• L'histoire du nom.

    Lors de la présence anglaise, elle s’appelait Market Place (place du marché). Lorsque Calais fut délivrée en 1558, on lui donna le nom de place d’Armes. Dans les villes où séjourne une garnison, c’est là que se déroulent les cérémonies militaires, comme le passage en revue des troupes. On trouve ainsi de nombreux lieux portant ce nom, par exemple à l’intérieur du fort Nieulay. Cette appellation est toujours restée à Calais, malgré plusieurs tentatives de changement.

     Les marchés.

    Le marché reprit après la reconquête de 1558 grâce à l’autorisation donnée dans la charte de François II. Jusqu’en 1959 et en dehors des périodes de guerre, un marché de grande envergure se tenait le mercredi et le samedi. Ce marché existe encore de nos jours même s’il n’a pas retrouvé son ampleur d’autrefois. Aux mêmes jours se tenait le marché aux herbes sur une petite place au coin sud-est de la place d’Armes. Le remembrement *1 l’a fait disparaître même si un décrochement dans la ligne des bâtiments en est un témoin.

     Les fêtes et les foires.

    La place d’Armes accueillait aussi des foires ; ainsi celle de fin janvier offrait aux Calaisiens théâtre (comme le théâtre Pigis), jeux d’adresse, prestidigitateurs, ventes de pains d’épices, attractions avec marionnettes, lanternes magiques représentant la Passion de Jésus Christ ou encore la tentation de saint Antoine, lutteurs, ours savants, une femme à barbe, une fillette de 70 kg, cuivres et grosses caisses... La fête connaissait un tel succès que la place devint trop petite ; en 1869, elle s’étendait de la rue Royale à la place Richelieu ! La place accueillit aussi le cirque américain “Bello & Myers” qui avait une capacité de 4000 spectateurs. Parfois les cirques en bois étaient revendus à la fin de la saison. Un carnaval avait lieu mais il finit par disparaître, ne rencontrant pas le succès escompté.

     Les boutiques.

    Des boutiques de style hétéroclite aux- quelles se mêlaient de luxueuses demeures bordaient les quatre côtés. La place avait de ce fait un caractère beaucoup plus convivial qu’à notre époque et elle était attractive de jour comme de nuit. Les rues voisines présentaient une architecture assez variée.

    Par exemple, la rue de la Citadelle possédait les seules maisons antérieures au XVIIe siècle, appelées “maisons espagnoles” car construites pendant la présence des Espagnols à Calais entre 1596 et 1598, dans un style ressemblant aux habitations à encorbellements de Canterbury.

     Un pôle dans la vie de la cité.

    L‘ancien Calais, avant sa fusion avec Saint—Pierre en 1885, correspondait globalement au Calais—Nord actuel ; la place d’Armes en était le centre politique, économique et culturel.

    Au Moyen âge, on exposait à la foule les bandits, malandrins et autres criminels, pieds et mains attachés à un poteau appelé pilori.

    Un arbre de la liberté fut installé à la Révolution française. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, on disposa par intermittence une guillotine pour les exécutions capitales même si elle ne servit pas pendant la Révolution.

    On y célébrait les fêtes, comme la bataille des fleurs en 1906, mais aussi les catastrophes. Le 26 mai 1910, on rendit hommage aux marins victimes du drame du Pluviôse en y faisant passer le cortège long d’un kilomètre, vers l’église Notre—Dame.

     La Seconde Guerre mondiale et la reconstruction.

    Le quartier, notamment l’ancien hôtel de ville, s’embrasa lors des bombardements de 1940 et l’on reconstruisit au rabais, avec force ciment, afin de reloger rapidement le plus de monde possible. Les avis divergent donc quant à l’esthétique de ces bâtiments. Seule la tour du Guet survécut miraculeusement aux flammes.

    Si la place d’Armes n’est plus le théâtre de toute la vie de la cité, la tour du Guet reste néanmoins le témoin attachant d’une époque rythmée par le marché et les défilés militaires.

    La place d'Armes

     

    Le marché

    La place d'Armes

    Vendeuses du marché aux herbes

    La place d'Armes

    A : imprimerie.

    B : pharmacie.

    C : meubles.

    D : ”Café de l'industriel” (nom d'un journal).

    E : « A l’omnibus » (frères) restaurant.

    F : « Café du globe » hôtel restaurant.

    G : « Déballage roubaisien ».

    H : charcuterie.  

    | : "Au faisan gris”

    J : « le petit Journal ».

    K : mercerie.

    La place d'Armes

    L : tapisserie (Delecourt ls), ameublement, location de literies, pose de papiers.

    M : « Chez Jules » café — restaurant / maisons avec arcades.

    N : ”La ruche" fruits et légumes.

    0 : vins, épicerie, liqueurs (angle ouest : denrées coloniales, conserves

    alimentaires, vins et liqueurs .

    2)  Le marché aux herbes.

          Il n’était pas fréquenté par tous les commerçants mais exclusivement réservé aux maraîchers même si les marchands de poisson pouvaient aussi s’y installer. On y vendait, entre autres, cresson, cerfeuil et pourpier, d’où le nom de “marché aux herbes”.

      3) Le kiosque à musique et le réseau de tramways.

          Le kiosque offrait aux passants des concerts entre deux airs de carillon.Les tramways de la ligne place d’Armes — cimetière sud, arrivant par la rue du Havre font demi—tour par le boulevard International avant de regagner la place par la rue la Mer. Ils ont été électrifiés en 1908, auparavant ils étaient tires par des chevaux.

    4) La statuaire.

          La place d’Armes a abrité, à partir de 1924, la statue de Rodin, “Les Six Bourgeois de Calais”. Jusqu’en 1940, il y avait également, face au musée, des bustes : l’un du ”Balafré”, ou Duc de Guise (même s’il s’agissait en réalité du portrait de son fils !), le libérateur de la ville en 1558 ; l’autre du Cardinal de Richelieu ; et celui d’Eustache de Saint—Pierre sur la balustrade de la terrasse.

       6) La tour du Guet.

          Sa construction, qui daterait du milieu ou de la fin du XIIIème siècle, en fait le plus ancien vestige de la place d’Armes. Elle servait à surveiller les vaisseaux en mer et à avertir de l’approche d’ennemis. Un des deux guetteurs signalait aussi les foyers d’incendies. Enfin, la vigie devait avertir de l’ouverture des portes de la ville par cinq coups de cloche. Ils donnaient trois coups toutes les trois heures et appelaient les habitants à la retraite. Le moindre défaut de la part des observateurs pouvait leur valoir la prison.

    La face nord accueillait également un jacquemart 2* qui, lors des heures, demies et quarts d’heure symbolisait un combat équestre dont on disait qu’il s’agissait de François Ier et Henry VIII. La tour servit aussi de relais télégraphique, avec l’installation d’un appareil “Système Chappe” en 1816. A son pied, on a déposé l’ancienne cloche datant de 1770 qui sonnait le tocsin 3* et les heures.

        7) L'hôtel de ville devenu ensuite musée.

          Il avait été édifié pendant la période anglaise et possédait un beffroi modifié en 1609. Celui—ci symbolisait la liberté de la ville, les privilèges et les pouvoirs de la commune contenus dans la charte de coutumes. Plus il était haut, plus la symbolique était forte : il s’agissait de la volonté de montrer le pouvoir de la ville par rapport à tous les autres pouvoirs. Pendant la période anglaise, le beffroi servait aux directeurs de l’étape des laines qui y tenaient leurs assemblées. L’hôtel de ville tenait lieu de palais de justice, de tribunal ou encore de chambre de commerce.

