux méthodes de travail « traditionnelles » (Peeters & Perrin, Couvreur, Aubert). Ici, le terme traditionnel sert à signifier un état permanent, même s’il a évolué. D’après quelques observations, la concentration d’entreprises (Desseilles, Dentelles Calaisiennes) a permis de réaliser une économie d’échelle au prix d’une restructuration des potentialités du parc machine, des méthodes de production et des habitudes des hommes, parallèlement à l’introduction d’évolutions techniques comme la lubrification à l’Opalon depuis le début des années 1990. L’Opalon® nécessite de s’abstenir de fumer et de se laver les mains. Il sert à remplacer le graphite que l’ouvrier saupoudre à l’aide d’une poudrette [40]. Au contact de la chaleur, les poussières de Teflon® contenu dans l’Opalon® dégagent un gaz fluoré nocif. En revanche, la dentelle reste blanche. Paradoxalement, la dentelle Leavers est traditionnellement produite dans des conditions de saleté liées au graphite et aux poussières. Elle est appelée « dentelle sale » [6] par opposition à la « dentelle propre » une fois blanchie. Longtemps, cela n’a pas empêché les tullistes de fumer, même si cela est interdit. Reste que rien ne semble valoir le graphite. Et certaines entreprises repassent leurs métiers à la mine de plomb, car ce lubrifiant reste techniquement — mais aussi culturellement — mieux adapté à la lubrification des pièces en frottement du métier Leavers. La machine ne supporterait-elle aucune évolution, ou est-ce l’homme qui se trouve derrière ? 

     La façon de faire du Leavers 

    Pour une question de visibilité, la chaîne opératoire Leavers peut être divisée en trois phases. Chacune d’elles est effectuée dans des bâtiments différents et tend de plus en plus à être séparée pour des raisons économiques. Nous trouvons d’abord la création, qui regroupe toutes les étapes qui vont de l’idée à sa transcription techniquement réalisable. Puis la production, qui occupe la plus grande partie de la masse salariale et féminine. Enfin la vente, pôle longtemps séparé, mais qui a aujourd’hui intégré l’entreprise. 

