• La voie ferrée traversait la rue des Fontinettes

    La carte postale de la gare des Fontinettes  peut être datée grâce au programme de la Société des courses, affiché sur le kiosque du bureau de l’octroi. Elle annonçait une réunion épique le 23 juin 1907. Les trains traversaient alors l’extrémité de la rue des Fontinettes barrée par un passage à niveau. La fermeture des barrières coulissantes s’éternisait car les trains stationnaient devant la petite gare. Une passerelle à l’usage des piétons enjambait donc la rue. L’entrée seul de la rue des Fontinettes et le café à l’angle sont les seuls points de repère plus de cent ans après. Le 9 mai 1944, la gare recevait son lot de bombes. Un raid de forteresses américaines fera 36 victimes. Voies ferrées et maisons seront touchées. Une nouvelle gare sera construite, ainsi qu’une rampe permettent aux véhicules de passer au-dessus des voies. J-.P.P. (CLP)

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  • Le pont de Saint-Pierre

    Plus de cent années séparent ces deux photos. Le pont construit en 1855 se révéla trop étroit. La construction d’un nouveau pont fut donc décidée sous le majorat d’Alfred Delcluze. Le pont de Saint-Pierre actuel, inauguré en 1899, est toujours le même. Après la Seconde Guerre se posa la question de son élargissement. Cela nécessitait des expropriations et de très gros travaux. Le projet ne se réalisa pas. A droite, se trouvait un magasin incontournable, l’alimentation Muchery, spécialisée dans la vente de vins spiritueux. Le commerce perdurera après la guerre puis rénové, deviendra un établissement financier. A gauche, sur l’angle du quai Gustave Lamarle, les maisons vétustes ont été rasées récemment pour laisser place à un espace vert. J-.P.P. (CLP)

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  • La plus vieille maison de Saint de Pierre

    Voici, vers 1910, l’amorce du boulevard de l’Egalité et le pont de Saint-Pierre. Sur la gauche, au n°2 à l’entrée du boulevard et à l’angle du quai Lucien Lheureux, cette maison, le Lion d’Or, était considérée comme la plus vieille maison de Saint-Pierre. Elle datait de la fin du 17ème siècle. Dans les années 20, s’y trouvait un bazar et dans les années 1930, un garage. Elle abrita un poste de la « défense passive » pendant la Seconde guerre mondiale puis en 1943, les bureaux de l’octroi. Une friterie s’y adossera ensuite et la maison démolie en 1980 laissait place en 1996 à un immeuble résidentiel de cinq étages. Au n° 4, après guerre, Mr Vincent tenait un magasin de machines à laver ACEM. En face, au n°1, les petites maisons deviendront en 1917 la boucherie municipale et l’épicerie de la coopérative socialiste. J-.P.P. (CLP)

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  • Les chalets de Blériot

    Le cachet de la poste indique le 2 août 1935 au dos de cette carte postale ayant pour légende « Les baraques plage près de Calais-Un groupe de chalets ». Les chalets étaient moins nombreux qu’à Calais, une trentaine sur une seule rangée, construit sur le même style que leurs homologues calaisiens. Ils dataient du début du 20ème siècle et seront tous détruits durant la seconde guerre mondiale. Ils étaient confortables, pittoresque avec leur toit à double pentes. Au début des années 1950, de nouveaux chalets étaient construits, sur une puis deux rangées. Ici pas de normes comme à Calais et certains seront très grands à l’image de ceux de Sangatte. A partir des années 1980, la rangée face à la mer se clairsemait, subissant l’assaut des fortes marées, et aussi les dégradations hivernales des vandales. J-.P.P. (CLP)

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  • A la mi-octobre 1914, le maire doit rassurer les commerçants de la cité des Six Bourgeois hésitant à se faire payer en billets de banque ou en monnaie de nickel belges.

    Janvier 1915 : la présence de milliers de Belges change la vie à Calais

    Réfugiés belges embarquant sur un paquebot à la Gare Maritime (Archives municipales 43Fi45).