    L’ensemble avait été reconstruit en 1740 et comportait quatre niveaux dont un beffroi octogonal de trois niveaux. Deux de ses côtés (vers la place depuis 1821 et vers la rue de la Citadelle à partir de 1863) étaient pourvus d’une horloge. 11 contenait l’unique exemplaire des anciens carillons de la Flandre française qui, de 1775 à 1834, jouait chaque heure l’air de “Gentille Annette” de Boieldieu.

    Trois ans après la fusion des deux villes, on décide la construction d’un hôtel de ville central sur la plaine dite du Sahara. Le 10 février 1892, on choisit de transformer l’ancien hôtel de ville, demeuré sans affectation précise depuis 1885, en musée. On construisit alors une verrière sur le toit du bâtiment.

     

    Les collections qu’il abritait étaient précieuses et l’origine de certaines pièces remonterait à l’Egypte antique ! Celles—ci, qui avaient été préservées lors de la Première Guerre mondiale, n’échappèrent pas à la Seconde. L’hôtel de ville possédait aussi une bibliothèque au deuxième étage. Au lendemain de la Libération, il ne restait donc que les ruines du musée. Son classement en tant que monument historique fut refusé par l’Etat et il fut rasé.

     

    La crypte du bâtiment se trouverait actuellement sous la route…

    La place d'Armes

    P : ”Au bon marché" nouveautés — blanc lingerie - soieries - confections - toiles - tapis - rideaux - draperies - fourrures.

    Q : café.

    R : épicerie.

    S : « A la centrale » grande épicerie.

    T : commerce.

    U : « Café Boulonnais » restaurant.

    V : « Au méridien » restaurant.

    La place d'Armes

    R : épicerie.

    S : « A la centrale » grande épicerie.

    T : commerce.

    U : « Café Boulonnais » restaurant.

    V : « Au méridien » restaurant.

    W : « Café Bellevue ».

    X : Fleurs naturelles (enseigne sur le toit : money exchanged).

    Y : « Aux deux villes » chemiserie - bonneterie - linoléums.

    Z : coquillages - souvenirs de Calais – articles de fantaisie.

     A1 : chaussures "A la botte d'or" - dentiste.

    B1 : "A la glaneuse bonneterie - ganterie - parapluies- mercerie.

                                                                                                    1)  Le grand marché.

          On trouvait sur le grand marché les produits de saison que venaient vendre les fermiers des alentours : légumes, beurre, œufs, contures ou encore fleurs, poulets, canards, oies, pigeons, lapins vendus vivants pour preuve de leur fraîcheur..

    1* Remembrement : Réorganisation des parcelles ou ilots fonciers, généralement pour une simplification.

    2* Jacquemart : Automate en forme de personnage qui frappe les heures avec un marteau sur la cloche d'une horloge.

    3* Tocsin : Sonnerie à coups répétés pour donner l'alarme.

     

    Textes : Suzanne STEMMER et Céline ALLOSTERY pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Dessins de J. François Binet.

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  • L’appui du chemin de fer influe fortement sur le développement du port de Calais. L’arrivée en 1848 du premier train de la ligne Paris—Calais provoqua la nécessité d’une gare pouvant accueillir les voyageurs candidats au voyage transmanche.

     Au début du XIXe siècle, les relations maritimes franco-britanniques se stabilisèrent de sorte qu’en 1815 une dizaine de bateaux français et autant de britanniques étaient utilisés dans le Détroit.

    Vers 1820, le port de Calais n’était que sommairement installé et ne pouvait accueillir que quelques bâtiments de faible tonnage.

    La gare maritime

     1.       A Calais , la voie ferrée fut prolongée en 1849 jusqu’au port d’échouage près duquel fut construite cette première gare maritime ouverte au public an août 1849. Le bâtiment, surnommé la gare du « Paradis », éclairé au gaz, était construit en bois avec une toiture en zinc. 11 comportait un hall de 20 mètres de large et de 100 mètres de long, un buffet, des salons d’attente, des bureaux... A proximité, on installa les services du  télégraphe électrique. Cet emplacement présentait un inconvénient : les navires à aubes ne pouvaient accoster le long des quais à marée haute, ce qui les obligeait à adapter les horaires. L’afflux constant des voyageurs aggrava la situation. On prolongea donc la voie ferrée jusqu’au quai de marée. Les passagers étaient ramenés par le train jusqu’à la gare du “Paradis” et dès lors le service des bateaux put fonctionner à heure fixe.

    2. En dépit de ces aménagements, le port ne pouvait satisfaire le flux de voyageurs. Le projet d’un nouveau port fut lancé en 1877. Pendant les travaux on construisit une gare provisoire en 1882 sur l’emplacement du quai de marée. Ce baraquement offrait tous les services : salle d’attente, fumoir, salle de lecture, bibliothèque, bar et buffet.

    3. Sept ans plus tard, le 3 juin 1889, le nouveau port et la nouvelle gare maritime furent inaugurés en grande pompe par le Président de la République, Sadi Carnot.

    La gare maritime

    4. L’évolution du port était étroitement liée à celle des bateaux. Les navires prirent de plus en plus d’ampleur, en 1854 certains faisaient la traversée en 1 heure et 30 minutes. Les compagnies maritimes se préoccupaient du confort de leurs passagers. De nouveaux bateaux apparurent, notamment le Nord et le Pas—de-Calais en 1898, long de 103 mètres, larges de 10 mètres 66 ; ils filaient à 21 nœuds. Ils étaient dotés de 2 salons, de quelques cabines de luxe, d’un fumoir et d’un bar. Ils devaient être les derniers paquebots à aubes du détroit, ils naviguèrent jusqu’en 1923.

    La gare maritime

    5. Le port de Calais accueillait également des navires de croisière. Le premier fut le “Stella Polaris”. Long de 120 mètres, il comprenait des cabines de luxe avec salle de bains, 2 salons de lecture, un auditorium, un fumoir, une vaste salle à manger, un gymnase, des salons de coiffure, un cabinet médical et un laboratoire photographique. L’équipage s’occupait des 200 passagers privilégiés qui effectuaient des voyages d’agrément en mer Baltique. Arrivé en 1933, il revint chaque été jusqu’en 1939.

    La gare maritime

    6. Calais accueillit aussi le premier service de transport d’automobiles, activité toujours très présente autour du port. La gare s’étendait sur une longueur de 275 mètres. Le bâtiment des voyageurs comprenait des installations dédiées au trafic ferroviaire, un grand nombre de bureaux, sept logements et d’importants dégagements pour le flux des voyageurs.

    La gare maritime

    1) Le pavillon central de la gare maritime était occupé par le Terminus Hôtel, il accueillait les voyageurs dans des chambres confortables à prix modique. Un des salons était dit “Du Prince de Galles”. Le roi d’Angleterre Edouard VII avait coutume de s’y arrêter, ainsi que les familles royales et les célébrités du moment. La salle du buffet, vaste et largement éclairée, s’étendait le long du magnifique hall de la gare décoré et fleuri. Les dimensions de cette salle permettaient d’y faire de grands banquets ofciels. Certains jours, le grand hall de la gare lui même, spécialement décoré et aménagé, servait de cadre à des réceptions solennelles, ou bien d’immenses tables s’y alignaient, où prenaient place des centaines d’excursionnistes qu’amenaient des bateaux spéciaux. Le bâtiment central était surmonté d’une horloge visible sur les quatre faces

     La gare maritime accueillit des hôtes de marque. En 1906, elle vit passer le roi Edouard VII, le roi et la reine, Norvège, la reine de Serbie, le prince et la princesse Adolphe de Suède, et les rois de Grèce, Espagne, Portugal... ce qui valut à notre ville le surnom “d’Auberge des Rois”.