     La création 

    La phase de la création comprend originairement l’esquisse, la mise en cartes et les étapes de pointage, perçage et laçage des cartons. A ces cinq étapes viennent s’ajouter aujourd’hui, celles de l’infographie, qui se situe après l’esquisse, et le stylisme, dont la fonction est tantôt de donner les tendances de la mode, tantôt de définir un programme de marketing en relation avec le service commercial, la direction et les mouliniers (comme dans la recherche de nouvelles matières). Le pôle de la création est en pleine évolution, voire restructuration. Depuis quelques années, les entreprises ont recours au soutien de l’Ecole d’Art de Calais, qui par le biais d’un centre de formation assure la formation des nouveaux esquisseurs. La réalisation d’une esquisse demande une sensibilité artistique, ainsi qu’une capacité à capturer l’air du temps. La mise en cartes fait appel à des connaissances techniques qui évoluent avec le temps, sachant que les matières évoluent, que la productivité augmente, et que le rendement a une influence sur cette étape qui a grandement évolué depuis une trentaine d’années. Cette opération consiste à traiter techniquement l’idée que l’esquisseur a jetée sur une feuille de papier calque de manière à pouvoir réaliser le dessin en textile. Un nombre impressionnant de contraintes viennent se greffer au motif qui demande au metteur en cartes une grande logique et un esprit mathématique. Le pointage, activité féminine, est également en pleine mutation. L’informatisation des étapes en amont tend vers la disparition de cette étape. Auparavant, la pointeuse marquait à la plume la position de chaque barre. Il s’agit d’une étape intermédiaire : la pointeuse est une sorte de tâcheron subordonné au metteur en cartes. Avec l’expérience, certaines pointeuses corrigeaient d’instinct les erreurs du metteur en cartes. Qui de l’esquisseur ou du metteur en cartes tient le rôle déterminant ? Il semble qu’une coupure se soit opérée chez les esquisseurs aux alentours de 1930 jusqu'à l’après Seconde Guerre mondiale. Ceci pour la raison que des esquisseurs comme Henri Ball-Carrier, qui travaillaient dans les années 1920, cessent progressivement leur activité après la crise de 1929. La génération suivante arrive après la Seconde Guerre mondiale et même après 1950, lorsque l’industrie dentellière passe à une activité vraiment industrielle, et a besoin d’esquisseurs. À cette époque, les esquisseurs sont encore publics, au nombre de quatre. Il y a au même moment 14 dessinateurs publics. Proposons l’hypothèse que les besoins, en termes de nouveautés, étaient relativement modestes dans une industrie qui comptait 152 fabricants. En outre, on peut penser que les grandes entreprises possédaient leurs dessinateurs et leurs esquisseurs. La moyenne des métiers par entreprises est en 1945 de 10,09 δ = 9,79. Cela signifie que 70% des entreprises possédaient entre 1 et 19 métiers. Le type de production et son renouvellement en sont directement déterminés. Cela signifie que la plupart des entreprises ne pouvaient se permettre de changer trop souvent leurs dessins, étant donné que cela pouvait immobiliser un métier durant près d’un mois. Avec une majorité de petites entreprises, l’esquisse et la mise en cartes étaient encore en 1950 le monopole du secteur public4. Ceci doit être mis en rapport avec le type de production de l’époque, qui se cantonne majoritairement à la Valenciennes (métiers à barres indépendantes) en petites largeurs. Les esquisseurs créent surtout pour la robe, apanage de Caudry. Aujourd’hui, l’inflation du nombre d’esquisseurs dans les entreprises ne correspond pas à un besoin réel d’esquisses, mais plutôt à une lutte symbolique de la quantité ou du potentiel. Le pôle création a été renforcé à partir des années 1985 pour l’ensemble des établissements. Cela s’est produit au moment où la production est devenue, avec le Jacquardtronic, une production de masse et où la lingerie-corseterie a fait volte-face pour rattraper le créneau de la mode. Il faut toujours avoir à l’esprit que la dentelle en couleur, comme les effets de matières, tels le modal ou les microfibres, arrivent avec les années 1990. Auparavant, la dentelle est produite essentiellement en noir, en blanc, en couleur chair, et layette (rose en bleue). Auparavant, et jusque dans les années 1970, il existait quelques établissements de dessinateurs publics. Ces entreprises employaient à leur tour des techniciens rôdés à la complexité à force de travailler pour l’ensemble des fabricants de la place mais également pour d’autres pays comme l’Italie, la Grèce ou le Mexique. Quelques moments exceptionnels restent encore dans les mémoires anciennes. C’est le cas de ce récit assez particulier qui fait bien figure d’exception. « À ce moment-là, raconte cet ancien dessinateur, c’était Monsieur Vermeulen le président de la Chambre de Commerce qui était chez Sénicourt, raconte un dessinateur en retraite. Une fois, il s’amène et il dit : Monsieur Nicolet, voilà ce qui se passe. Alors il y avait le particulier. Ils entrent dans le particulier et 

    4 Il ne s’agit pas des fonctionnaires, mais des entreprises privées ayant pignon sur rue, dénommées par « esquisseur public », « dessinateur public ».