    L a Banque de France acceptera de leur faire l’échange au pair, sans aucune difficulté, de toute la monnaie belge reçue en paiement de marchandises ». De plus, « la Banque de France se tient à la disposition des personnes de passage à Calais qui désireraient échanger leur monnaie belge contre de la monnaie française ». 

    Des bâtiments entiers sont réquisitionnés pour accueillir les militaires en provenance de Belgique qui doivent organiser leur séjour tout en restant sur le pied de guerre. C’est ainsi que le Grand Théâtre est mis à la disposition du Quartier Général belge. Plusieurs soldats y sont solennellement jugés en Conseil de Guerre. Rappelons que les communes aux alentours de Calais ainsi que Dunkerque et sa région sont également concernées par l’accueil d’une grande partie de l’armée belge qui a dû se replier face à l’avancée allemande.

    Au départ, les choses se font forcément dans l’urgence. On met par exemple en dépôt des dizaines de locomotives belges à Calais afin d’éviter que l’ennemi ne s’en empare. Mais les machines, laissées sans surveillance sur les voies de triage de la Gare Maritime et des Baraques, deviennent le terrain de jeu de gamins imprudents, risquant de se blesser - mais surtout, craint-on à l’époque, d’endommager le matériel ! « Sans compter, lit-on dans le Phare de Calais, « que les cuivres et les parties métalliques démontables pourraient bien prendre quelque jour le chemin du brocanteur ». 

     

    Vols et recels

    Les services de l’intendance belge s’implantent dans les hangars Paul Devot. D’autres magasins belges s’installent soit à bord des navires, soit dans les locaux de la Chambre de Commerce ou des gares. Les marchandises ainsi entreposées sont très vite « mises en coupe réglée par des civils et militaires » comme le dénonce la presse locale qui rapporte des «vols importants de chemises, boîtes de sardines, sacs de café, brownings, munitions »aboutissant à l’arrestation de dix individus en décembre 1914. Parmi eux, un couple d’aubergistes calaisiens de la rue du Roule, faisant office de receleurs.

    C’est ce couple qui a mis la police sur la piste, car, pour tirer un profit immédiat des vols, il avait laissé en dépôt des lots de chemises dans différents magasins de Calais, afin de faciliter leur vente rapide. Le procès en correctionnelle a lieu début janvier 1915. Dans sa plaidoirie, l’avocat des aubergistes explique qu’ils ont « accompli des prodiges de dévouement pour les réfugiés et qu’ils avaient même adopté puis élevé deux petits Français qui combattent aujourd’hui les Allemands ». L’homme écope de 40 jours de prison ferme, sa femme de la même peine avec sursis. Quant à leurs complices, ce sont des soldats belges qui se voient infliger des peines allant jusqu’à 8 mois d’incarcération.

    Des larcins se multiplient et sont rapportés dans la presse. Le 18 janvier 1915, un soldat au parc automobile belge prénommé Prosper et âgé de 34 ans, venu à vélo à la Chambre de Commerce, porte plainte au commissariat place d’Armes car il s’est fait voler sa bicyclette. Le lendemain, un gendarme belge surprend dans un wagon stationné dans la zone portuaire le jeune Achille, 18 ans, habitant au Fort-Nieulay, en train de dérober un pain de munition. Procès-verbal pour tentative de vol est dressé. On dénonce des adolescents subtilisant des journaux dans les boîtes que la municipalité a fait placer aux principaux carrefours pour recueillir les publications dont les Calaisiens n’ont plus usage, afin de les remettre normalement aux soldats soignés dans les nombreux hôpitaux de la ville.