     2) Les trains à leur arrivée s’arrêtaient sur les voies entre la façade et le quai ; au départ ils stationnaient sous la marquise intérieure et les voyageurs y accédaient en franchissant la salle des pas perdus longue de 110 mètres. Grâce à de gigantesques travaux de creusements, les quais étaient toujours à 5 mètres au—dessous de la basse mer, ce qui permettait aux steamers de pouvoir y entrer à n’importe quelle heure. Les premiers travaux commencèrent en 1877 sous la direction des ingénieurs Stoecklin et Vétillard. Le coût total des ouvrages portuaires s’éleva à 45 millions de francs de l’époque. La gare fut inaugurée en 1889, soit 12 ans de travaux.

     3) Derrière le train de voyageurs, existaient des petits bâtiments annexes séparés de la gare où on trouvait le local de la station de radio qui permettait de communiquer avec les navires, ainsi que divers bureaux. Une chaudière fournissait du chauffage central de la gare et des annexes ainsi que le chauffage des trains en stationnements car ils n’étaient pas dans ce cas attelés à la locomotive à vapeur. La gare possédait une centrale électrique autonome produisant du courant continu qui alimentait l’éclairage de tous les services de la gare ainsi que les moteurs des grues.

     4) Une grue électrique équipait le nouveau port. Elle avait un palan avec crochet et à l’arrière de la cabine un énorme contrepoids rectangulaire à l’allure de gouvernail. Le quai, long de 560 mètres, permettait l’accostage simultané de 5 paquebots ou de 2 paquebots et un car—ferry. Il n’était pas formé d’une muraille continue mais comportait des chambres appelées également retraites dans lesquelles étaient établis deux par deux des appontements à étages formés de charpentes métalliques et disposés de manière à permettre l’embarquement et le débarquement des voyageurs et de leurs colis quelle que soit la hauteur de la marée.

     5) Les paquebots de la Compagnie du Nord ou la Compagnie du London Chatham accompagnaient la traversée, de jetée à jetée, en moins d’une heure. Un service régulier de 3 voyages chaque jour à heures précises (matin, après-midi, nuit) dans chaque sens, permettait un trajet de Paris a Londres en 7 heures quel que soit l’état de la mer. Le nouveau port assurait les services de paquebots, des trains internationaux assurant la correspondance des navires. Ces trains reliaient Bâle, Berlin, Bruxelles, Brindisi, Constantinople, Varsovie, sans oublier le célèbre Orient—Express. La gare accueillait également le service postal entre la France et l’Angleterre dont la Malle des Indes qui faisait transiter par Calais le courrier venant des Indes. Une grande effervescence régnait sur le quai à l’arrivée des trains et des paquebots : voyageurs de pays divers, interprètes, douaniers, porteurs…

    Ces derniers portaient d’ailleurs une casquette agrémentée d’une plaque de cuivre numérotée afin de montrer leur appartenance à l’administration. Le train Calais Paris Nice Express créé en 1883 était connue sous le nom de train bleu. En dehors des services ordinaires, les paquebots servaient aussi à transporter une nouvelle catégorie de voyageurs apportés par le chemin de fer : les excursionnistes. Dès 1848, des billets à prix réduits furent proposés pour faire la traversée et passer quelques heures à terre.

     

     

    Frédérique Evrard pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Dessins de Jean-François Binet.

    Paru dans Calais-Réalités le mag n°174

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  • Calais et les Six Bourgeois...Calais, « cite des Six Bourgeois ». Le chef—d'œuvre de Rodin qui trône devant l'Hôtel de Ville est devenu le symbole de notre ville : qui pouvait imaginer que ce monument attendu pendant douze ans deviendrait si réputé?

    Rodin et les Six Bourgeois

    1347 : après un siège de près d’un an mené par le Roi d’Angleterre, Edouard III, Calais cède et six bourgeois doivent apporter les clefs de la Cité qui devient anglaise pour plus de deux cents ans. Cinq siècles s’écoulent avant de penser ériger un monument rappelant cet épisode. La municipalité dirigée par Omer Dewavrin 1* reprend l’idée de représenter les bourgeois. En effet, en 1884, Calais est prête à fusionner avec la commune voisine, Saint—Pierre, et le maire souhaite graver dans les mémoires le passé glorieux du “Vieux—Calais”. Le 24 septembre 1884, Dewavrin propose « d’élever un monument à Eustache de Saint—Pierre et ses compagnons, à l’aide d’une souscription nationale ».

     Séduit par la demande

     Auguste Rodin est alors un artiste reconnu dans les expositions mais pas encore en province. P.A. Isaac, Calaisien fréquentant les salons parisiens, ami du sculpteur, le recommande auprès du maire qui visite en octobre 1884 l’atelier parisien de Rodin au 182 rue de l’Université. Rodin est séduit par la demande et se lance dans la lecture des Chroniques de Froissart 2*.

    Dès lors, une correspondance abondante et passionnante lie Dewavrin et Rodin : au total cent cinquante-neuf lettres échangées entre 1884 et 1903.

    Rodin écrit le 5 novembre 1884 : “ J’ai eu la chance de rencontrer une idée qui me plaît et dont l’exécution serait originale” ; six personnages reliés par une corde mais individualisés, représentés de façon dramatique. En quelques jours il modèle une esquisse en terre, moulée en plâtre puis en bronze 3* et envoyée au Comité de souscription. Le 24 janvier 1885, Dewavrin répond que le comité, sans examiner les cinq autres propositions, décide de confier la réalisation du projet à Rodin pour 15 000 F.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Le 26 juillet 1885, Rodin présente lui—mème à Calais une nouvelle maquette en bronze dite au tiers : le Comité commence à douter des talents de Rodin. Le monument n’a pas une forme pyramidale et grandiose mais prend l’aspect d’un cube disgracieux. Rodin exprime la souffrance et la douleur avec des personnages accablés, perçus comme faibles : est—ce ainsi que l’on représente les héros de Calais ?

    Mais Rodin ne renonce pas à ses conceptions : animé par la passion et malgré la faillite de la banque où se trouvait l’argent de la souscription, il continue de modeler les Bourgeois en dépit de l’opposition du Comité.

    Rodin travaille dans plusieurs ateliers 4* pour réaliser de façon indépendante les modèles de chacune des six statues du monument qu’il réunit ensuite :

    — Eustache de Saint—Pierre représenté avec une barbe pointue, les mains pendantes, accablé par le poids de la corde qui s’enroule autour de son cou ; un aspect qui était jugé navrant par le Comité.

    — Jean de Fiennes représenté dans une attitude d’acceptation du sort qui lui est réservé.

    — Pierre de Wîssant caractérisé par le modelé mouvementé de la partie supérieure de la bouche mais aussi la torsion de sa silhouette : l’élan du bras et le rejet de la tête pathétiques.

    — Jacques de Wissant au profil accentué par un front chauve, des yeux creusés, un nez et un menton forts.

    — Jean d’Aire qui apporte les clefs de la ville.

    — Andrieus d’Andres qui fut la seule statue modelée habillée dès l’origine.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin débute par l’étude du nu. Il modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains (Eustache de Saint—Pierre, Pierre et Jacques de Wissant), les pieds. Il ne s’appuie pas sur les règles de l’académisme 5* ou des stéréotypes mais choisit une morphologie qui serait propre à la région d’origine des personnages. Ainsi, il demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d’Eustache de Saint—Pierre. Les têtes peuvent être travaillées grâce à des esquisses deux fois plus grandes que la statue finale afin d’obtenir des expressions plus marquées.

    Chaque élément est d’abord esquissé, modelé à coups de pouce dans la terre crue puis cuite, suivent ensuite plusieurs épreuves en plâtre pour obtenir ensuite d’autres fontes en bronze. Les statues sont photographiées tout au long de leur élaboration (huit cents clichés ont été conservés) afin de permettre à Rodin de retravailler les détails, de modifier les postures. Il annote les photos, les transforme en croquis, reprend les musculatures.

    Rodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie qui lui permet également de réaliser des essais de mise en situation et en lumière.

    Rodin expose à plusieurs reprises l’ensemble du monument ou certains éléments seuls :

    - mai 1887 à la galerie Georges Petit, trois Bourgeois sont présentés

    - 1889 à la même galerie, le modèle complet en plâtre à l’occasion de l’exposition Monet—Rodin.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Il demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d'Eustache de Saint-Pierre.

    En 1889, les Six—Bourgeois sont achevés mais les difficultés financières persistent.

    En 1895, le Comité se reconstitue et des subventions sont accordées par l’Etat et le Conseil général. Il ne reste qu’à couler le bronze, fabriquer un socle et choisir un emplacement : les oppositions surgissent.

    Alors que Rodin voyait son œuvre sur la Place d’Armes, Dewavrin choisit d’autorité l’entrée du jardin du front sud (à la place des anciennes fortifications, l’actuel jardin Richelieu). Le monument doit être placé sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu. Rodin avait essayé cette disposition dans les jardins de sa villa en plaçant les Bourgeois sur un socle en bois mais il avait aussi songé à faire sceller les personnages les uns derrière les autres à même le sol.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin et les Six Bourgeois

    En 1898 à Bruxelles, Rodin présente seulement les torses des Bourgeois en plâtre, drapés, sans bras, en deux rangs serrés, sur une estrade basse que les visiteurs dominent.

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fêtes : les 1er, 2 et 5 juin 1895 en présence de Rodin et d’un ministre. A ce moment, l’œuvre dérange car n’est pas conventionnelle puis elle devient familière et même indispensable: Calais s’identifie à ce symbole mais lorsque la Première Guerre mondiale éclate, on attend l’année 1918 pour abriter le monument En 1919, le monument est placé sur la Place d’Armes qu’il quitte pour revenir devant le Jardin pendant cinq ans avant d’être à nouveau installé Place d’Armes. Après un séjour dans les caves de l’hôtel de ville et en Seine—et—Marne pendant la Seconde Guerre mondiale, il occupe la Place du Soldat Inconnu à partir de 1945 et jusqu’à aujourd’hui hormis un séjour de plusieurs mois en 2001 à Rome pour restauration. Il existe aujourd’hui douze moulages des Six-Bourgeois, le dernier datant de 1995. 11 sont exposés dans des musées, des jardins ou au siège d’une entreprise à Séoul.

     1*. Omer Dewavrin, dernier maire de Calais avant l’union avec Saint-Pierre (1882-1885) puis de 1892 à 1896 acheva la démolition des fortifications et fut l'artisan de la commande du monument. Rodin a réalisé son buste visible au Musée des Beaux—Arts de Calais.

    2*. Froissart a raconté les épisodes de la Guerre de Cent Ans (dont le siège de Calais) dans l'ordre chronologique.

    3*. Présentée au Musée des Beaux-Arts de Calais.

    4*. 117 Boulevard de Vaugirard et 17 faubourg Saint-Jacques à Paris, Villa des Brillants à Meudon.

    5*. Académisme : imitation sans originalité de règles et de modèles traditionnels.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin avait essayé, dans les jardins de sa villa, de placer le monument sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu.

    Rodin et les Six Bourgeois

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fête, les 1er, 2 et 3 juin 1895 en présence de Rodin et d'un Ministre.

     

    Marie-Laure Fourmanoir, pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais…

    Dessins : M. Jean-François Binet

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  • Calais était dès le XIIIe siècle une ville forte : 3000 mètres de remparts, 40 tours et un château construit à la demande du comte de Boulogne, gardés et entretenus par les habitants ou le comte. Sa situation explique son rôle économique mais représente Souvent un objet de convoitise, en particulier pendant la guerre de Cent Ans.

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Pendant le siège, Calais était défendue par une garnison composée d’écuyers à cheval payés par les bourgeois.

    L'administration de la ville

    Jusqu’au XIIIe siècle, Merc-en— Calaisis (Marck aujourd’hui) et Calais semblent être administrées par le même échevinage composé de magistrats représentant le pouvoir comtal. Vers 1181, une charte de coutumes, accordée par Gérard de Gueldre, comte de Boulogne, prévoit le mode d’élection et l’attribution des pouvoirs de certains bourgeois élus conseillers municipaux (les échevins) à la tête desquels se trouve le maire (le mayeur). De plus, il reconnaît Calais comme étant une commune dotée de magistrats appelés “koremans”, hommes de la keure 1*.

     

    Depuis 1265, Calais dépendait non plus du comté de Boulogne mais de celui de l’Artois. Certains pouvoirs comme l’exercice de la haute justice, la perception des impôts et amendes étaient exercés par le représentant du comte : le bailli.

     Un pôle commercial

     

    Les marchandises amenées à Calais par mer et réexpédiées en dehors de la ville étaient une source de revenus pour la cité.

    De même, le bailli percevait, entre autres, le tonlieu 2* aux ponts de Nieulay à l’ouest ou de l’Estade à l’est ; les bourgeois de la ville en étaient exemptés. La place du marché, institué le dimanche puis le samedi, et celle du marché aux grains étaient aussi les lieux d’imposition en espèces ou en nature. Les impôts concernaient les céréales et légumineuses vendues ainsi que les vins achetés en Anjou et Aquitaine, les harengs péchés au large de Calais, la goudale 3* importée d’Angleterre, les fruits méditerranéens, les fromages hollandais, le sel du Poitou, … A l’instar des villes voisines de l’Artois et de la Flandre, la vente des draps était importante et le comte comme la ville percevaient des taxes sur le lieu de vente : la halle. Calais était cependant réputée pour être devenue un “nid de corsaires” qui s’abritaient dans le havre et attaquaient les navires anglais croisant dans le “Channel”.

     

     Le siège

     

    Il est connu grâce, entre autres ouvrages, aux “Chroniques” de Froissart qui raconte la guerre de Cent Ans. L’attaque anglaise se produit après la victoire de Crécy le 26 août 1346. Edouard III, roi d’Angleterre, prépare un long siège de la ville. En effet, la cité est défendue par les marais mais aussi par des murailles puissantes munies de fossés inondables à chaque marée. Edouard III 4* décide d’affamer la ville en s’installent assez confortablement et sûrement au sud-ouest. Il fait construire, sur le banc de cailloux où se trouvent actuellement les boulevards Lafayette et Gambetta, une véritable ville correctement approvisionnée, “Villeneuve—la-Hardie”. L’armée qui tient le siège serait passée de 32 000 à 100 000 hommes.

    La population est menacée de famine, Jean de Vienne, bourgeois et gouverneur de Calais, fait renvoyer la partie la plus pauvre de la population pour mieux nourrir la garnison. Ainsi entre 1 700 et 3 000 “bouches inutiles” traversent les portes et les troupes anglaises, semble-t—il sans être inquiétées.

    Après quelques tentatives de sortie vers les terres dès l’hiver 1346—1347, la population encerclée doit se contenter d’approvisionnements par mer : en effet, au sud, les murailles sont attaquées par des trébuchets, des centaines d’archers mais aussi des armes d’un nouveau genre : l’artillerie à poudre. Toutefois ces balbutiements de la guerre moderne ne permettent pas une avancée décisive des Anglais : à partir du mois de février 1547, Edouard III, grâce à 120 navires, entame le blocus du port. En juin, il intercepte une lettre du gouverneur destinée au roi de France,

    Philippe VI de Valois“, présentant l’état de famine et contenant un appel au secours. Cependant une armée de secours, préparée en mai 1547 et arrivée à la fin du mois de juillet sur les hauteurs de Sangatte et Coquellles, ne peut attaquer les troupes anglaises. Aucun accord entre les deux mis sur une bataille ou un arrêt du siège n’est trouvé.