    il dit : « ça c’est top secret. C’est une robe de mariée, c’est une exclusivité pour une princesse qui va se marier. Mais il faut que se soit fini à telle date. Et une fois la robe terminée, on détruit tout : on détruit les cartes, on détruit les barèmes, on détruit les cartons, terminé ». Il lui dit : « A qui on va confier ça ? » On va confier ça à André. Ça faisait un carte, il y avait trois mille cartons. Quand il l’on fait sur le métier, ils ont dû rajouter des chemins de fer supplémentaires pour mettre les cartes. Les cartons n’ont passé qu’une fois. On travaillait de 8 heures du matin jusqu’à midi, et de 2 heures à 6 heures et demie. Puis, quand on avait fini, on avait le droit de prendre son petit rouleau. On prenait ça sous le bras et on travaillait à sa maison. Alors quand j’ai fait ça, rigolez pas, j’ai dû m’allonger sur le carrelage par terre tellement c’était grand. Il n’y avait pas de table assez grande. » C’était en 1959, raconte la femme de ce dessinateur. « Je sais que les enfants, naturellement pour telle heure, il fallait qu’ils soient couchés, et puis que j’avais tout refait le nettoyage du carrelage pour dire que se soit bien sec quand t’aurais rentré ». « Et alors quand le dessin a sorti, une journée au métier, voyez le travail, passer un petit bout à la fois, une petite faute là, là un petit trou, là une faute dans les cartons. Ça faisait ce qu’on appelle une fusée. Là, il y a une fusée. Alors on détournait un petit bout les cartons à la main. Une journée entière là-dessus. Quand j’ai fini, Monsieur Vermeulen s’amène et dit : « Alors, c’est fini ce coup-là ? ». « Ben ouais, Monsieur Vermeulen, pour moi c’est bon ». Alors il dit : « Minute, c’est bon, c’est bon ». Il appelle Nicolet qui s’amène et qui dit : « C’est bien André, vous avez bien travaillé, mais il faut passer les trois mille cartons. » Alors quand on a eu passé tout le truc, le tulliste a passé un fil à travers pour marquer l’endroit où que c’était bon, et puis il a coupé le haut, et hop ! Il a fait son dessin, la longueur qu’il devait faire. Quand il a eu fini, il a coupé. Alors les barèmes, les dessins, les cartons, tout a été brûlé. » 

    La production 

    La dépression économique qui suit les grèves de 1968 (DétantDelpace ferme en octobre 1968), où l’on passe de 5000 à 2000 employés de 1968 à 1974 montre tout de même l’importance de cette industrie au niveau quantitatif. Or, si le nombre, toute proportion gardée, d’employés dans le secteur de la création va en croissant, celui les ouvriers décroît depuis 1950. Cette évolution peut être mesurée à l’aide des annuaires Ravet-Anceau en travaillant sur des cycles décennaux depuis 1950. Trois grands types de professions se retrouvent : les dessinateurs et esquisseurs ; les commissionnaires et négociants ; les fabricants de dentelles et de tulles. 

    D’abord, les dessinateurs et esquisseurs sont au nombre de dix-huit en 1950, mais passent à 4 en 1980. Une chute de 77% qui correspond à la diminution des dessinateurs et esquisseurs publics au profit de leur intégration dans les entreprises. Ceci est à mettre en rapport avec l’évolution du type de production, qui passe de la petite bande Valenciennes au galon pour la corseterie, la laize pour la corseterie étant progressivement abandonnée au profit du galon, poussée, selon toute vraisemblance, par l’accroissement de la production en secteur Raschel. Ensuite, les commissionnaires et négociants sont cinquante-sept en 1950, cinquante et un en 1960, puis ce nombre descend à trente-neuf en 1971 pour passer à quatre en 1980. Là aussi, cette profession a subi une évolution vers la baisse qui correspond à l’intégration des secteurs commerciaux à l’intérieur des entreprises. Enfin, les fabricants de tulles et dentelles, au nombre de 152 en 1950, passent à 135 en 1960, puis à 105 en 1971 pour arriver à 48 en 1980. À la fin de l’année 1958, des grèves dans la dentelle empêchaient l’emploi de nouveaux tullistes sorties de l’école. Cherchant d’autres débouchés, un d’entre eux est devenu coloriste. Le nombre des entreprises a chuté de 68% sur trente ans. Cela a débuté au cours de la décennie des années 1960. Les observateurs les plus pessimistes affirment que la dentelle de Calais ne se fera bientôt plus qu’au musée [27]. Durant le période de 1953 à 2001, le nombre de salarié est passé de plus de 7000 à 2000, soit une perte de plus des trois quart des salariés. 