     

    Esprit de solidarité

    Mais l’esprit de solidarité prévaut toujours. Au cours du mois de janvier 1915, le Petit Calaisien se fait l’écho de collectes régulières destinées à réunir de l’argent pour aider précisément tous ces blessés. Les sommes réunies sont souvent modestes, mais proviennent de milieux très divers : 5, 30 fr ont été réunis par les employés au Matériel du Dépôt central du Génie belge de Calais ; 3, 15 fr par un cafetier-coiffeur sis au 41 rue Cambronne ayant organisé une quête dans son établissement; 3,30 fr sont versés par un télégraphiste du génie belge qui a touché le cœur de plusieurs personnes après avoir chanté en public. L’institutrice de l’école mixte Waldan met en place une souscription auprès de ses élèves qui permet de réunir 29, 35 fr.

    La présence de militaires belges sur le sol de Calais peut aussi s’avérer salutaire dans les situations difficiles. Le 11 janvier, Joseph Eschweiler, du corps des mitrailleurs, sauve de la noyade une jeune femme de 36 ans dans le canal près du pont Mollien. Mais rien n’a pu sauver le petit Jules Wasselynck, 10 mois, tombé dans les eaux de l’avant-port le 13 janvier 1915. Le bébé et son père, réfugiés belges, embarquaient à bord du Malte pour être évacués loin de Calais.

    Qu’est-il arrivé ? Suite à un remous, la passerelle permettant d’accéder au bateau se retire brusquement alors que Louise Callewaert, 53 ans, porte le bébé dans ses bras. Un douanier, un sous-brigadier et l’équipe des lamaneurs justement présente sur place parviennent à repêcher la femme avant qu’elle n’expire. Mais ce n’est plus qu’un pauvre petit cadavre qui est extrait de la mer : « la douleur du père faisait peine à voir » lit-on dans le Phare de Calais. Ce drame jette la lumière sur la situation encore chaotique qui règne à Calais, où civils en partance et militaires prenant leurs marques se côtoient au milieu d’une population qui n’est elle-même pas exempte de privations.

    Magali Domain

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  • 26 août 14: les soldats belges en déroute entrent dans Calais

    Conformément au plan Schlieffen, les troupes allemandes envahissent la Belgique le 4 août 1914. Si l’armée belge remporte quelques succès ponctuels comme à Haelen le 12 août, elle doit organiser une difficile résistance en se concentrant d’abord à Liège (qui tombe le 16 août), à Dinant (qui tombe le 23 août), à Namur (qui tombe à son tour le 24 août) avant de tenter de défendre Anvers.

    C’est dans ce contexte de recul inexorable de l’armée belge que Calais voit arriver les premiers soldats de ses régiments en déroute le 26 août. Le Petit Calaisien raconte comment les habitants du quartier de la rue Van Grutten et de la rue Colbert accueillent à bras ouverts un groupe de soldats belges stationnant à l’intérieur des barrières de Calais-Triage et dont certains se sont aventurés à escalader les clôtures.

     

    Accueil chaleureux des Calaisiens

    Revenant de Liège, on les presse d’expliquer ce qu’ils ont vécu. On leur sert à manger et à boire, on leur bourre les poches de pain, de conserves, et de menues douceurs. « Je ne sais comment vous remercier, sais-tu, de ce que tu m’as fait » disent maladroitement ces soldats qui remettent aux Calaisiens en guise de reconnaissance quelques trophées pris aux Allemands : casques, sabres, morceaux de manteaux de uhlans, boussoles, médaillons, voire coup-de-poing américain !

    Au sifflet de départ du train, toute cette petite troupe s’éparpille bien vite. Le 27 au matin, ce sont 63 soldats belges des 2e, 7e, 13e régiments d’infanterie, du génie, des grenadiers et des chasseurs à pied appartenant au 4e corps de volontaires qui font leur entrée dans Calais. Ils sont conduits Place d’Armes où ils attirent une foule compacte, tenue à distancepar le poste de garde, baïonnette au canon, pendant que le personnel sous les ordres du gouverneur remplit les formalités pour leur embarquement.