    Finalement, le 2 août, l’armée de secours se retire sans combattre. Le lendemain, Jean de Vienne monte à la tour du Guet pour annoncer les conditions de la reddition : le roi d’Angleterre souhaite la capitulation sans condition, le gouverneur demande à épargner la population et la garnison : six bourgeois, Eustache de Saint—Pierre, Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Andrieu d’Andres et Jean de Fiennes, pieds nus et la corde au cou, acceptent de se sacrifier et de livrer les clefs de la ville à Edouard III. Les bourgeois qui avaient accepté de se sacrifier sont finalement épargnés, à la demande de la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut. Ils furent immortalisés par le sculpteur Auguste Rodin au XIXème siècle. Après un siège de 11 mois, la ville tombe : Edouard III expulse la population et prend possession du château, Calais est aux mains des Anglais qui la conservent jusqu’en 1558.

     

     1* Keure : constitution attribuant aux habitants d’une commune ainsi reconnue des pouvoirs privilégiés mais contrôlés au sein de la ville)

     2* Tonlieu : droit à payer au passage d'un pont pour des marchandises très variées comme le cuir, le hareng, le blé, le vin, la viande.

     3* Goudale : bière ambrée dont le nom vient de l'expression "Good ale".                                                                                                                 4* Edouard III d’Angleterre se présentait lui aussi 

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Les habitants du Courgain mais aussi de la ville étaient souvent pêcheurs.

    Kaléis au début du XIVe siècleKaléis au début du XIVe siècle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La ville était dirigée par des échevins principalement issus de la bourgeoisie : les tenues vestimentaires permettaient de les distinguer du reste de la population.

     

     

    Kaléis au début du XIVe siècle

    A la bataille de Crécy, en 1346, un nouveau type d'armes utilisant la poudre apparaît : la couleuvrine est l’ancêtre du canon. L’artillerie est née mais il s’agit seulement des prémices.

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

     

    1 L’église Saint—Pîerre du village de Pétresse (ou Saint—Pierre) dont les parties basses dataient du IXe siècle s’élevait approximativement à l’emplacement de l’actuel hôpital.

     2 Les Anglais, craignant l’arrivée de troupes de renfort pour aider la place de Calais, avaient installé une ligne de défense dirigée vers le sud.

     3 Une autre ligne était tournée vers la Ville.

     4 La tour du Prince.

     5 Le jardin se trouvait à l’emplacement de l’hôtel de Guise construit par la suite et préservé jusqu’au début du XX° siècle.

     

    6 Le couvent des Minimes : cette communauté religieuse était présente dès le début du XIV" siècle. Il y avait bien d’autres ordres représentés tels les Carmes qui furent chassés par le roi d’Angleterre.

     7 L’église Saint—Nicolas, première paroisse de Calais. Ce lieu de culte daterait du milieu du XIe siècle. Il fut détruit au XVIe siècle après la reprise de la ville aux Anglais, en raison de la construction de la Citadelle où l’on érigea, en souvenir, une chapelle Saint—Nicolas.

     8 La porte de Boulogne.

     9 Afin de mener le siège, Edouard III construisit une véritable ville pour plus de 40 000 hommes : Villeneuve-la—Hardie, placée au sud—ouest de la ville.

     10 Ce village était complété d’un fort.

     11 Le puits dit “de Boulogne” complété par un four à chaux : les maisons étaient faites de bois, de briques mais aussi de mortier, un mélange de sable et de chaux.

     12 Le chemin des Pierrettes. Il s’agissait d’un banc de dunes et de galets au milieu des terres marécageuses.

     13 Ce pont était le seul qui traversait la rivière de Neuna, permettant ainsi de lier Calais et Boulogne. A l’ouest, les Anglais construisirent par la suite le premier fort Nieulay.

     14 Au milieu du XVI“ siècle, cette rue correspond à la limite entre la ville de Calais, à l’est, et, à l’ouest, les terrains qui ont été récupérés afin d’édifier la citadelle.

     15 Le château construit à la demande de Philippe Hurepel, comte de Boulogne. On y accédait par un pont—levis passant au dessus du fossé relié à la rivière du Nieulay. A partir de 1558, les travaux sont effectués afin de préparer l’attaque anglaise : on augmente les munitions et l’armement, on rehausse les murs par de la brique et on entretient l’ensemble des fortifications avec grand soin.

     16 Les moulins à vent servent à moudre les grains mais aussi à presser l’huile.

     17 La chapelle Saint—Jean—Baptiste.

     18 Le marché aux grains.

     19 La tour de l’officier de douane.

     20 La porte d’eau.

     21 Les joutes avaient régulièrement lieu sur les places de la ville : elles opposaient des chevaliers sur des montures magnifiquement caparaçonnées.

     22 Sur un banc de sable, le premier fort “Rysbank” fut construit en bois. En effet, Edouard III voulait bloquer tout secours pouvant venir de la mer aux Calaisiens.

     23 La porte du Havre (c’est—à—dire du port) permettait aux charrettes et piétons d’entrer en ville. Elle s’appelait également porte de la lanterne en raison de la présence d’une lumière signalant la position de la ville.

     24 Juste à côté de la porte se trouvait une écluse qui barrait la rivière de Guines. Celle—ci traversait Pétresse puis Calais avant de se jeter dans la mer.

     25 Sur la place du Marché, qui fut appelée ensuite place d’Armes, se trouvait la maison du mayeur et des échevins. C’est également dans cette bâtisse que fut installée, pendant la période anglaise, l’“Etaple” des laines : les importations de laines anglaises passaient obligatoirement par Calais pour être taxées.

     26 Il s ’agit ici de l’un des hôpitaux de la ville, situé extra—muros. On trouvait en effet, dès 1264, un autre hôpital à proximité de l’église Saint—Nicolas. Aujourd’hui vers la place des fusillés.

     27 La tour du Guet et la maison de la ville.

     28 Hors des murs se trouvait le quartier des pêcheurs, appelé le Courgain.

     29 l’église Notre—Dame est devenue paroisse en 1224.

     30 A partir de 1228, la ville, à la demande de Philippe Hurepel, était entourée de hautes murailles complétées vers l’extérieur de fossés en eau, voire simplement inondables.

     31 A l’est, un enclos servant de pâtures longe le côté extérieur du fossé est

     32 Le cimetière.

     33 La porte du lait ou du moulin. Il est impossible de déchiffrer le plan ancien : « milk gate » ou « mill gate ».

    Textes Marie—Laure FOURMANOIR et David DUMONT pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations : François Brosse.

    Pour compléter votre lecture.

     

    Fernand LENNEL. Calais des origines à la domination anglaise.

     

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  • Le nom de Georges Andrique, qui a été donné à une école primaire du Beau-Marais et à une rue de ce quartier, résonne familièrement aux oreilles de tous les Calaisiens. Beaucoup se souviennent encore du peintre qu’il fut, mais rares sont ceux véritablement à même de mesurer l’étendue et la portée de son œuvre picturale, qui n’a fait l’objet à ce jour d’aucune monographie. On a en revanche souvent oublié que ce brillant touche-à-tout fut aussi revuiste de talent, poète reconnu et un décorateur de théâtre.

    Georges Andrique

    Photographie de Georges Andrique, dans les années 1950 (collection particulière de l'auteur)

    Georges Andrique

    Œuvre majeure de Georges Andrique, Le quai de Ia Colonne représente les pêcheurs du Courgain au travail et donne un aperçu de la configuration du quartier avant les bombardements.(collection particulière de l'auteur).