    La vente 

    Tel le vieux débat entre la poule et l’œuf, l’histoire de savoir qui du créateur ou du commissionnaire a émergé le premier relève plus d’un mythe que d’une réalité. Nous l’avons cerné, l’artisan des premiers moments s’occupe de toute la partie technique (création, production, finitions) alors que le commissionnaire traite les affaires. Cette division des tâches entre le technique et le commercial, entre le proche et le lointain, ne favorise pas l’élan d’innovation nécessaire dans tout système de production. Encore aujourd’hui, il y a un véritable clivage entre ces deux secteurs, telle une frontière entre tradition et modernité.  Il faut rapprocher le domaine du monde des commissionnaires et du principe traditionnel du commerce à Calais. La grande quantité d’entreprises de petite taille n’a jamais été favorable à un développement du commerce de l’intérieur des entreprises. Celles-ci ont d’abord été des producteurs de dentelle, mais pas des vendeurs. Il y a toujours eu distinction et division entre le producteur, qui est fabricant et possède des métiers, et le commissionnaire, qui travaille pour un acheteur. L’acheteur – grand négociant ou confectionneur – se rend à Calais pour visiter les entreprises, mais contracte avec le commissionnaire. Ce dernier assure le suivi de la production et la livraison. Cela tient au fait que la matière première issue des entreprises de dentelle est utilisée par des entreprises ne résidant pas à proximité. On sait que cette matière est exportée entre 60 et 80% selon l’époque. Et même si jusque dans les années 1975 l’on trouve un certain nombre d’entreprises de confection à Calais, cellesci n’absorbent qu’une faible quantité de la production totale. Ce qui renvoie à la question de l’aval et plus largement des débouchés de cette matière. Étant un produit de luxe, les débouchés qu’offre la dentelle n’ont rien à voir avec son lieu géographique de production. Étant un produit de luxe, c’est-à-dire, cher à la vente, mais également cher à la fabrication, son lieu de production dépend de critères sociaux tels qu’une main d’œuvre à bon marché, peu revendicative et docile. C’est ainsi que plusieurs générations d’ouvriers ont baigné dans la culture du travail et le respect du patron pour forger une ville centrée autour d’une mono-industrie. Une part importante de la production est toujours exportée, soit en Russie de la fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXe, soit en Amérique, et même maintenant à travers le monde. L’histoire des commissionnaires peut débuter avec un personnage célèbre, Léon Blum, dont le père était négociant-commissionnaire dans le marais à Paris. Durant son enfance, Léon Blum est allé souvent passer ses vacances à Calais5. C’est ainsi qu’il aurait intercédé en faveur des tullistes, en 1936, lors des exportations vers l’Amérique des métiers Leavers, à la Chambre des députés. Mais c’est également par le récit d’un ancien commissionnaire que cette évasion nous est permise. « La première fois, c’est un petit peu une expérience. C’est peut-être les fois suivantes où j’ai dû ajuster. Le problème dans la dentelle, et dans quelques pays que se soit, et que ce soit de la dentelle lingerie ou pour la robe, c’est que l’on se retrouvait en concurrence avec d’autres commissionnaires qui avaient les mêmes produits. Je me souviens très bien avoir été en NouvelleZélande avec la collection de Jean Bracq. J’étais parti un mois et demi à la demande d’un groupement d’intérêt économique sur Caudry. Une fois en Nouvelle-Zélande, j’ai recruté un agent avec lequel je suis allé chez des clients. On est allé chez un client et j’ai sorti la collection de Jean Bracq. Ça l’intéressait, et je voyais que ça l’intéressait. Je lui ai donné les prix. Et le type 

    5 Léon Blum, biographie, Flamamrion, 2000 (référence à ajouter). 

    rigolait, et puis il a sorti les mêmes échantillons qui venaient de chez Desseilles avec des prix meilleurs marchés que les miens. C’était un problème que l’on rencontrait parce que les fabricants étaient incapables d’avoir une politique de vente. » Paradoxalement, il est surprenant de constater combien Calais est repliée sur elle-même alors que son industrie a constamment visé l’ailleurs. C’est que cette ville a depuis toujours été bercée par le secret entre entrepreneurs et la discorde qui suivait immanquablement la découverte d’une contrefaçon. En 1947, la ville comptait 167 fabricants. En 1974, plus de 80% des entreprises ont sombré.

    « Des souris et des hommesNaissance d'une technique »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


snow