    Un reporter du Phare de Calais en profite pour interviewer un soldat d’infanterie, blessé au pied d’un coup de crosse allemande lors d’un tout récent combat d’avant-garde. Se faisant un peu prier, le militaire explique qu’il faisait partie d’un groupe de 100 hommes envoyés en reconnaissance qui repoussèrent une attaque en tuant au fusil et à la baïonnette 130 Allemands et en faisant 70 prisonniers !

    « Et vous, combien en avez-vous descendu ? » demande le journaliste. « Je ne sais pas,répond-il. Vous savez, quand on tue, on voit bien les hommes tomber, mais on ignore lequel d’entre nous a tapé juste ». Son voisin le force à avouer qu’il en a tué sept et à montrer« son petit coupe-chou tout rouge encore du sang allemand ». Est-ce comme souvenir qu’il le conserve ainsi ? « Quand mon pied sera guéri, et ça ne sera pas long j’espère, je repartirai au feu et c’est dans le corps du huitième Prussien que je dégringolerai que je laverai ma baïonnette », rétorque le jeune Belge !

    Départ pour Folkestone

    Un tel succès militaire – un peu trop beau  pour être vrai - conjugué à une telle fureur de combattre est tellement dans l’esprit va-t-en-guerre du temps qu’on peut subodorer que le journaliste fait ici plus œuvre de propagande que d’information. Il est très vraisemblable en revanche que le départ de ces soldats ait effectivement donné lieu à une  manifestation patriotique franco-belge  comme le dit le titre de l’article.

    Un piquet d’infanterie doit être mis en place à la Gare Maritime pour écarter les Calaisiens et les maintenir à distance du bord. Sous les ovations d’une foule criant « Vive la Belgique ! Vive la France ! », les soldats s’embarquent sur Le Nord  à destination de Folkestone. Le général Bérard, gouverneur de Calais, s’est également déplacé pour les saluer.  Un remorqueur voisin hisse le drapeau belge et actionne sa sirène.

    Tous les Calaisiens ne partagent cependant pas cet enthousiasme. On lit dans le Phare de Calais du 28 août : « Il paraît à chaque détour de rue un soldat belge isolé. On a fait fête à un groupe de braves qui ont pris le paquebot. C’était justice. La mine, la tenue de ces hommes disaient qu’ils avaient été au feu, tout en eux proclamait les souffrances endurées et les dangers courus. Mais que dire des autres, de ceux qui individuellement parcourent la ville sinon que, pour une partie au moins, ce sont des fuyards. J’en ai vu dont l’uniforme était aussi frais qu’à la parade, dont les chaussures étaient impeccables. Ceux-là n’ont point combattu ; ceux-là ont lâché pied et préféré se promener dans une région moins dangereuse »

    Cet extrait témoigne à la fois d’une méfiance envers ceux qui sont identifiés comme de potentiels déserteurs, et de l’atmosphère étrange régnant dans la ville, où l’on peut croiser au hasard un soldat belge en errance. La réalité de la débâcle en train de se dérouler outre-Quiévrain n’est pas dévoilée dans la presse locale, laquelle, à l’instar du Petit Calaisien, ne cesse de faire ses gros titres sur les victoires françaises et les pertes énormes de l’ennemi. La présence de ces hommes faisant retraite face aux Allemands en dit bien plus long aux habitants que toutes les "nouvelles télégraphiées" destinées à les informer !

    Magali Domain 

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  • Comment Calais a-t-elle vécu son premier Noël de la Grande Guerre ? le Phare de Calais du 25 décembre explique les efforts de chacun pour amener un peu de chaleur à l’hôpital.

    25 décembre 1914 : un peu de la chaleur de Noël pour les blessés

    Des infirmières s’affairent à décorer de houx et de gui une salle de l’hôpital militaire de Calais à la Noël 1914.

    Comment Calais a-t-elle vécu son premier Noël de la Grande Guerre ? Cette fête évoque en premier lieu la joie des enfants recevant des cadeaux. Dans le Phare de Calais du 25 décembre, on explique : « Les vitrines de nos bazars calaisiens s’illustrent des nouveautés de l’année. Les étalages regorgent de jouets étincelants. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, pour toutes les bourses. Il y en a de pacifiques et de guerriers, mais beaucoup plus de ceux-ci que de ceux-là ».