    Georges Andrique est né le 2 novembre 1874 à Calais—Nord, rue de Guise, Où ses parents tenaient une boulangerie. Il travailla toute sa vie comme agent d’assurances et épousa en 1911 Marguerite Deguînes, en compagnie de laquelle il fêta officiellement ses noces d’or cinquante ans plus tard. Le couple n’eut qu’un fils, Henri, né en 1919. Ce dernier n’eut pas le temps d’achever ses études de médecine : atteint de tuberculose, il succomba à la maladie à l’âge de 18 ans, laissant dans le cœur de ses parents un chagrin ineffaçable.

    Pourtant, tout au long de sa vie, Georges Andrique afficha une jovialité et un optimisme sans faille. Ceux qui l’ont connu aiment à évoquer son tempérament extraverti, son goût pour la plaisanterie et la gaieté qu’il mettait dans tout ce qu’il entreprenait. Cigare aux lèvres, chapeau gris à bords roulés, canne l’âge venant... L’artiste s’était forgé une silhouette typique, reconnue de tous les passants qui l’apercevaient assis devant son chevalet sur le quai du Paradis, en train de représenter un coin du Vieux Courgain, quartier dont il sut si bien saisir l’atmosphère pittoresque.

    Très jeune, alors qu’il était élève au collège municipal de la rue Leveux, Georges Andrique commença à dessiner sous la houlette de son professeur, M. Guilmet. Il reçut ensuite les conseils du peintre anglais Abel Prior, qui était établi à Calais, avant de parfaire son art en suivant des cours à l’académie de dessin de la ville. Malgré cette for- mation relativement sommaire, il obtint en 1927 une mention honorable au Salon des Artistes Français de Paris, auquel il participa pendant trente ans. Très prolifique, il fut l’auteur d’innombrables tableaux représentant des paysages du Calaisis mais aussi de la côte d’Azur, où il aimait passer ses vacances. La Compagnie des Chemins de Fer du Nord fit aussi appel à son talent pour réaliser quelques affiches colorées, qui ornèrent les gares des grandes villes de France. Il avait pris l’habitude de signer ses œuvres “Géo” Andrique. Son héritage est revendiqué par certains peintres contemporains, comme Alain Dimpre ou Gérard Hugue.

    Les talents de Georges Andrique furent aussi littéraires. Loin de mépriser le registre populaire, il composa avec son ami d’enfance, Léon Vincent, quelques revues locales à succès comme Le Tour de Calais en 80 minutes, Tout Calais y passera. En 1910, il mit sur pied avec Emile Camys, directeur de l’école de musique, la revue locale Calais en lî4ir retraçant avec humour l’épopée des pionniers de l’aviation, et le fameux monologue intitulé L’Armonteur. Seul, il écrivit Le livret de Lisette, une opérette en un acte, et celui des Fleurs jalouses.

    Il ne dédaigna pas non plus la pure poésie et connut la consécration en 1957 avec la remise de la Rose d’Or par les Rosati du Calaisis.

    Georges Andrique

    Une vue d’une rue de Calais-Nord avant la Seconde Guerre mondiale, signée Géo Andrique. A l'arrière-plan, la Tour du Guet et l'ancien beffroi.

    Georges Andrique

    Une affiche célèbre signée Géo Andrique. Encore une fois, le monde de la pêche et le Courgain maritime sont mis en valeur.

    Georges Andrique

    Ce charmant dessin a été réalisé en quelques minutes par Georges Andrique un jour de banquet, au dos d'un menu cartonné. (collection particulière de l'auteur)

    Une fois député-maire, Léon Vincent nomma Georges Andrique conservateur des décors du théâtre municipal. Il créa ainsi le décor pour Le pays du Sourire lors de sa première représentation à Calais et forma alors un fameux tandem avec André Culié. Son engagement dans la vie culturelle de la cité ne s’arrêta pas là : vice—président d’une délégation spéciale créée par la municipalité à partir de 1955, il œuvra par exemple à l’organisation d’un Salon annuel des Beaux-arts à Calais, manifestation dont la réputation ne tarda pas à dépasser le cadre régional.

    La longue vie de Georges Andrique — il décéda à 90 ans — fut émaillée d’épisodes difficiles, comme en 1940, lorsque, fuyant avec son épouse sa maison de l’avenue Wilson en feu il fut blessé par une balle allemande et vit la totalité des tableaux qu’il conservait réduits en cendres par l’incendie. La remise de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur en 1962 des mains de Jacques Vendroux représenta à l’inverse un moment de vrai bonheur dans l’existence d’un artiste dévoué qui déclara à cette occasion : “Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour Calais. J’ai cherché à servir ma ville natale”.

     

    Texte Magali Domain Pour le comité de lecture des Amis Du Vieux Calais

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  • Saviez-vous que le Calaisis dispose aujourd’hui de l’un des plus importants pôles hôteliers de la région ? Une présence qui s’inscrit dans une longue tradition puisque, nombreux furent les hôtels construits pour héberger les milliers de voyageurs, célèbres ou anonymes, qui se rendaient en France ou en Angleterre. C’était au temps des diligences avant que le chemin de fer n’arrive à Calais...

    Calais, l'auberge des rois

    Jusqu’en 1848 et l'arrivée du chemin de fer à Calais, les déplacements, réservés à une élite se faisaient au rythme du cheval.

    Fondé sur la route de deux grandes capitales, Londres et Paris, Calais fut par vocation une étape de repos presque obligée pour les voyageurs. Au temps lent des déplacements à cheval, quand il fallait deux jours de diligence pour joindre Calais à la capitale, de nombreux établissements de toute nature y virent le jour. Il ne s’agissait pas seulement d’auberges où dormir et se restaurer, mais aussi “d’agences de location” ou de vente de chevaux, de voitures, parfois même d’atelier de réparation. Par mauvais temps, les voyageurs y restaient bloqués plusieurs jours Talleyrand y soupira ainsi quatre nuits, aussi fallait-il les distraire par une bibliothèque, un théâtre anglais de proximité ou mieux encore une bonne table....

    Dans la première moitié du XIX° siècle, aux voyageurs fortunés, Calais offrait ainsi plusieurs établissements de grande classe, dont un au moins jouissait d’une réputation européenne.

    Calais, l'auberge des rois

     

    Jusqu’en 1821 et l’arrivée du premier vapeur, la plupart des traversées se faisaient encore sur de petits navires à voile que les Anglais appellent tout de même ”Packet”, paquebot en Français. Du voyage, le débarquement n’était pas le moins périlleux.

     

    Calais, l'auberge des rois

     

    Depuis les années 1760 est ouvert, rue Royale, l’hôtel Dessin, qui mérite bien sa réputation : “l’auberge des rois et la reine des auberges”. Il faut dire que s’y sont présentés les rois de Danemark, de Prusse, d’Angleterre (George IV), de France (Louis XVIII et Louis—Philippe), que les deux Napoléon y sont descendus, ainsi que le tsar Alexandre. C’est la résidence calaisienne des Lords, des Pairs et des diplomates (Talleyrand). Si son architecture est modeste, il n’en va pas de même de l’intérieur, réputé pour son luxe, et il offre, en centre-ville, un jardin à l’anglaise, débouchant sur le théâtre de Calais.

    Plus modeste dans ses fréquentations, se dresse, rue Neuve, l’imposant bâtiment du Lion d’Argent — trente fenêtres en façade — ouvert vers 1705 et tenu au XIX° siècle par Auguste Quillacq, cousin de Léon Dessin. Ici logent les banquiers de passage, en particulier les Rothschild, mais aussi Lord Palmerston ou le compositeur Félix Mendelssohn.