     

    Une atmosphère particulière

    On sait que les enfants ont été, entre 1914 et 1918, imprégnés d’une véritable  culture de guerre  par le biais de leurs amusements : « Les gamins joueront aux tranchées, manieront un minuscule et inoffensif 75, une mitrailleuse automatique, un cuirassé démontable, alors que les gamines habilleront et déshabilleront une infirmière ou conduiront un défilé de poupées costumées en ambulancières de la Croix-Rouge ». Le patriotisme des parents qui achètent des cadeaux de Noël dans les magasins de Calais en 1914 n’est pas en péril car « tous les jouets sont, cette année, de fabrication bien française » ! 

    La fête de Noël et son réveillon évoquent également la chaleur d’un foyer où tous les membres de la famille sont réunis au grand complet. Or, dans presque tous les logis, au moins un père ou un fils, un frère, un époux est absent car mobilisé pour défendre son pays face à l’invasion ennemie. C’est la raison pour laquelle le 25 décembre 1914 revêtit, selon le Petit Calaisien, l’allure d’ « une journée de calme et de recueillement. Les tristesses de l’heure présente avaient enlevé l’entrain coutumier. L’âpre bise qui souffla toute la journée donna même, l’après-midi, à nos boulevards, moins d’animation qu’un dimanche ordinaire ».

    Décidément, le 25 décembre 1914 ne pouvait pas être un Noël comme les autres. Le maire de Calais, Charles Morieux, demanda à ses concitoyens de n’envoyer aucune carte de vœux ou de visite à l’occasion des fêtes de fin d’année en raison de la surcharge de travail que cela occasionnerait aux services postaux, prioritairement mobilisés pour les correspondances militaires. Cette demande faisait suite à une décision du conseil municipal interdisant aux guichets de l’administration des Postes d’accepter tout courrier timbré à moins de 0,05 franc entre le 15 décembre 1914 et le 15 janvier 1915.

     

    Réconforter les soldats blessés

    Un aspect de la fête chrétienne de Noël que l’on oublie parfois aujourd’hui, c’est la solidarité envers ceux qui sont dans la souffrance. Cette dimension, plus que toute autre, a sans doute été présente dans l’esprit de la population calaisienne, alors que des milliers de soldats, essentiellement belges et britanniques mais aussi français sont soignés, loin de chez eux, dans les très nombreux hôpitaux militaires qui ont vu le jour dans la cité. Tout va être mis en œuvre pour communiquer un peu de l’atmosphère féérique de Noël à ces malheureux qui ont été blessés, souvent gravement, au front, où l’on enregistre au même moment quelques brefs cessez-le-feu.

    Avec l’appui de la Croix-Rouge, des arbres de Noël, aux branches desquels ont été accrochés de menus présents, ont été dressés dans les hôpitaux militaires. « Chacun recevra son petit cadeau consistant en un objet utile : blague, porte-monnaie, porte-crayon, briquet, etc. et aussi un petit paquet de tabac, lequel est remplacé par des bonbons pour ceux qui ne fument pas » lit-on dans le Phare de Calais. « Parmi les petits objets accrochés aux branches, se trouvent des poupées, des ours, des trompettes, des martinets... Sur l’un de ces arbres, nous avons même vu un face-à-main. Et tous nos blessés, nous disait une brave infirmière, devant notre surprise, s’amuseront avec ces petites fantaisies comme de grands enfants ».

    Des concerts donnés par des artistes confirmés ou reposant sur l’exécution d’hymnes nationaux et de doux chants rappelant le pays lointain précèdent souvent la distribution des cadeaux, qui s’accompagne d’un repas amélioré où l’on trinque à la victoire des Alliés et à l’écrasement de l’Allemagne. A l’hôpital Lamarck, situé 3 rue de la Rivière et qui accueille uniquement des blessés de nationalité belge, le réveillon a connu un éclat particulier grâce au concours des femmes britanniques volontaires de la First Aid Nursing Yeomanry (FANY).

    Toutes les salles de cet hôpital, qui était il y a encore quelques semaines une école primaire, sont décorées de fleurs multicolores. Les patients capables de marcher accompagnés de leurs infirmiers se pressent autour d’un grand sapin surchargé de cadeaux. Les hommes atteints de fièvre typhoïde - les cas se sont multipliés de façon inquiétante sur le front depuis quelques semaines – ne sont pas oubliés, mais se voient remettre un présent directement dans la salle qu’ils occupent.Tous reçoivent un paquet de vêtements chauds.

    Les demoiselles du FANY virevoltent de l’un à l’autre pour servir du thé, gâteaux et confiseries circulent : « La joie rayonne sur toutes les figures et plus d’un brave soldat souffrant, une heure auparavant, oublie momentanément la douleur » rapporte le journaliste du Phare de Calais, ajoutant que « dans les autres ambulances de la ville, chacun rivalisa de bonté pour apporter aux blessés et aux convalescents un reflet de la joie du foyer abandonné ». 

    Magali Domain

     

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  • Après la Libération, hommages aux résistants et aux autres victimes de la guerre.

    Calais pleure ses résistants, soldats et victimes

    Les enterrements avec hommages officiels se multiplient. Après les cinq fusillés de la Citadelle, il y a aussi la centaine du bombardement du 27 février 1945.

    Ils sont morts, fusillés au Mont Valérien, dans la Citadelle d’Arras, au fort de Bondues ou ailleurs, souvent après avoir été sauvagement torturés par l’occupant nazi qui avait découvert leurs activités clandestines. Déjà, le 11 novembre 1944, un certain nombre d’entre eux avait été rapatriés pour être inhumés dans leur ville natale ou de résidence, Calais. En ce début d’année 1945, Nord-Littoral se fait l’écho de moments particulièrement solennels rendant hommage aux résistants lors de funérailles organisées par la municipalité provisoire dirigée par Jacques Vendroux.

    Dans son édition du mardi 6 février 1945, Nord-Littoral raconte la grande cérémonie qui s’est tenue le samedi précédent place Crèvecoeur. Dès le matin, la foule anonyme et les officiels défilent dans le hall du Palais de Justice, où sont exposés les cercueils de sept résistants : William Sharp, Claude Warocquier, Jean Le Bihan, Abel et Henri Beraet, Paul Caron et Henri Queval.

    Un détachement de troupes françaises vêtues de l’uniforme anglais présente les armes tandis que les cercueils sont disposés par des sapeurs-pompiers sur deux chars funèbres qui les conduiront vers leur dernière demeure. « Ils sont morts du fait de l’occupation de notre pays par les Allemands et voici qu’à son tour la « Terre des seigneurs » est envahie. Que n’ont-ils vécu pour voir cela ? » s’interroge le reporter de Nord-Littoral.

    Le 27 février, on apprend qu’un détachement de FFI accompagné d’une délégation de ses anciens camarades du 63° cuirassier a rendu les honneurs à Aimé Lefèvre, Calaisien joueur de basket de l’Amicale Franklin et employé au Crédit du Nord, dans la ville de Tulle, où il a été inhumé après avoir été assassiné par les Allemands. Le même jour, Calais est bombardée par erreur par les Alliés. Cinquante-cinq personnes décèdent sur le coup, le bilan s’alourdissant au fil des jours.