    A l’angle de la rue de Thermes et de la rue Eustache de Saint—Pierre, Antoine Rignolle tient l’hôtel Bourbon pendant une trentaine d’années après Waterloo. Sa clientèle est aussi huppée que celle des deux précédents : Arago, le comte Grey (celui du thé Earl’s Grey), les peintres Delaroche, Garneray et Lami, ou les inventeurs de la photographie Daguerre et Niepce.

    L’hôtel Royal se vante d’être le seul d’où l’on puisse voir la mer par dessus les remparts et, à l’occasion, les côtes anglaises. Il s’agit de l’ancienne résidence de la duchesse de Kingston, sur l’emplacement de l’actuelle Chambre de Commerce.

    Calais, l'auberge des rois

    La façade de l‘ancien hôtel Meurice donnait sur la rue du Duc de Guise.

    Calais, l'auberge des rois

    Tout voyageur débarquant à Calais se voyait retirer son passeport aux douanes. Une fois enregistré, il était déposé en mairie où son titulaire venait le réclamer. Certains hôtels calaisiens employaient un commissionnaire d’hôtel pour éviter ces fastidieuses démarche à leurs clients.

     

    Ici sont venus l’aquarelliste Bonington et Las Cases, au retour de Sainte-Hélène. Dernière enseigne recherchée, l’hôtel Meurice porte le nom de son fondateur depuis 1760 (son ls créera l’hôtel Meurice de Paris). La clientèle est moins fortunée ici que dans les établissements précédents, mais elle n’est pas moins prestigieuse puisqu’il est le rendez—vous des artistes et des négociants spécialisés dans le luxe. Ici descendent la Malibran, Clementi, Rossini, Viotti, Odilon Barrot, Prosper Mérimée, messieurs Moët et Chandon, les Martel] et les Hennessy de Cognac, ou le maître de la gastronomie française Antonin Carême.

    L’arrivée du chemin de fer en 1848 sifflera la n pour la plupart de ces établissements. Alors qu’il ne faut plus qu’une journée pour se rendre de Londres à Paris, il n’est plus nécessaire de faire étape à Calais, d’y louer une voiture. C’est ainsi que de tous ces beaux hôtels, qui firent longtemps la réputation de Calais, seul le Meurice maintient son enseigne aujourd‘hui.

    Calais, l'auberge des rois

    Dans la grande cour intérieure du ”Kingston Hotel” régnait toujours une intense activité au moment du départ de la diligence pour Paris.

     

    Philippe CASSEZ, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations: Thomas Fieffé

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  • Zeppelins sur Calais

     Depuis son invention au XVIII" siècle, le ballon dirigeable enthousiasme toujours petits et grands. C’est oublier que durant la première guerre mondiale, l’un des plus grands fabricants allemands, Zeppelin, en fit aussi une arme de guerre, moins pour bombarder que pour terroriser les populations civiles. Calais, bien qu’éloignée du front ne pouvait y échapper...

    Après la déclaration de guerre du 2 aout 1914 les populations doutent de l’utilisation de l’arme aérienne. Les avions « Taubes » et les dirigeables du comte Zeppelin semblent des menaces bien incertaines.

    Les événements confirment cette impression car seulement deux avions allemands viendront survoler la ville : l’un en septembre 1914, l’autre en décembre. Cependant des Zeppelins bombardent l’Angleterre le 20 janvier 1915 puis le 22 Dunkerque est attaquée par des avions.

    Le 25 février 1915 à 4h20 une dizaine d’explosions réveillent les Calaisiens qui, curieux, se précipitent dans les rues. Le silence revient mais soudain des moteurs puissants se font entendre. C’est dans leur grondement que le premier Zeppelin ayant attaqué Calais s’enfuit vers la mer. La nuit était très sombre mais quelques personnes ont aperçu un “gros cigare” dans le ciel. C’est un monstre aérien qui nous & survolé : le ZX mesure 158 m de long, son plus gros diamètre est de 15 m, son volume atteint 22 470 m5, le gaz utilisé est de l’hydrogène contenu dans de nombreux ballons indépendants. Une structure métallique donne sa forme à l’engin. Dessous se trouve une nacelle où se situent trois moteurs développant 650 ch, pouvant lui permettre d’atteindre les 80 km/h, son rayon d’action est de 2200 km.

    L’équipage comprend une dizaine d’hommes et il est possible de transporter jusqu’à dix tonnes de bombes. La gare des Fontinettes et les voies de chemin de fer étaient visées, elles ne subissent que des dégâts mineurs vite réparés.

    Mais au numéro 8 de la rue Dognin, il y a cinq morts. Ce sont les premières victimes civiles de Calais. Plus loin on trouve une longue banderole à laquelle est accrochée un message : “Nous reviendrons”. Notre ville est la première en France à avoir subi une attaque par dirigeable.

    Le gouverneur militaire décide que désormais les lumières de la ville devront être éteintes (c’est le couvre feu) et que l’artillerie antiaérienne devra entrer en action à la moindre alerte. Afin que son approche soit silencieuse le Zeppelin s’était laissé porter par le vent et son bombardement achevé s’était enfui à l’aide de ses moteurs poussés à fond.

    Un autre raid a lieu le 18 mars 1915 mais, pour faciliter son approche l’équipage avait fait fonctionner ses moteurs. Le Zeppelin est signalé, on l’attend.

    Il survole le Fort—Nieulay, jette ses bombes sur le quartier puis atteint les voies de chemin de fer et le boulevard Gambetta. Il vire et frappe Notre Dame, les vitraux sont pulvérisés. D’autres bombes tombent sur Calais-Nord et le port puis l’appareil s’enfuit vers la mer, poursuivi par notre artillerie. Celle—ci est peu précise mais ses tirs rassurent la population qui compte encore des victimes. Le dirigeable qui nous a attaqué est le ZXII encore plus volumineux que son prédécesseur.

    Lors du 3e raid (17/05/1915) la réaction de notre artillerie munie de projecteurs est plus rapide. Le Zeppelin s’enfuit lâchant ses bombes sur le quartier du Fort—Nieulay en causant des morts. 11 est cependant atteint puis se trouve poursuivit par des avions ; il regagnera péniblement sa base de Maubeuge.

    Le 28 juillet 1915 l’embouchure de la Tamise est visée mais ce raid massif de dix Zeppelins échoue. L’un se rabat sur Calais, il lâche quelques bombes heureusement inefficaces et s’enfuit.

    Zeppelins sur Calais

    Un habitacle minuscule sous l’énorme masse du dirigeable.

    Zeppelins sur Calais

    Une menace qu'il fallait prendre au sérieux

    Zeppelins sur Calais

    Trajectoire des différents raids sur Calais

    Zeppelins sur Calais

    Des raids toujours nocturnes

    Le 22 septembre 1916 Calais se trouve être, encore une fois un objectif secondaire. Quelques bombes sont lâchées heureusement sans conséquences. La dernière intervention a lieu le 17 février 1917. Elle vise les câbles sous—marins reliant la France à l’Angleterre à leur aboutissement à Sangatte. Les bombes se perdent dans les pâtures, les dunes et sur la plage.

    Ainsi, d’un raid à l’autre, les Zeppelins se montrent de moins en moins dangereux. Notre artillerie a beau jeu de s’attaquer à des cibles si volumineuses et somme toute peu rapides. De telles masses étaient difficilement maniables et ne pouvaient être utilisées que par vent faible.

    Des bombardements par avions et navires frapperont également notre ville durant cette guerre de 14-18.

    Zeppelins sur Calais

    De nuit les objectifs visés sont rarement atteints et les bombes frappent au hasard

    Jean—Henri Gardy, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations : Thomas Fieffé.

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  • Guines

     Le moulin à huile aujourd’hui. Les arbres ont été coupés, ce qui permet de le voir beaucoup mieux de la route.