    Le 3 mars, la ville toute entière assiste aux obsèques solennelles des victimes civiles de ce bombardement. La cérémonie commence à nouveau place Crèvecoeur, le service d’ordre étant assuré par la police calaisienne et la Military Police. Jacques Vendroux prononce un discours grave mais tourné vers l’avenir : « De même que nous sommes unis dans la peine, nous resterons unis dans l’effort supplémentaire qu’il nous faut accomplir, d’abord pour venir en aide à nos frères en deuil, aux sinistrés, ensuite pour rendre la prospérité à notre ville. Calais, meurtrie, mutilée, endeuillée, offre une fois de plus ses enfants à la France ; mais demain, c’est son courage, son dynamisme et sa grandeur que Calais donnera à la France». Un long cortège se forme ensuite et se dirige dans un lourd silence vers le cimetière Sud.

     

    Il y a aussi des « revenants »

    Alors qu’il est mort au champ d’honneur moins d’un an auparavant, des Calaisiens et des Ardrésiens se rassemblent le 8 avril 1945 place Crèvecoeur pour parcourir en automobile le chemin emprunté par le commandant Mengin lors de la Libération de Calais, une cérémonie religieuse en l’église Saint-Pierre clôturant la journée. Notes d’optimisme dans cette atmosphère funèbre : Nord-Littoral publie régulièrement au cours de ce printemps 45 les noms des prisonniers et déportés originaires de Calais de retour des camps : les «revenants».

     

    Magali Domain

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  • En août 1915, la Première Guerre mondiale dure depuis un an. Un an que la mobilisation des hommes affecte l’économie locale

    Après un an de guerre, les fabricants de dentelle en crise

    Environ 75% des tullistes sont mobilisés et les commandes diminuent  une situation difficile pour les fabricants.

    Depuis maintenant un an que la guerre dure, l’industrie des tulles et dentelles de Calais tourne au ralenti. Dès les premières semaines du conflit, le problème des ouvriers tullistes mobilisés en très grand nombre – ouvriers qui ne peuvent être remplacés en raison du haut degré de qualification et de spécialisation qui est le leur – est apparu comme difficilement surmontable… et il s’ajoutait à d’autres (lire notre édition du 20 août 2014).

     

    Malgré le fait que depuis août 1914 l’Allemagne a perdu des parts de marché dans les pays étrangers qui lui sont hostiles, la place de Calais, qui espérait tirer parti de cette nouvelle donne, voit la demande inexorablement diminuer. Durant l’été 1915, la crise dans laquelle se trouve ce secteur économique clef de la ville amène la Chambre Syndicale de l’Association des Fabricants de Dentelles à faire publier dans la presse un texte adopté à l’unanimité moins quatre voix à l’issue de son Assemblée Générale du 13 août.

     

    Contraintes de la location en usine

    Ce texte fait état d’une question intrinsèquement liée à l’organisation du travail dans les «usines à tulle » calaisiennes. Rappelons qu’à Calais les nombreux petits patrons dentelliers ne possédant qu’un nombre limité de métiers louent un emplacement au sein d’une usine.  

    Travaillant de manière isolée pour ne pas dévoiler leurs produits à leurs voisins et concurrents, tous bénéficient de la force motrice mise à leur disposition par l’usinier. À l’époque, la vapeur reste la technique toujours usitée.

    L’emploi de la force motrice est facturé par le propriétaire de l’usine à proportion du temps de fonctionnement mensuel de la machine à vapeur, fonctionnement impliquant consommation de charbon, emploi de main-d’œuvre et usure du matériel. Tous les fabricants installés dans la même usine sont soumis à un même type de bail dont le montant varie selon le nombre de leurs métiers… mais pas selon le temps d’utilisation de ces derniers.

    Or, depuis un an certains fabricants sont astreints à payer la totalité de leur bail alors que leur activité ne couvre qu’un faible nombre d’heures. Car si, dans l’usine où ils sont installés, ne serait-ce qu’un seul fabricant – plus heureux au niveau des commandes ou disposant d’un personnel conséquent – sollicite l’emploi de la machine à raison de vingt heures par jour, ceux qui ne l’ont utilisée que six ou sept heures doivent cependant acquitter un loyer identique !

    Les petits patrons eux-mêmes mobilisés, et qui de ce fait ont dû confier momentanément la gestion de leur entreprise à leur premier employé, à un parent ou à un ami de confiance, sont soumis au même régime, défavorable pour eux puisque leurs métiers ne tournent bien sûr pas à plein. Infliger une telle charge à ces hommes, qui risquent à tout moment leur vie en combattant pour la France… n’est-ce pas une « honte » ?

     

    Une union sacrée réclamée

    Se plaçant sur un plan moral, les membres de la Chambre Syndicale s’adressent à l’ensemble de la profession : « Ne croyez-vous pas, messieurs, que nous sommes en train de commettre envers cette partie de la fabrique malheureuse, un acte déloyal et foncièrement égoïste ? Qu’on ne puisse pas dire qu’au moment où la France s’immortalise dans un élan merveilleux d’union sacrée, il s’est trouvé en France une cité industrielle qui a aidé à la ruine de ceux des siens qui, absents du foyer familial, faisaient sur l’autel de la patrie le sacrifice de leur vie ». Une solution est donc proposée.

    Elle consisterait dans une limitation des heures de travail à Calais qui « amènerait une plus grande diffusion des ordres à remettre, une meilleure répartition de la main-d’œuvre et du salaire ». Du coup, « bon nombre de métiers arrêtés faute d’ouvriers pourraient se remettre en route et la fabrique, de ce fait, s’attacher à nouveau à la recherche d’articles qui soutenant notre belle renommée, prépareraient l’avenir commercial de notre place ».

    La barre est fixée à 12 heures par jour : si tous observent ce quota, « nous donnerions ainsi l’exemple d’un beau et généreux mouvement de fraternité envers nos confrères malheureux» déclarent les fabricants. « La solidarité patronale [est] une vertu au même titre que la solidarité ouvrière », ajoutent-ils, bousculant sans doute par là quelques susceptibilités.

     

    Il est clair que la mesure a de quoi déplaire à certains. « Allons-nous dans le domaine de la dentelle comme dans d’autres, nous laisser encore distancer par d’autres pays ? » s’exclame un fabricant sous couvert d’anonymat dans Le Phare de Calais. « Non, n’est-ce pas ? Et pourtant cela pourrait arriver si l’on vient à nous imposer de ne tourner qu’un certain nombre d’heures par jour » ajoute-t-il après avoir fait remarquer que, le commerce étant la force vitale d’un pays, c’est « faire du patriotisme [de faciliter] son extension ».

     

    Respecter le black-out

    Aux yeux de beaucoup, une réduction volontaire de l’activité est effectivement malvenue, à l’heure où des profits peuvent être espérés et où les frais généraux des fabricants augmentent du fait de la multiplication de contributions et de majorations de toutes sortes mais aussi du renchérissement des matières premières.

    Les porte-paroles de la Chambre Syndicale opposent à cela un argument non négligeable : les précautions exigées de la population calaisienne face aux risques de raids aériens s’appliquent aussi aux usines. Il faut respecter un black-out total pour ne pas révéler aux zeppelins ou aux avions ennemis la position de la ville qu’ils viennent bombarder.

    « On n’empêche pas, dans les grandes maisons de verre que sont nos usines, un rayon de lumière de filtrer ! On n’empêche pas un ouvrier qui a trop chaud d’ouvrir une fenêtre ou bien d’aller à la cour ! » soulignent-ils, n’ignorant pas qu’avec le changement prochain de saison, l’obscurité tombera plus vite. « Enfin, ce qu’on n’empêche pas, quelque soin qu’on ait pris de barricader ses fenêtres ou ses portes, c’est le bruit des métiers de monter vers le ciel, et de guider les pirates de l’air par l’ouïe aussi sûrement que par la vue ».

    Leur conclusion est sans appel : « Quel est l’usinier qui voudrait prendre cette effroyable responsabilité de risquer le massacre de tout un quartier pour quelques heures de travail de nuit ? » Reste à voir si elle sera entendue.

     

    Magali Domain

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