     

    GUINES. Lorsque l’on prend la route de Guînes à Ardres. On ne peut pas manquer le moulin à huile ou ce qu‘il en reste. Mais saviez-vous qu’au XIX siècle, Gaines comptait sept moulins à vent ?

     QUATRE MOULINS EN BOIS...

     Quatre de ces moulins étaient construits en bois. Le moulin du petit Brisquet était un moulin à pivot en bois de chêne et servait à moudre les grains. Ce moulin fut vendu en 1878 à un meunier qui ne put honorer l'achat. L‘adjudication du moulin tombant en ruine ne put avoir lieu en 1883 car il fut détruit par un incendie. Il était situé sur la route de Guînes à Hardinghen, connue un autre moulin en bois pivotant, le moulin Pottez. Il tient son nom de trois générations de meuniers qui acquirent le moulin en 1839. Ce moulin était pour moudre le grain. Il fut démoli peu avant 1914 par Jules Pottez, dernier meunier.

    Le moulin à Tan était un moulin en bois pivotant sur socle en dur. Il se situait au carrefour des Cinq—Chemins. D’abord moulin à grain, il devient en 1834, moulin à Tan, (écorce de chêne qui sert au tannage des peaux) puis il revient à sa fonction initiale de moudre le grain.

    Le dernier moulin en bois se tenait non loin de celui-ci, sur la route d’Ardres. C’est le moulin du blanc Moncelet datant du XVII°siècle. Il fut détruit en 1900. Ce moulin à grain était le plus ancien de Guînes.

     ... ET TROIS MOULINS EN PIERRE

     A ces quatre moulins en bois s'ajoutent trois moulins construits en pierre qui avaient chacun une fonction différente. Le moulin à huile est aujourd'hui le plus connu des jeunes générations. Il reste sa tour le long de la route d’Ardres. Il servait à moudre les oléagineux. Une carte postale du début du XX°siècle nous le montre coiffé de sa toiture aujourd’hui disparue.

    Le moulin à Cormeilles était quant à lui situé au bout de la rue du calvaire. Ce moulin à vent avait pour vocation de moudre le grain. Il cessa toute activité vers 1928. En 1854, on enterra non loin de là des réservoirs d’eau. Il reste aujourd’hui sa tour de pierre dans une propriété privée. Le dernier des moulins de Guînes se dressait en bordure du canal de Guînes à Calais. Le moulin Rogez ne servait ni à moudre le grain, ni à moudre les oléagineux ou le tan mais à assécher le marais. Il fut détruit pendant la Première Guerre mondiale.

    Aujourd’hui, son emplacement est marqué par le calvaire Rogez visible de la route de Guînes, à Calais. S. D. (CLP)

    Guines

    Le moulin à huile, au début du XX° siècle, déjà en mauvais état mais avec sa toiture.

    Guines

    Le calvaire Rogez, le long du canal, marque l'emplacement du moulin Rogez.

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  • Le projet du monument aux morts dans un premier refusé

    Autingues

    Le monument aux morts pour la France érigé en 1921.

    Autingues

    Notre—Dame-de-Lourdes, monument voulu par la population pour la remercier la Vierge.

    Autingues

    AUTINGUES. L'église d’Autingues se trouve sur la place non loin de la mairie. Petite place qui n'a guère changé depuis le début du siècle dernier. L'édifice religieux date de 1742 et est placé sous le vocable de Saint-Louis. Sa cloche date de 1 861. C'est dans le cimetière à côté de l'église que se trouve le monument aux morts pour la France.

    Ce monument en granit est un calvaire avec un Christ en fonte. Il fut dans un premier temps refusé par la préfecture, au prétexte qu’il « n’avait pas de caractère et n'était qu’un simple monument funéraire ».

    Le maire de l'époque demanda au préfet de bien vouloir autoriser l'érection du monument en argumentant que la population du village l'avait choisi et que d'autres communes du canton en avaient fait ériger de similaires. En effet, Landrethun—lès-Ardres a exactement le même monument qu’Autingues.

     SUR LE MONUMENT, QUATRE NOMS DE POILUS

     L‘accord fut obtenu et le monument érigé dans le cimetière en 1921. Il a coûté 2500 francs à l'époque et est dû au marbrier d'Audruicq Ravert Victor et fils.

    Sur ce monument, quatre noms de poilus: Paul Dhune et Paul Lannoy, morts tous deux en 1917 et les frères Ricouart décédés tous deux en 1914. Sur le monument il est bien stipulé deux frères. Auguste et Joseph Ricouart étaient les enfants de Joseph Ricouart, et d'Euphrasie Mahieu.

    Ils sont tous les deux morts en novembre 1914 : Auguste, 26 ans, décède le 7 novembre 1914 dans l’Aisne à Soupir et Joseph, 27 ans, meurt le 19 novembre 1914 au bois de la Gruerie dans la Marne.

    Deux enfants décédés à douze jours d’intervalle. Dure réalité de cette guerre que ce monument illustre bien aujourd’hui.

    Non loin de là se trouve le monument érigé en hommage à Notre-Dame—de-Lourdes, inauguré le 15 septembre 1947, afin de remercier la Vierge d'avoir épargné le village lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle se situe sur la voie romaine de la Leulène. La statue sur le monument est une vierge de Massabielle, du nom du rocher de Lourdes où la Vierge est apparue à Bernadette Soubirous.

    La Vierge est d'ailleurs posée sur un rocher. S. D. (CLP)

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  • Au temps des grandes processions de la Sainte-Trinité et du 15 août 

    Andres

    Le reposoir devant la maison Declémy, lors de la fête du 15 août 

     

    ANDRES. Jusqu’au milieu du XXe siècle, dans de nombreux villages, les fêtes de la Sainte-Trinité et du 15 Août étaient l'objet de magnifiques célébrations. A Andres, c'était l'occasion pour tout le village de se parer de rubans et de fleurs, aux barrières des maisons. Les enfants étaient costumés en ange, et jetaient des pétales de fleurs, tout le long de la procession. Tout le village était en fête et rassemblé derrière l'abbé. Les chants et la musique se mêlaient aux prières.

    Les processions se faisaient toujours au départ de l’église mais empruntaient deux parcours différents. En effet, lors de la Sainte-Trinité, le cortège prenait la rue de l’Eglise, la rue des Ecoles puis la route de Balinghem, pour finir à la ferme des Rohart.

    Lors de ce trajet, le cortège s‘arrêtait devant le Sacré-Cœur, érigé après la Seconde Guerre mondiale par la famille Rohart, en remerciement pour le retour des prisonniers.

    Au 15 Août, en revanche, le cortège, qui partait aussi de l’église, passait par la rue de l’Eglise et la rue des Ecoles, puis tournait rue du Pont pour finir devant la maison des Declémy et la chapelle Notre-Dame—de-Lourdes, situées route de Guînes. A cette chapelle, une messe était alors célébrée.

    Il y a quelques années, lors de sa rénovation, le village a renoué avec cette tradition, et le curé Jean-Paul Hazelard est venu célébrer une messe devant cette petite chapelle. Le cortège des processions s‘arrêtait devant divers reposoirs, petites chapelles installées devant certaines maisons joliment décorées. Les habitants étaient fiers de préparer ces reposoirs pour la procession. L‘abbé avançait lors de la procession, recouvert d’un dais soutenu par les hommes du village. A Andres, ces cérémonies cessèrent vers le milieu du XXe siècle. S. D. (CLP)

    Andres

    La chapelle Notre—Dame—de—Lourdes, après sa rénovation, accueillait autrefois la messe en plein air du 15 Août.

    Andres

    Le reposoir à la ferme Rohart lors de la fête de la Sainte—Trinité. Photo archives SHA

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